Édito - Hamilton/Vettel, le grand duel que l'on n'attendait plus ?

Après trois années de duel interne chez Mercedes, la saison 2017 semble déjà apporter un vent de fraîcheur qui n'est pas sans rappeler des duels épiques de l'Histoire de la Formule 1.

Il y avait, dimanche dernier, un parfum de grand moment du sport. Un an plus tôt, la première victoire de Max Verstappen m'avait, je ne le cache pas, procuré une certaine émotion. Non pas en raison d'une préférence pour tel ou tel pilote, mais simplement car j'avais le sentiment de vivre une page d'Histoire. Le week-end dernier, le circuit de Barcelone a offert un tout autre scénario, mais non moins délectable : un véritable duel, qui a duré toute la course, mais qui a aussi semblé s'installer durablement, pour la saison.

Il pourrait paraître bien téméraire de désigner Lewis Hamilton et Sebastian Vettel comme les deux seuls protagonistes pour aller chercher le titre mondial cette année. Après seulement cinq Grands Prix, rien n'est figé, et il ne serait pas respectueux d'exclure toute concurrence. Néanmoins, je ne peux m'empêcher d'entendre cette petite musique qu'a fait résonner ce Grand Prix d'Espagne dans mon esprit : il m'est véritablement difficile d'imaginer une autre issue en 2017 que de voir l'un de ces deux Champions du monde ajouter une couronne à son palmarès.

Pas simple, pourtant, de tirer un trait si vite sur un Valtteri Bottas qui a déjà prouvé qu'il pouvait gagner avec Mercedes. Compliqué également de sortir si rapidement du jeu un Kimi Räikkönen qui, bien que dominé depuis son retour chez Ferrari, reste la valeur sûre que l'on connaît. Peut-on aussi immédiatement écarter de l'équation une équipe Red Bull qui a complètement manqué son début de saison, mais qui a déjà affiché par le passé une énorme capacité de réaction ?

Toutes ces hypothèses surviendront peut-être pour me donner tort dans les mois qui viennent. Il n'empêche qu'en Espagne, j'ai eu l'impression de voir resurgir un de ces duels qui ont marqué la Formule 1, et qui nous manquaient peut-être au cours de cette dernière décennie.

Le poleman Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1, et Sebastian Vettel, Ferrari, sont interviewés

S'il y a bien eu les affrontements tout aussi tendus qu'enthousiasmants entre Hamilton et Rosberg ces trois dernières saisons, s'il y a bien eu les résistances d'Alonso et de Webber face à Vettel, de Vettel lui-même face à Button, ou encore l'affrontement fratricide chez McLaren entre Alonso et Hamilton, profitant finalement à Räikkönen, il faut retourner en arrière pour voir un duel installé rapidement et pour toute la saison.

En voyant Hamilton et Vettel s'affronter au corps à corps pas moins de trois fois en piste, roue contre roue, allant même au contact, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir la certitude que ces deux-là allaient croiser le fer jusqu'à la fin de la saison. J'y ai revu les duels de la fin des années 90 et du début des années 2000 : Villeneuve face à Schumacher, Häkkinen face à Schumacher, Alonso face à… Schumacher ! 

Confrontation en tous points

Après les débuts délicats – le mot paraîtra faible pour certains – de l'ère hybride, on attendait énormément du nouveau règlement technique. Ce début de saison 2017 répond à de nombreuses attentes. Certes, le bruit des moteurs reste un crève-cœur pour beaucoup, mais les autres ingrédients sont bel et bien là. À Barcelone, les packages évolués apportés par les équipes, notamment en haut de grille, ont marqué les esprits. L'action en piste aussi, sans parler de la vitesse et des chronos, conformes au cahier des charges qui avait été établi. 

Le vainqueur Sebastian Vettel, Ferrari, fête sa victoire avec son équipe dans le parc fermé alors que le second Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1, sort de sa voiture

Il y a certainement deux écoles pour juger le spectacle : celle qui aime les dépassements nombreux, ou celle qui privilégierait la qualité à la quantité. Les deux sont défendables. Mais alors que l'on tend vers la deuxième en raison des difficultés à doubler en 2017, le suspense n'a pas disparu. En Catalogne, il était plus présent que jamais, et bien malin celui qui, passés les deux tiers de la course, était capable de donner l'identité du futur vainqueur sans avoir l'ombre d'un doute. 

Dans ce duel entre Hamilton et Vettel, il y a tout eu : la confrontation mécanique, car ils représentent deux équipes rivales qui opposent leurs concepts et leur philosophie ; la confrontation technologique, à l'image d'un système de départ revu et corrigé qui a porté ses fruits chez Ferrari ; une confrontation stratégique, avec des plans différents et des coups tentés de part et d'autre ; une confrontation en piste, entre deux hommes qui ont opposé à la fois leur talent, mais aussi leur physique ; une confrontation mentale enfin, car il n'y a pas de grand champion sans une telle solidité. La respiration entrecoupée de Lewis Hamilton en est une preuve éloquente, qui n'a pas manqué non plus d'ajouter une part humaine et dramatique au combat.

Pour toutes ces raisons, on peut avoir aimé à la folie ce Grand Prix d'Espagne. Et pour les mêmes raisons, il peut être légitime d'espérer voir ce duel durer et gagner en intensité, au fil des épisodes qui vont le jalonner tout autour du globe. Si tel est le cas, il s'agira d'un duel qui se sera fait attendre. Non seulement d'un point de vue historique, mais aussi parce que nos deux protagonistes, qui ont tous les deux débuté en F1 il y a dix ans, n'ont jamais réellement pu s'affronter de cette manière. Chacun a connu notamment un cycle de domination, mais les voici enfin, semble-t-il, armés pour se mesurer l'un à l'autre dans la conquête d'un titre.

À l'heure où la légende et le prestige du Grand Prix de Monaco approchent à grands pas, on a envie d'en redemander ! 

Le vainqueur Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1, Sebastian Vettel, Ferrari
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