Édito - Un monde d'opportunités devant Daniel Ricciardo

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Édito - Un monde d'opportunités devant Daniel Ricciardo
Guillaume Navarro
Par : Guillaume Navarro
26 oct. 2016 à 07:01

L'ère de domination Mercedes prendra fin un jour. L'Australien sera là à ce moment.

Rejoignant le quadruple champion du monde en titre Sebastian Vettel chez Red Bull en 2014, Daniel Ricciardo avait grandement marqué les esprits en concluant le championnat dans la position de "Best of the Rest", derrière les intouchables Mercedes-Benz.

Le wannabe wallabi

Arrivé de Toro Rosso, l’Australien connaissait certes un peu l’équipe-mère pour avoir été préparé à une possible intronisation avec de régulières séances de tests ; mais son compatriote Mark Webber était bien placé pour savoir que Vettel était alors chez lui, au sein d’un team acquis à sa cause

Ce que fit Ricciardo cette année-là, en étant non seulement le seul pilote non-Mercedes à signer pas moins de trois succès en dépit d’une unité de puissance Renault alors déplorable de puissance et de fiabilité, mais en battant aussi son équipier à armes égales - de manière claire et nette dès sa saison d’intégration dans le team -, fut de l’aveu-même du management de Red Bull une certaine surprise. Non pas que le team doutait de celui qu’il avait fait monter au sommet depuis les séries junior ; mais car il s’agissait de la première fois qu’un pilote issu de la filière se démarquait autant que l’Enfant Chéri.

Et de quelle manière ! Ricciardo avait en effet pris les devants 12 fois contre 7 en qualifications, fini 11 des 14 courses terminées par les deux Red Bull devant Vettel. Au point de faire se dire à l’Allemand que l’herbe était sans doute plus verte chez Ferrari, bercé qu’il était par l’espoir d’un gain de popularité grâce à la couleur rouge et aux souvenirs de la dernière collaboration italo-allemande à Maranello - sans parler de la multiplication par au moins cinq de ses émoluments.

Sebastian Vettel et Daniel Ricciardo dévoilent la Red Bull RB10

Un vrai leader d'équipe

Ricciardo devint donc maître des lieux chez Red Bull, aux côtés d’un Daniil Kvyat précipité dans l’équipe de tête par un management désireux de sauver les apparences, sans doute par fierté non avouée. Mais une position tout aussi compliquée à assumer que celle d’équipier de Vettel, en raison des attentes claires de Red Bull, qui avait besoin d’un leader inconstatable.

Certes, la saison 2015 ne permit pas à Ricciardo de se montrer publiquement comme l’outsider de service derrière Mercedes, ni de prendre la mesure de son équipier avec le même panache au vu de tous. Car l’attention était ailleurs. Dans son nouveau rôle de meneur, l’Australien endossait en effet la lourde responsabilité de développer une monoplace clairement en-deçà de celle de 2014, et d’être le seul à tenter de coller les morceaux au sein d’une organisation chaotique, minée par la tension folle existant entre Red Bull et son fournisseur moteur Renault.

C’est lui que l’on vit tester les nouvelles pièces chaque vendredi, prenant du retard sur le travail de réglages pour les qualifications et la course. Qui embarqua la nouvelle évolution du moteur Renault, ne procurant aucun avantage mais coûtant des places de pénalité sur la grille à chaque casse. Qui resta silencieux et bosseur malgré la frustration de ne monter sur le podium qu’en deux occasions. Le tout, sans visibilité sur son propre avenir en F1, opaque, du fait des questions tardives se posant sur la motorisation de Red Bull après 2015.

C’est dans ces conditions difficiles, dans lesquelles on vit dans un passé récent un Alonso (ou un Kubica) sportivement frustré se désolidariser de son team et créer des étincelles, que Ricciardo arriva en tête de liste de tous les team managers du plateau comme le pilote du moment. Son attitude, en interne comme en public, fut irréprochable. Accompagnant l’adaptation de Kvyat sans chercher à le démolir, Ricciardo joua la carte du meneur d’équipe, se rendant indispensable pour unifier l’auto, guider le processus de développement et permettre à Renault de tenter de recoller les pièces du puzzle.

L'humeur de Cirebox - Les chaises musicales de Red Bull

Au top de sa forme en 2016

Cette année, Daniel nous refait une 2014. Le châssis Red Bull est sans conteste la création la plus efficace du plateau 2016. Mû par une unité de puissance rendant encore beaucoup de performance à Mercedes, Ricciardo fait face à un Némésis en interne, en la personne de Max Verstappen. Et, plutôt que de craquer sous la pression réelle d’un management percutant ses deux pilotes stars en les mettant face à face dans le même team, Ricciardo accueille le challenge de la confrontation avec délectation : après s’être un peu endormi aux yeux de certains en raison de la facilité de cohabitation avec Kvyat, l’Australien a dû puiser dans ses ressources pour une nouvelle fois s’affirmer clairement comme le leader de l’équipe, tout en développant l’auto et donnant la direction des réglages.

Quand Schuey évoque en anglais le Dieu Michael Schumacher pour tout fan de F1, Ricciardo parvient à donner à la prononciation un autre sens emblématique avec ses amusants cocktails à la chaussure sur le podium.

Podium : le vainqueur Daniel Ricciardo, Red Bull Racing

Le voici donc non seulement estimé de ses employeurs, de ses pairs, des directeurs d’équipe (Ferrari sait à quel point il est complexe de suggérer son intérêt pour celui qui a battu son pensionnaire actuel), des médias et d’un public qu’il régale par sa personnalité joviale, polie, mais aussi compétitive et déterminée.

Épanoui, Ricciardo est un pilote bien sous tous rapports, sûr de son talent, et conscient du fait que 2017 risque de le placer dans la lutte pour le titre mondial, et de le maintenir tout en haut de la liste d’achat de l’intégralité des top teams. L’Australien n’a rien à envier au panache de son jeune équipier. Lui seul connaît le réel niveau de Verstappen. Si le jeune homme est celui auquel on pense pour les 10 à 15 prochaines années de la F1, Ricciardo, qui lui aussi aime se frotter aux roues de ses adversaires et dispose d’une science de la course encore plus complète, sait où se jauger. Quand Hamilton affiche 10 saisons au compteur, il sait être l’un des deux, peut-être trois uniques choix pouvant être faits par un top team pour se donner les chances de remporter les couronnes mondiales sur le long terme, pendant encore bien longtemps. L’un d’eux est l’équipier qu’il bat cette année. L'autre est celui qu’il a battu à armes égales et qui peine à se montrer à son avantage encore cette année.

Lewis Hamilton, Mercedes AMG F1 W07 Hybrid et Daniel Ricciardo, Red Bull Racing RB12 en bataille

Le prochain champion du monde F1 non-Mercedes ?

Il est encore un peu tôt pour tirer un bilan de la trajectoire croisée de Ricciardo et Vettel tant l’ère hybride a été tumultueuse. Après le premier round remporté, Ricciardo pouvait sembler dans un certain écueil tandis que son ancien équipier apparaissait en mesure de surfer sur le regain de forme de sa nouvelle équipe, plus rapide que prévu.

Mais le cycle montant de Ferrari n’était qu’une illusion, et la Scuderia traverse une période des plus difficiles, durable, et lors de laquelle Vettel peine à s’affirmer comme le leader qu’est Ricciardo chez lui. L’Allemand n’est pas le seul à se poser des questions sur son mariage ; il sait que la montée de Verstappen chez Red Bull en pleine saison 2016 est le fruit du blocage d’un passage du Hollandais chez Ferrari, où il était convoité. Tout comme l’est Ricciardo.

Il est compréhensible que le meilleur niveau ne soit pas toujours atteint saison après saison par un pilote, mais le fait de voir Kimi Räikkönen mener la vie dure à celui incarnant en théorie l’avenir de Ferrari et disposant du plus grand nombre de couronnes parmi les pilotes en activité pose légitimement des questions, sur lesquelles Maurizio Arrivabene lui-même avoue tergiverser.

L’avenir, avec les nouvelles règles techniques 2017, est incertain pour tous. Mais s’il fallait miser sur un animal aujourd’hui en haut de la chaîne alimentaire de la F1, nul doute que l’on serait tenté de placer notre mise sur le Ratel au sourire carnassier plutôt que sur le Cavallino rampante... 

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