Comment la FIA tente d'accélérer la vérification budgétaire
Grand sujet des discussions entre équipes, promoteur et organe directeur du Championnat du monde de Formule 1, le Règlement Financier, qui se doit s'assurer l'équité entre les participants, n'a pas fini de faire parler...
Le plafonnement des coûts de la Formule 1 a été sous les feux de la rampe ces derniers jours après la suggestion par Stefano Domenicali que toute transgression devrait donner lieu à des sanctions sportives plutôt que financières… La FIA s'est à son tour empressée de rappeler au PDG de la F1 et à tous les autres que les règlements relèvent de la responsabilité de l'instance dirigeante et non du détenteur des droits commerciaux.
Ce petit échange a été une nouvelle preuve que le plafonnement des coûts fait désormais partie intégrante du fonctionnement du championnat, malgré les inévitables insinuations dans le paddock et les suggestions selon lesquelles certaines équipes auraient pu dépasser la limite l'année dernière.
Aussi important que les Règlements Technique et Sportif
Après que Red Bull a été pris en flagrant délit de dépenses excessives en 2021, tout le monde comprend désormais qu'une infraction au Règlement Financier est aussi grave qu'une transgression technique et sportive, et qu'un lourd tribut peut être payé. Pourtant, les rivaux de Red Bull ont estimé (par conviction ou opportunisme ?) qu'une amende et une réduction des essais aérodynamiques n'étaient pas une sanction assez sévère pour l’équipe de Milton Keynes.
Malgré leur réticence initiale, les équipes acceptent désormais que la FIA se trouve en capacité de contrôler et faire appliquer avec succès le plafond. Cependant, la plus grande critique du processus de l'année dernière a été le temps qu'il a fallu pour que ce contrôle ait lieu et pour que les résultats filtrent.
Il a en effet fallu attendre le week-end du GP de Mexico, fin octobre, pour que le résultat final des enquêtes de 2021 soit connu et que Red Bull reçoive une pénalité, alors que la saison 2022 était déjà presque terminée…
Ce calendrier n'était pas idéal et Domenicali, qui représente le promoteur du championnat, souhaite que le processus soit plus rapide cette fois-ci pour la crédibilité de celui-ci. "C'est la FIA qui a la main là-dessus", a-t-il déclaré à Motorsport.com. "Personnellement, ce que j'ai demandé, c'est de publier aussi tôt que possible le résultat des enquêtes du staff de la FIA. Mais je le dis seulement car cela empêche l'émergence de rumeurs et commentaires qui ne sont bons pour personne."
La FIA attendue au tournant par la F1 et les équipes
La FIA admet que le processus pourrait être accéléré, sans pour autant compromettre le niveau de détail requis par ses enquêtes. Après avoir tiré quelques leçons et renforcé ses ressources en augmentant ses effectifs, l'instance dirigeante est convaincue que le résultat de l'analyse du plafond de 2022 – y compris les transgressions et les pénalités – sera effectivement révélé plus tôt que la dernière fois.
Le processus a commencé au milieu de la saison dernière, lorsque les équipes ont dû remettre des rapports provisoires avant le 30 juin. Il s'agissait de projections de dépenses pour l'ensemble de l'année jusqu'en décembre et, en tant que telles, elles représentaient un point de départ pour la discussion, permettant à la FIA d'identifier tout problème potentiel.
Les détails complets des dépenses réelles pour 2022 devaient être soumis avant le 31 mars de cette année, date à laquelle l'examen minutieux de chaque équipe a réellement commencé, avec notamment une série de visites d'usines. "Le premier mois suivant cette date limite est consacré à un examen approfondi des informations soumises", explique Federico Lodi, ancien de Toro Rosso et directeur du Règlement Financier de la FIA pour les monoplaces. "Et lorsque nous parlons de soumission, il ne s'agit pas seulement de quelques feuilles de calcul. Chaque dossier est composé d'un document de 150 à 200 pages, ce qui signifie qu'il y a beaucoup de documents à examiner."
La grille de départ du GP de Silverstone.
Pas un examen réalisable en 45 jours...
Outre l'augmentation des effectifs chargées du contrôle à la FIA, qui ont plus que doublé en un an, Lodi estime que le processus s'accélérera automatiquement à mesure que la FIA et les équipes elles-mêmes s'habitueront à ce que celui-ci implique et à la quantité de détails requis. Toute cette mise en place n’est est, finalement, qu’à ses débuts… ce qui permet aussi potentiellement encore quelques ruses.
"Simplement, plus tout le monde s'habitue au règlement, plus vous vous habituez au processus, plus nous sommes structurés, plus le temps sera réduit", note-t-il, se concentrant sur la question des délais. "Mais nous devons être réalistes, car je ne pense pas qu'il soit possible de finaliser l'examen au bout d'un mois ou de 45 jours. Cela dépend aussi des conclusions, car s'il faut ouvrir une enquête formelle, cela prend du temps. Il y a des avocats impliqués, des conseils consultatifs, donc le processus est long. Mais nous avons un objectif clair à l'esprit, à savoir accélérer le processus."
Domaines de contrôle sensibles et interprétations…
Le processus de l'année dernière a permis à tout le monde de tirer des leçons, notamment à Red Bull, dont l'interprétation de certains éléments des dépenses différait de celle de la FIA.
Ce n'est un secret pour personne que cette année, l'organe directeur s'est penché sur le rôle des divisions technologiques qui accompagnent les équipes de course, en accordant une plus grande attention à la manière dont le temps de certains ingénieurs est réparti entre les deux.
"Je pense que la première année, il y avait un peu d'incertitude, car c'était la première fois qu'une réglementation financière était introduite dans le sport automobile professionnel", explique Lodi. "Je pense aussi que pour les équipes, c'était un peu difficile, parce que les règlements sont objectivement compliqués et parce que les entreprises que nous devons réglementer sont compliquées."
"Il s'agit d'organisations comptant 1000 employés, menant des activités d'ingénierie et de fabrication, avec des activités commerciales et des activités de course. L'activité est donc complexe. Aujourd'hui, après l'année dernière, je suis convaincu que les doutes que tout le monde avait l'année dernière ont été dissipés. J'espère donc qu'à l'avenir, nous aurons de moins en moins de différences d'interprétation en ce qui concerne les règlements. Même s'il y a encore des discussions hebdomadaires sur la manière d'interpréter les choses !"
Ce dialogue se répercute sur les règles, qui font l'objet d'une révision constante. La plupart des mises à jour permanentes prennent la forme de clarifications qui sont l'équivalent des directives techniques de la FIA et qui ne sont vues que par les équipes et ne sont pas publiées officiellement.
En somme, le Règlement Financier régissant désormais la F1 n’a pas fini de faire parler de lui sous forme de saga annuelle !
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