Pirelli ouvert mais sceptique pour des pneus spécifiques à Monaco
Mario Isola, responsable F1 du manufacturier italien, se dit ouvert à l’idée de faire du Grand Prix de Monaco une épreuve exclusivement réservée aux pneus tendres, mais doute que cela relance l’intérêt de l’épreuve.
Le dernier Grand Prix de Monaco a, comme on pouvait s’y attendre, tourné à la procession, avec très peu de dépassements durant la course, le top 10 des qualifications ayant d’ailleurs terminé dans le même ordre après 78 tours parcourus. Avant la course du dimanche déjà, plusieurs acteurs avaient appelé à trouver des solutions pour rendre l’épreuve plus excitante, Lewis Hamilton ayant évoqué l’utilisation de "pneus spéciaux” pour cette course si particulière, où les dépassements relèvent souvent de l’impossible.
George Russell, son équipier chez Mercedes, a rejoint cette idée, estimant que n’utiliser que des gommes tendres dans les rues de la Principauté, et donc provoquer davantage de passages au stand, serait de nature à apporter un peu plus de facteurs d’incertitude lors de la course.
Mario Isola, le responsable de la compétition automobile et de la F1 chez Pirelli, a entendu ces suggestions, et ne ferme pas la porte à cette idée. "J’ai entendu la proposition [des pneus tendres] et j’en ai parlé à George, qui m’en a parlé", a commenté ce dernier. "Je pense que nous pouvons demander aux équipes de faire une simulation et de voir ce qui se passe."
Pour autant, Isola n’est pas convaincu que cette nouveauté apporterait davantage d’action au Grand Prix de Monaco, mais il s’attend plutôt à ce que les pilotes soient amenés à ménager encore davantage leurs gommes, comme il l'explique.
"En 2018, lorsqu’ils utilisaient des pneus plus tendres, si je me souviens bien, ils roulaient huit secondes plus lentement que le potentiel des pneus, ce qui correspondait au rythme de la F2", continue-t-il. "Le problème à Monaco est que l'on ne peut pas dépasser, donc on peut ralentir de 2, 3 ou 4 secondes par tour et personne ne peut dépasser."
"Ce qui est important à mon avis, c’est que nous devons prendre en compte non seulement les pneus, mais aussi les raisons pour lesquelles une équipe décide de s’arrêter ou non. C’est une combinaison de la dégradation des pneus, de la facilité de dépassement et du temps passé lors de l’arrêt au stand. Imola est un bon exemple, car s’il faut 28 secondes pour un arrêt au stand supplémentaire, on essaie de ne pas passer par là."
Un nombre d'arrêts au stand imposé ?
De la même façon, le responsable F1 de Pirelli pense, par expérience, que l’idée d’imposer un nombre d’arrêts au stand minimum n’apportera pas un gain d’intérêt notable à la course à Monaco, et craint au contraire une uniformisation des stratégies.
"Je me souviens qu’il y a de nombreuses années, lorsqu’il y a eu cette proposition [d’imposer deux arrêts], nous avons eu une discussion et les équipes ont demandé à leurs ingénieurs en stratégie de faire une simulation... Le résultat a été que tout le monde est revenu à la case départ."
N'utiliser que des gommes tendres à Monaco peut-il améliorer l'action en course ?
Photo de: Pirelli
"Le résultat a été que tout le monde est revenu avec plus ou moins la même stratégie. Donc, en ajoutant des contraintes, nous ne les poussons pas à avoir des stratégies différentes ou des approches différentes de la course, mais simplement à converger vers la même. Et ce n’est pas ce que nous voulons. Ce que nous voulons, c’est un mélange d’un arrêt et de deux arrêts, avec différents composés utilisés. Pour résoudre ce problème, nous devons travailler ensemble, nous asseoir, examiner toutes les propositions, faire une simulation et comprendre quelle est la meilleure approche."
Mario Isola préfère ainsi revenir au problème de base du tracé de Monaco : son manque de zones de dépassements.
"[Il faudrait] un circuit plus large, mais on ne peut pas détruire des bâtiments à Monaco", poursuit le technicien italien. "C’est une course unique où tout est décidé le samedi avec les qualifications, à moins qu’il y ait quelque chose d’imprévisible ou d’étrange. Mais pour le reste des circuits en ville, si nous sommes sur des pneus plus tendres, nous pouvons peut-être changer un peu l’approche et ouvrir une stratégie à deux arrêts là où nous en avons un. Je pense à d’autres circuits comme Miami et Las Vegas, les nouveaux. C’est possible. Mais pour Monaco, pour être honnête, je pense qu’il y a très peu de choses que nous puissions faire."
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