Interview

Pourquoi la Formule 1 profite à Alfa Romeo

Alors que le groupe Volkswagen a confirmé la venue d'Audi et de Porsche en Formule 1 pour la saison 2026 avec des programmes indépendants, un autre constructeur profite de l'exposition du championnat sans trop dépenser : Alfa Romeo.

Zhou Guanyu, Alfa Romeo C42

Présent en Formule 1 aux premières années du Championnat du monde puis de retour dans les années 1980, Alfa Romeo a fait un second come-back en catégorie reine en 2018, en s'installant au sein de l'équipe Sauber. Mais même si les voitures sont désormais peintes en bordeaux et que l'équipe s'appelle officiellement Alfa Romeo F1 Team, la marque au Biscione ne fait que sponsoriser la structure suisse, qui continue de gérer l'activité F1, tout en profitant de la bonne relation entretenue avec Ferrari, fournisseur du moteur et de la boîte de vitesses.

C'est donc une affaire plus qu'avantageuse pour Alfa Romeo, puisque le constructeur italien n'a pas à financer un programme de développement d'unité de puissance de F1 et n'a pas à gérer une équipe de course, avec toutes les dépenses qui vont avec. Le groupe Volkswagen voit les choses différemment toutefois. Porsche s'apprête à financer et à apposer son nom sur le nouveau moteur Red Bull Powertrains, tandis qu'il est possible qu'Audi rachète une équipe pour s'engager en tant que constructeur, tout en développant son propre moteur. Un exercice très coûteux, donc.

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À Milan, Alfa Romeo profite d'une bonne exposition médiatique pour de petits investissements. Alors que la marque doit prendre une décision dans les prochains mois sur le renouvellement de l'accord passé avec Sauber, Carlos Tavares, PDG du groupe Stellantis – qui détient Alfa Romeo – défend son modèle économique.

"Aujourd'hui, j'ai un partenariat solide", indique-t-il. "Ça fonctionne, l'équipe s'appelle Alfa Romeo F1 Team et je ne pense pas qu'il serait juste de critiquer le fait que nous avons un partenariat solide. Pourquoi devrions-nous critiquer le fait que nous avons un partenariat solide ? Pourquoi devrions-nous penser que la seule façon d'être en F1, c'est d'avoir une équipe ? Quel est l'intérêt ?"

"Ce que nous souhaitons pour les fans de sport automobile, ce sont de belles courses acharnées sur les circuits. C'est ce qu'ils veulent voir : des dépassements, des freinages tardifs, une gestion de l'usure des pneus, etc. Donc ce que je conteste respectueusement, c'est la vision selon laquelle il n'y a qu'une seule façon d'être en F1. Et je m'interroge sur ce qu'il y a de mal à avoir un partenariat solide dans une équipe appelée Alfa Romeo F1 Team."

Valtteri Bottas, Alfa Romeo C42

Valtteri Bottas, Alfa Romeo C42

"Si l'équipe est motivée, si les employés sont passionnés par ce qu'ils font, si les résultats s'améliorent, si les pilotes indiquent que la voiture progresse, si on le voit sur les résultats, si nous sommes ici pour en parler, c'est parce que ça marche. Nous devrions donc être ouverts d'esprit sur le fait qu'il y a plus d'une manière d'être présent en F1. Peut-être deux, peut-être trois, peut-être quatre ? Je n'en sais rien. C'est la réponse que je vous donne."

Le partenariat entre Alfa Romeo et Sauber précède la naissance de Stellantis, le groupe ayant été formé en 2021 à la suite de la fusion de FCA et PSA. Tavares en a hérité la gestion et le Portugais, ancien commissaire de piste d'Estoril et pilote, est convaincu que la F1 est le championnat idéal pour la marque. La présence d'Alfa aux États-Unis et en Chine, marchés où la F1 est en pleine expansion, est selon lui l'un des facteurs clés.

"Pour toutes les entreprises automobiles qui travaillent très dur pour devenir les meilleures, ce qui est le cas de Stellantis, [la F1] est évidemment un endroit idéal pour montrer qu'au sommet du monde du sport automobile, on peut signer de bons résultats. Alfa Romeo était déjà impliqué en F1, dans ce que nous considérions comme un partenariat très positif. Et nous avons constaté qu'il y avait plus de potentiel pour développer le partenariat et essayer de combiner deux dynamiques positives."

"La première dynamique positive est l'amélioration des résultats sportifs, que l'on peut constater depuis le début de cette année. Et la seconde dynamique positive est le fait que nous avons vu une opportunité de développer de manière rentable les activités d'Alfa Romeo dans le monde."

Carlos Tavares, PDG de Stellantis

Carlos Tavares, PDG de Stellantis

"Alfa Romeo est l'une de nos trois marques premium. Elle est la seule de ces trois marques premium à être présente dans les trois plus gros marchés mondiaux : l'Amérique du Nord, l'Europe et la Chine. Elle a donc un besoin spécifique d'améliorer sa reconnaissance de marque et l'opinion générale partout dans le monde. Et, bien sûr, la F1 est le show idéal pour augmenter la reconnaissance d'une marque premium mondiale s'appelant Alfa Romeo."

"C'est donc une bonne base et nous avons décidé que nous devions construire sur cette base pour accroître la notoriété de la marque Alfa Romeo dans le monde. Le capital de la marque est déjà très fort mais nous pouvons le développer encore plus et, bien sûr, faire en sorte que les affaires d'Alfa Romeo soient plus rentables."

Alfa Romeo n'est peut-être qu'un sponsor titre et non un propriétaire d'équipe, mais Tavares a un avis bien tranché sur la manière dont la F1 doit gérer les écarts entre les écuries. Selon lui, le budget plafonné mis en place l'an dernier doit continuer à limiter les dépenses et à niveler le peloton ; il n'apprécie guère la Balance de Performance (BoP) utilisée dans d'autres championnats.

"Nous pensons que la F1 doit rester en dehors de ce que j'appelle le monde de la BoP", ajoute Tavares. "Elle doit donc continuer à travailler de manière rigoureuse et correcte sur le plafonnement des coûts, qui est l'alternative au monde de la BoP. Et comme nous ne voulons pas voir de BoP en F1, c'est bien de travailler sur le plafonnement des coûts, parce que nous améliorons le retour sur investissement que les constructeurs automobiles peuvent avoir [en F1] compte tenu de l'impact médiatique."

"Et si nous avons un bon retour sur investissement, alors c'est bon pour [la F1], et c'est bon pour les constructeurs automobiles. Il y a donc une bonne concordance d'intérêts entre le plafonnement des coûts qui améliore le retour sur investissement pour les constructeurs automobiles, la durabilité [de la F1] et le fait qu'être présent en F1 a du sens sur le plan économique."

"Je pense donc que dans l'intérêt des personnes passionnées de sports mécaniques, comme vous et moi, il faut protéger la possibilité de courir avec un budget raisonnable. Parce que si le budget est raisonnable, avec le bon impact médiatique que l'on génère, alors le retour sur investissement est bon. Et si le retour sur investissement est bon, les constructeurs automobiles viendront."

Sans surprise, Tavares se réjouit de l'arrivée d'Audi et de Porsche en 2026, deux noms contre lesquels Alfa Romeo aimerait se battre. Le PDG prévient toutefois que leur arrivée ne doit pas se faire à n'importe quel prix : "Je suis très heureux que nous ayons encore plus de constructeurs présents en F1, je pense que c'est une bonne chose tant que la présence de ces constructeurs ne ruine pas le show. Il peut être ruiné en laissant l'inflation prendre le contrôle."

"Pour nous, les fans de sport automobile, il n'est pas dans notre intérêt de laisser l'inflation prendre le contrôle. Parce qu'après l'inflation, c'est du n'importe quoi. Et après le n'importe quoi, ça explose. Et après l'explosion, il faut tout reconstruire. Nous accueillons les autres constructeurs parce que c'est bien, c'est le sport, ce sont les gros combats. C'est pour ça que nous sommes ici, nous aimons ça. Mais il est important que cela soit associé à des budgets raisonnables qui protègent le retour sur investissement."

Zhou Guanyu, Alfa Romeo C42

Zhou Guanyu, Alfa Romeo C42

"Si des nouveaux arrivent et ruinent le show parce qu'ils sont prêts à dépenser à un point qui n'a aucun sens, même pour nos employés, alors le show volera en éclats au bout de trois ans. Accueillir des nouveaux venus et plus particulièrement des nouveaux venus costauds, d'accord, c'est super. Nous vivons F1 et nous aimons la course. Mais il faut respecter les règles du plafonnement des coûts."

"On doit respecter ces règles et faire en sorte que l'on joue le jeu. Si c'est le cas, alors nous leur souhaitons la bienvenue, ce sera fantastique. Et je ne suis pas inquiet pour ceux qui ont beaucoup d'argent parce que l'on ne trouve pas toujours du talent là où l'on trouve de l'argent."

Nous saurons très bientôt si Alfa Romeo prolongera son accord avec Sauber, et pour combien de temps. Cependant, étant donné qu'Audi chercherait à racheter une équipe, il est possible que la marque aux quatre anneaux jette son dévolu sur Sauber, ce qui mettrait fin de facto au sponsoring d'Alfa. De quoi préoccuper Tavares ? "C'est une pure spéculation", tranche-t-il. "Voulez-vous la liste de mes préoccupations dans mon secteur automobile ? Je ne pense pas que vous ayez assez de pages dans votre carnet."

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