Ricciardo-Hamilton, la forge des destins

Il y a un peu moins de six ans, le monde de la Formule 1 était secoué par l’officialisation d’une nouvelle qui allait modifier sensiblement le visage de la discipline : l’arrivée de Lewis Hamilton chez Mercedes. Pour 2019, c'est Daniel Ricciardo qui rejoint Renault et invite à dresser une parallèle.

Ricciardo-Hamilton, la forge des destins

Et forcément, au lendemain de l’annonce par Renault de la signature de Daniel Ricciardo, la comparaison est tentante, car elle semble dans les grandes lignes impliquer les mêmes mécanismes.

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Le contexte

Même si Ricciardo n’est pas Champion du monde comme l’était déjà Hamilton depuis 2008, il jouit d’une réputation extrêmement favorable et est rangé parmi les meilleurs pilotes du championnat depuis plusieurs saisons.

Cependant, du haut de ses sept victoires en carrière, il végète tout de même dans une équipe de pointe qui peine à retrouver les sommets. Certes, Red Bull est un concurrent à la victoire en certaines occasions, mais le titre n’est plus un objectif réaliste depuis 2013, et le passage à Honda, qui doit encore réaliser une importante quantité de travail pour revenir au niveau des meilleures unités de puissance, incite à penser que cela ne va pas évoluer rapidement, du moins pas avant 2021.

Pour Hamilton, les choses étaient légèrement différentes mais la stagnation ou l’insuffisance des performances a joué. À partir de 2009, et même si le Britannique s’est un temps réellement mêlé aux luttes pour le titre en 2010 et 2012, McLaren n’a pas offert à son pilote une monoplace suffisamment performante et/ou fiable pour surpasser régulièrement Red Bull, Ferrari ou même parfois Lotus. On se souvient d’ailleurs que plusieurs incidents avaient gâché la chance de jouer le titre 2012 jusqu’au bout et pesé dans la balance au moment de faire un choix.

Surtout, ce sont deux pilotes biberonnés par leurs équipes formatrices qui quittent le nid. Ricciardo comme Hamilton ont été soutenus dans les formules de promotion et ont eu la chance de bénéficier du travail d’une équipe de pointe pour leur mettre le pied à l’étrier en F1. Bien sûr, le parcours du natif de Perth a été plus conventionnel que l’arrivée en fanfare du #44, mais la finalité est la même : Hamilton a passé six saisons en F1 avec McLaren alors que Ricciardo s’apprête à finir la septième au sein d’une écurie du taureau rouge.

L’annonce

L’annonce en elle-même est très surprenante côté Ricciardo. En effet, les dernières semaines, aussi bien du côté de Red Bull que du pilote, semblaient avoir entériné le fait qu’il allait prolonger son aventure, faute d’un baquet dans les autres top teams. Ricciardo déclarait même, au sortir de sa journée d’essais ce mardi au Hungaroring, qu’il n’y avait plus que des détails à régler...

Au contraire, la venue de Hamilton chez Mercedes avait d’abord pris la forme d’une rumeur, devenant très insistante, et qui s’était étalée sur plusieurs semaines, au point de devenir suffisamment crédible en elle-même pour que l’officialisation ne soit plus qu’une question de jours ou d'heures.

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Le contrat

Dans l’absolu, c’est peut-être concrètement ce qui différencie le plus les deux décisions. Quand Hamilton s’engage pour Mercedes fin 2012, il le fait certes avec une écurie qui a peiné à progresser de façon notable lors des trois premières saisons suivant son retour (tiens, comme Renault cette année), mais son engagement va alors le lier pour trois ans : la saison 2013, dernière de l’ère V8, et les saisons 2014 et 2015, premières de l’ère V6 turbo hybride.

Ricciardo a signé un accord qui le verra chez Renault en 2019 et 2020, au minimum. Or, le changement réglementaire majeur aura lieu en 2021 et sera certainement d'une ampleur moindre à celui de 2014. Quasiment tous les pilotes/écuries de pointe ont fait ce choix, pour des raisons évidentes, mais c’est à souligner.

Quand bien même Mercedes avait pu apporter à Hamilton des garanties sur son niveau de performance au moment du passage à la réglementation moteur 2014 et McLaren peinait à retrouver les sommets de la fin des années 2000, s’engager avec l’Étoile au moment de basculer vers une nouvelle réglementation était à l’époque un pari risqué. Ricciardo, de son côté, met un pied chez Renault mais atténue un peu le risque d'y être coincé en conservant une porte de sortie au moment où des baquets plus huppés pourraient être disponibles, si jamais les signaux ne sont pas bons en coulisses. Mais d’aucuns pourraient arguer que changer de crèmerie à la veille d’une révolution réglementaire est également un risque…

L’avenir

L’avenir proche sera le même : en dehors des attentes inhérentes à leurs statuts respectifs et des capacités des monoplaces, il n’y a pas forcément grand-chose à espérer des deux saisons à venir de Renault tout comme de celle de Mercedes en 2013. Tout au plus, si la progression est bonne, sera-t-il possible à Ricciardo de faire monter le Losange sur le podium et pourquoi pas de jouer la victoire à l’opportunisme. Un succès aurait évidemment déjà une saveur très particulière, comme l’avait eu le succès en Hongrie de Hamilton à l’été 2013, son premier avec l’écurie de Brackley.

Mais c’est évidemment l’avenir plus lointain qui déterminera la façon de classer ce choix en pari réussi, raté ou, finalement, pas vraiment abouti. Inutile de revenir sur la façon dont a tourné celui de Lewis Hamilton avec les Flèches d’Argent.

Ricciardo a tout à écrire du reste de sa carrière qui va désormais s’établir en dehors du giron Red Bull. L’Australien aura 31 ans au moment où il abordera la saison 2021. Sera-t-il avec Renault au moment où les F1 de la nouvelle ère réglementaire se placeront sur la grille de départ du premier Grand Prix de cette saison ? Le mystère est entier. Mais il est clair qu’en ayant fait le choix de quitter un cocon sans doute trop petit pour contenir Max Verstappen et lui, le numéro 3 s’est offert une bouffée d’air, une certaine liberté – comme de partir mais aussi celle de réussir ou de se tromper – et, enfin, le plus important : l’opportunité d’un destin de Champion qu’il se sera forgé lui-même.

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