Dovizioso face à un mur : des difficultés sans issue ?

Après le premier tiers de la saison, Andrea Dovizioso semble avoir déjà dressé un constat d'échec dans le défi qu'il a tenté de relever avec Yamaha.

Dovizioso face à un mur : des difficultés sans issue ?
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Andrea Dovizioso a longtemps évalué ses options avant de reprendre la compétition après son divorce avec Ducati, écartant toute proposition qu'il ne pensait pas en mesure de lui permettre de rapidement se montrer compétitif. Si son choix s'était finalement porté sur Yamaha, il donne aujourd'hui l'impression d'avoir fait le tour de la question, ce nouveau défi ne lui ayant de toute évidence pas permis de retrouver le niveau auquel il aspire.

Avant-dernier du Grand Prix de France, à 38 secondes du vainqueur, le pilote italien est apparu résigné à l'arrivée. "Ça s'est passé comme à Jerez, donc particulièrement mal", résumait-il, déjà 17e à 37 secondes en Andalousie. Son meilleur résultat à ce stade est une 11e place, très loin des performances qu'il réalisait lorsque la symbiose obtenue avec la Ducati lui a permis de s'imposer 14 fois en cinq saisons et d'être par trois fois le dernier adversaire de Marc Márquez au championnat.

À chaque analyse qu'il livre du haut de son expérience, Dovizioso en revient désormais systématiquement à la même conclusion : les difficultés qu'il rencontre ne font que confirmer que la M1 doit être conduite d'une façon bien spécifique. "C'est vraiment lié à la manière dont on est obligé de piloter la moto et si on ne fait pas ça, ça ne peut pas fonctionner", tranche-t-il.

"Si vous étudiez vraiment les raisons pour lesquelles, sur chaque piste et à chaque réglage qu'on essaye, l'écart est plus ou moins le même, c'est juste une confirmation supplémentaire que la manière dont il faut piloter est trop différente [de la mienne]", décrit-il. "On essaye vraiment de changer beaucoup de choses. C'est la seule chose qu'on puisse faire étant donné qu'on n'a pas de matériel différent, mais ça ne change pas vraiment, que ce soit de façon négative ou positive. C'est juste une confirmation supplémentaire de ce que je pensais depuis le début, à savoir que la moto est vraiment bonne dans certains domaines car Fabio [Quartararo] montre des choses incroyables, mais aujourd'hui c'est la seule façon d'être rapide avec cette moto."

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"Si on n'est pas habitué à être rapide en emmenant beaucoup de vitesse dans les virages, sur une plus grande distance, on a du mal à aller dans cette direction. Voilà ce qui se passe. C'est très, très simple. Il n'y a pas tellement d'explications, pas de raisonnements à faire, pas besoin d'entrer dans certaines choses pour le comprendre. Pour moi, c'est très simple, on parle de quelque chose qui est tellement à l'opposé et différent [de mon style] qu'il se passe ça. Et étant donné qu'on est tous proches, avec des motos compétitives, on se retrouve très facilement derrière, c'est tout."

Il distingue en ce sens ses difficultés de celles de Franco Morbidelli, qui peut selon lui trouver la clé dans les réglages : "J'entends Franco dire qu'il doit retrouver le set-up pour remonter ; lui, il a fait deuxième du championnat [avec Yamaha], alors il sait de quoi il parle. Moi, je ne me vois pas dans cette situation. Ce ne sont pas des réglages qui pourront me permettre de piloter la moto comme il faut. C'est vraiment une question de puce dans la tête, je le décris comme ça." Dovizioso entend par là que son cerveau n'est pas paramétré comme il le faudrait : "À l'heure actuelle, je n'ai pas ça. J'ai essayé de changer ça, mais je n'ai pas trouvé [comment faire]. C'est la raison pour laquelle sur chaque piste plus ou moins, l'écart est très similaire, qu'il s'agisse de rythme ou sur le tour."

"Si les choses pouvaient changer, elles auraient déjà changé"

Andrea Dovizioso a beau avoir conscience de ce qui lui fait défaut, il ne parvient pas à adopter ce pilotage qui lui ressemble si peu. "J'essaye de le faire depuis la première course de l'année dernière, mais si vous analysez toutes mes années en MotoGP, je n'ai jamais piloté comme ça, quelle que soit la moto, et pourtant j'ai toujours été compétitif avec ma méthode", observe-t-il.

Face à un tel constat, et fort de ce que sa longue carrière lui a appris, le triple vice-Champion du monde en arrive désormais à la conclusion qu'il n'y a pas d'issue possible. "En ce moment, non", affirme-t-il lorsqu'on lui demande s'il en voit une. "J'ai fait cinq courses l'année dernière, cette année [sept]. Franchement, si les choses pouvaient changer, elles auraient déjà changé." Et d'ajouter : "En ce moment, je me tape la tête contre un mur chaque fois que je prends la piste en essayant de modifier certaines choses sans y arriver. Si je disais que ça va changer, je mentirais."

Andrea Dovizioso

"C'est la raison pour laquelle j'ai voulu rencontrer Yamaha il y a deux courses", souligne Dovizioso, dont les propos lourds de sens font renaître la menace d'un départ anticipé, tant on le voit difficilement disputer les 14 Grands Prix restants dans de telles conditions. "J'ai toujours eu besoin d'un objectif, je ne cours pas juste pour courir. Je le leur ai dit : 'Je veux comprendre quels sont vos programmes, ce que vous pouvez m'en dire, parce que ça m'intéresse de comprendre si je peux aider et ce que je peux faire, s'il est possible de travailler d'une certaine façon ou bien s'il s'agit juste de courir et basta'."

"On a parlé ouvertement et j'ai beaucoup aimé ça, mais je n'ai pas eu de réponses définitives, alors je pense qu'on va sûrement se reparler d'ici peu, pour le bien des deux parties", ajoute Dovizioso. S'il n'en dit pas plus sur l'échéance attendue pour la suite de cette conversation avec Yamaha, on sent les limites de sa patience atteintes et c'est un regard très réaliste qu'il porte sur l'impasse dans laquelle il se trouve.

Ce qui ressort des longues analyses offertes par le pilote aux médias tout au long d'un week-end au Mans très éprouvant pour lui, c'est qu'il a d'ores et déjà dressé ses conclusions et, en l'absence de profondes modifications possibles sur la M1, c'est sa responsabilité personnelle de pilote qu'il met en avant, l'assumant pleinement. "Je l'ai toujours prise [ma responsabilité]. Je n'ai jamais eu aucun problème par rapport à ça et je reconnais que seul [un changement] de trajectoires dans le pilotage pourrait vraiment modifier ma vitesse en piste avec cette moto à l'heure actuelle. C'est clair depuis le début que c'est le cas, et c'est tout."

"Ma décision s'est beaucoup basée sur mon expérience de 2012", rappelle-t-il au sujet de son choix de retrouver Yamaha l'an dernier, pointant mieux encore sa déception. "J'espérais donc trouver des caractéristiques un peu différentes. Je m'attendais à la majeure partie des caractéristiques parce que l'ADN de la moto est resté très similaire, mais je m'attendais à ce que certaines choses soient un petit peu différentes."

En attendant une issue à ce qui a tout l'air d'un calvaire, Andrea Dovizioso s'éloigne bien malgré lui de la satisfaction que peut procurer sa place de pilote MotoGP. "Non, pas du tout", répond-il quand nous lui demandons s'il parvient malgré tout à prendre du plaisir. "Ça, ça m'ennuie un peu. Ça dépend toujours un peu comment on veut regarder les choses : on est quand même privilégiés de pouvoir vivre ces choses-là, tout ce qu'il y a autour, de piloter une moto comme ça, tout ce que les gens font pour essayer de nous faire obtenir des résultats."

"C'est un privilège et je le reconnais. Le truc, c'est que tout est lié à la vitesse et à la compétitivité à laquelle on parvient quand on pilote. Alors quand on n'y arrive pas, on essaye de regarder autour de soi et de voir que les choses sont belles… Elles le sont, mais on ne le vit pas comme ça. Franchement, ça, ça me gêne beaucoup. Si je pouvais prendre du plaisir, même sans résultats, je le ferais, mais ça n'est pas le cas."

"Si on est habitué à être devant, c'est lourd", admet-il. "À la maison, je vais bien, je suis très heureux de ma vie, mais le week-end, quand on ne s'amuse pas c'est dur. Et ça vaut aussi pour les personnes qui travaillent avec moi. Franchement, je suis vraiment désolé parce qu'on n'arrive pas à profiter de tout ce qui est beau. Quand ça ne va pas, malheureusement ça les impacte eux aussi et j'en suis vraiment désolé."

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