L'évolution des teams satellites a fait éclore la jeune génération

Parmi les pilotes qui ont goûté aux joies de la victoire pour la première fois en 2020, trois d'entre eux roulaient pour des équipes satellites, de plus en plus capables de se mesurer aux teams officiels grâce à un équipement identique. Cette tendance pourrait perdurer en 2021, permettant à plus de pilotes de jouer les premiers rôles.

L'évolution des teams satellites a fait éclore la jeune génération

La jeune génération a été propulsée sur le devant de la scène en 2020. Dans un championnat marquée par l'absence de Marc Márquez, Joan Mir a été titré dès sa deuxième saison dans la catégorie, décrochant également son premier succès en course, comme Fabio Quartararo, Brad Binder, Miguel Oliveira et Franco Morbidelli avant lui. Le podium de Portimão a illustré ce changement d'époque puisqu'il était composé de trois pilotes appartenant à la nouvelle génération. Oliveira, Jack Miller et Morbidelli sont nés à quelques jours d'intervalle, entre décembre 1994 et janvier 1995, et ils ont tous les trois remporté leur première course en MotoGP en roulant pour des équipes satellites. Miller estime qu'il est devenu plus facile de prouver son talent au guidon de machines satellites qu'au début de sa carrière, une tendance dont il se satisfait.

"C'est génial à voir et j'espère qu'il y en aura plus dans le futur car j'adore voir des jeunes réussir dès leur saison de débutant", a déclaré le pilote australien, qui rejoindra une équipe factory en 2021, Ducati, comme Oliveira, promu dans le team officiel de KTM. "Franky [Morbidelli] a été dans la même position que moi, à essayer de faire de son mieux avec le matériel Honda [chez Marc VDS]. Ensuite, le soutien arrivait au fur et à mesure que les résultats venaient progressivement et il fallait construire cela. Maintenant, vous voyez des jeunes qui arrivent du Moto2 et qui sont immédiatement rapides avec un grand soutien et c'est génial de ne pas avoir à prendre ces trois ou quatre années pour monter en termes d'équipement."

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Car rouler pour une équipe satellite n'a plus la même signification que par le passé. Autrefois synonymes d'un équipement inférieur et de machines d'ancienne génération, ces structures sont désormais pour la plupart en mesure d'offrir une moto identique à celle des teams factory. Signe de cette évolution, la saison 2020 du MotoGP s'est conclue sur un podium historique au Grand Prix du Portugal puisque les trois pilotes roulaient tous pour des équipes satellites, Tech3, Petronas et Pramac, une situation qui ne s'était plus produite depuis 16 ans et le premier Grand Prix du Qatar, avec le doublé des Honda Gresini de Sete Gibernau et Colin Edwards devant Rubén Xaus, alors au guidon de la Ducati du team D'Antin.

Si ce résultat pouvait sonner comme une anomalie en 2004, il a traduit une nouvelle tendance cette année. Les titres des pilotes et des équipes sont certes revenus à Suzuki, une équipe d'usine, mais les teams indépendants ont remporté plus de la moitié des courses disputées, avec six succès pour le team SRT, grâce à Morbidelli et Fabio Quartararo, et deux pour la formation française Tech3, qu'Oliveira a placé sur la première marche du podium pour la première fois au Red Bull Ring.

Cette montée en puissance des équipes satellite est récente. À Assen en 2016, Jack Miller a mis fin à une série de dix ans sans victoire pour un pilote indépendant au guidon de sa Honda du team Marc VDS, le dernier remontant à Estoril 2006, avec le succès Toni Elías, déjà avec une Honda, engagée par Gresini. Les succès des teams satellites sont restés rares dans les saisons suivantes, Cal Crutchlow gagnant deux courses en 2016 et une en 2018, année à partir de laquelle l'Anglais a bénéficié de la Honda d'usine dans le team LCR.

D'autres constructeurs se sont inspirés de cette stratégie et seulement quatre pilotes devaient se contenter de motos d'ancienne génération cette année : Morbidelli avec une Yamaha hybride chez SRT, Takaaki Nakagami et sa Honda version 2019 dans le team LCR, et enfin deux pilotes avec des Ducati, Johann Zarco et Tito Rabat, avec l'ancienne Desmosedici engagée par Avintia, même si elle était également équipée de certaines nouveautés. La situation va encore évoluer en 2021 puisque Nakagami disposera de la RC213V la plus récente. Miller a été témoin de cette évolution, selon lui bénéfique pour le MotoGP. 

"J'ai eu la chance de passer par différentes ères de la vie des équipes satellites, à commencer par mon arrivée avec la Honda Open, et j'ai été celui qui a battu un record qui avait tenu pendant dix ans", a rappelé le #43, qui n'aurait pas cru à la composition du podium de Portimão quand il a rejoint le MotoGP. "On n'en aurait jamais rêvé. C'est une chose constante : au début c'est Honda qui l'a fait avec Cal [Crutchlow], en lui donnant l'équipement officiel dans le stand satellite ; ensuite Ducati avec Danilo [Petrucci] et Scott [Redding] qui étaient dans ce système où celui des deux qui finissait devant au championnat obtenait la moto officielle pour l'année suivante [dans le team Pramac] ; et puis tous les autres constructeurs ont commencé à élever le niveau de soutien pour les équipes satellites. Et on voit maintenant que des trois gars [...] sur le podium, aucun d'entre nous n'était dans une équipe d'usine et c'est génial à voir à quel point le MotoGP a grandi [depuis que je suis là] et ça ne fait que cinq ans !"

Miguel Oliveira est également satisfait que les différences d'équipement aient été gommées au fil des années, permettant ainsi aux pilotes la possibilité de faire la différence. "Il est possible d'avoir le même équipement fourni à une équipe d'usine et satellite et ensuite c'est au pilote de faire le travail", s'est réjoui le pilote portugais.

Rouler dans un team satellite n'effraie plus les plus grandes stars du MotoGP. Valentino Rossi rejoindra le team Petronas la saison prochaine 2021, en conservant une machine d'usine. Pour le Docteur, cette situation est comme un retour aux sources puisqu'il décroché son premier titre avec un team indépendant, Nastro Azzurro, en 2001, mais avec la Honda d'usine. "Aujourd'hui les équipes satellites sont un projet important pour tous les constructeurs", soulignait Rossi en septembre. "Habituellement dans les équipes satellites on a de jeunes pilotes [destinés] à l'équipe d'usine. Et maintenant, très souvent, les motos de l'équipe satellite sont exactement les mêmes que celles de l'équipe factory. Le team Nastro Azzurro était exactement comme ça : j'avais une moto factory, j'avais mon team avec Jeremy Burgess, mais j'étais dans l'équipe satellite."

Un pilote d'un team indépendant peut-il être titré ?

Ces teams secondaires sont devenus un élément important dans la stratégie des constructeurs, qui y tirent ainsi des bénéfices. Yamaha a pu s'appuyer sur des données supplémentaires en confiant une machine de dernière génération à Fabio Quartararo cette année, tandis que KTM s'est appuyé sur le travail de Tech3 en renforçant le partage de données en fin de saison, au bénéfice de l'équipe factory à Motorland Aragón, quand Pol Espargaró a adopté les réglages d'Iker Lecuona.

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L'évolution est telle que l'on peut maintenant imaginer un pilote d'une équipe indépendante profiter de cette politique pour devenir Champion du monde. Fabio Quartararo, longtemps leader durant la saison 2020, et son équipier Franco Morbidelli, également en lice pour le titre jusqu'à l'avant-dernière course de la saison, ont donné de la crédibilité à cette idée autrefois saugrenue. Pour Miguel Oliveira, les pilotes des teams satellites auront leurs chances en 2021, d'autant plus que le gel du développement pourrait encore plus réduire les écarts.

"Bien sûr, ce ne serait pas une surprise que, peut-être dans le futur, nous puissions avoir un pilote d'une équipe satellite champion. Mais ça dépend vraiment de comment l'équipe en elle-même aborde le tout. Je ne vois pas de raison pour laquelle en ce moment, des équipes satellites ne pourraient pas mieux performer que les équipes d'usine. Particulièrement l'année prochaine où nous n'aurons pas de développement majeur sur la moto et que l'expérience gagnée cette année pourra payer et aider à affiner de petites choses pour faire de meilleures performances."

La saison 2020, déjà très ouverte avec neuf vainqueurs malgré une saison réduite à 14 Grands Prix, pourrait donc ne pas être une exception mais bien le signe d'une nouvelle ère, surtout si la nouvelle opération de Marc Márquez, dominateur ces dernières saisons, devait encore le tenir éloigné des circuits.

Avec Guillaume Navarro

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