Le MotoGP justifie les limitations sur le holeshot device

La Commission Grand Prix a estimé que le holeshot device à l'avant lancé par Ducati représentait "un cran de trop" dans le développement et les dépenses. Le système sera interdit en 2023, ce qui satisfait les pilotes des marques rivales.

Le MotoGP justifie les limitations sur le holeshot device
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L'utilisation du holeshot device sera limitée à partir de la saison 2023. Fer de lance de cette innovation qui permettait initialement d'abaisser la moto au départ, Ducati a continué à développer le système pour l'utiliser en sortie de courbe, d'abord à l'arrière puis à l'avant depuis cette année. En 2023, l'utilisation du dispositif à l'avant ne sera permise que dans la phase de départ, tandis que les pilotes pourront encore l'employer à l'arrière à l'extinction des feux ainsi que dans un tour lancé.

Deux éléments ont été mis en avant par Danny Aldridge, directeur technique du MotoGP, pour expliquer cette décision : la sécurité, les pilotes étant de plus en plus sollicités pour des changements de réglages susceptibles de les déconcentrer, ainsi qu'un besoin de freiner une course au développement potentiellement synonyme d'escalade des coûts.

"[Le holeshot device à l'avant] est encore utilisé cette année, donc Ducati peut continuer à se servir du dispositif, et les constructeurs qui souhaiteraient l'introduire cette année peuvent également le faire, mais au Qatar, tous les membres de la Commission Grand Prix ont estimé que c'était peut-être un cran de trop dans le développement et les dépenses", a expliqué Aldridge au site officiel du championnat. "Ils ont demandé à l'unanimité qu'il soit interdit en 2023."

Jack Miller

Jack Miller

"Nous n'essayons pas de restreindre le développement, mais de le ralentir un peu parce qu'il faut comprendre que ces motos deviennent trop rapides et que les pilotes ont trop de choses à faire. Les développements induisent également des problématiques de coûts donc [c'est] aussi pour réduire les dépenses des constructeurs. Ils sont tous d'accord sur ce point donc ce n'est pas une chose qui vient de la Dorna, il y a un accord unanime de la Commission, où la MSMA [l'association des constructeurs] et les marques sont représentées."

"Ça n'empêchera pas l'utilisation du holeshot device pour abaisser l'avant au départ, on pourra continuer à l'utiliser l'an prochain. Et le dispositif à l'arrière pourra encore être utilisé en 2023 [dans toutes les situations]."

Plusieurs pilotes satisfaits de la décision

Interrogés sur cette interdiction, les pilotes se sont dits partagés mais ont sans surprise défendu la marque dont ils portent les couleurs. Juste avant le lancement de la saison, quand Marc Márquez militait pour une interdiction du holeshot device qu'il jugeait dangereux, le clan Ducati minimisait les actions à faire pour l'actionner. Et lorsque la limitation du système à l'avant a été annoncée, Jack Miller y a vu une mesure "injuste" puisque la firme de Borgo Panigale a investi du temps et de l'argent dans le développement d'un élément qu'elle ne pourra pas utiliser dans la durée.

Pour Joan Mir, l'interdiction va dans la bonne direction puisque le dispositif n'améliore en rien le spectacle et que Ducati n'aurait bénéficié que temporairement d'un avantage technique, le temps que la concurrence adopte le concept. "Ça ne permet pas de rendre les courses plus intéressantes", a analysé le Champion du monde 2020. "C'est juste de la performance et de la performance, et tout le monde aurait fini par l'avoir, peut-être pas l'année prochaine mais après, donc ça serait revenu au même. Je suis d'accord avec le fait qu'on ne l'ait plus l'an prochain."

Joan Mir et Fabio Quartararo

Joan Mir et Fabio Quartararo

Son successeur au palmarès, Fabio Quartararo, approuve également l'interdiction et milite même pour qu'elle soit totale, jugeant l'apport du holeshot device assez faible pour la compétition. "Ce n'est pas parce qu'on ne l'a pas, mais je pense qu'il y a déjà trop de choses à l'avant", a estimé le Français. "Je pense déjà qu'on n'en a pas besoin au départ, à l'arrière non plus. Évidemment, on est plus rapides, mais en 2019 on avait un très bon rythme sans device à l'avant ou à l'arrière. Pour moi, si on enlevait tout ça ne serait pas un gros problème."

Pol Espargaró estime aussi que les développements sont allés trop loin, tout en assurant que sa position n'est pas partisane. "À chaque fois, on arrive plus vite en courbe, on fait des tours de plus en plus rapides", a expliqué le pilote Honda. "On sollicite encore plus la moto et nos organismes, il y des forges G, des accélérations... On est arrivé à un stade où il faut limiter ces choses, pour éviter d'avoir des problèmes dans le pilotage. Je pense que c'est une bonne chose. Ce n'est pas une question de marque, de Ducati, Suzuki ou Yamaha. C'est une question de sécurité et c'est très bien."

Malgré la position officielle de Ducati, opposée à l'interdiction du variateur de hauteur à l'avant après le départ, la marque semble elle-même douter de son utilité puisqu'il était absent de la plupart de ses machines dans les dernières courses. Johann Zarco est le seul à l'avoir utilisé depuis le GP d'Indonésie, afin de continuer à l'évaluer, et il se réjouit de la force de frappe du constructeur qu'il représente à travers le team Pramac.

"C'est un peu dommage pour Ducati qu'il soit interdit l'an prochain. C'est bien de voir tous ces éléments techniques. Ducati adore ça et essaie de les promouvoir. Peut-être qu'ils trouveront quelque chose d'autre que les constructeurs regarderont !"

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