Interview

Quartararo décrypte sa réussite : sérénité retrouvée et Yamaha en progrès

À la peine dans les dernières de la saison 2020, Fabio Quartararo a retrouvé le sommet et domine le championnat à mi-parcours. Motorsport.com s'est entretenu avec le Niçois pour évoquer sa nouvelle approche, sa progression et son arrivée dans l'équipe Yamaha factory, mais aussi les grandes difficultés de son coéquipier.

Fabio Quartararo, Yamaha Factory Racing

Fabio Quartararo a été l'homme fort de la première moitié de saison en MotoGP. Vainqueur de quatre des neuf courses au programme, le Français domine le championnat avec 44 points d'avance sur le deuxième, son compatriote Johann Zarco, s'étant battu pour les premières places dans tous les rendez-vous et n'ayant vu que trois podiums lui échapper : au GP du Qatar en ouverture de la saison, au GP d'Espagne en raison d'un arm-pump pour lequel il a depuis été opéré et au GP de Catalogne avec de multiples péripéties, la principale étant l'ouverture de sa combinaison en pleine course.

Déjà longtemps leader du championnat en 2020, le Français avait sombré dans le classement avec une Yamaha aux performances inconstantes, ses trois succès étant restés ses trois seuls podiums de l'année. Son arrivée dans l'équipe officielle a coïncidé avec une nouvelle approche et une machine en net progrès même si El Diablo a dû y adapter son style de pilotage – avec le succès que l'on connaît. À Assen, Quartararo a répondu aux questions de Motorsport.com et s'est livré sur la réussite qui est actuellement la sienne.

Quel est ton bilan du déroulement de la saison jusqu'à présent ?

Une saison vraiment bonne. Malheureusement, on a eu des problèmes à Jerez et à Barcelone, avec mon bras et ma combinaison. Mais on a été rapides dans toutes les circonstances, et même quand en étant en difficulté en Allemagne ou sous la pluie au Mans, j'ai été en mesure de jouer le podium. Je suis vraiment très content.

Je me souviens d'une discussion avec toi à Misano l'an dernier, et le contraste entre cette période et l'actuelle est saisissant. Tu sembles bien mieux gérer les moments difficiles et être différent. Est-ce le cas ? Comment les expériences de l'an dernier t'ont-elles façonné ?

Je pense que ça fait une grosse différence parce que l'an dernier, tout le monde attendait ma première victoire. On en a eu deux en une semaine [à Jerez]. Et je n'avais pas véritablement de pression, mais Yamaha a rencontré des problèmes au pire moment, [quand] j'étais dans une bonne période, et je ne me sentais pas bien, parce que je savais que je ne pouvais pas piloter comme je le voulais.

Mais c'est différent cette année. Même quand on est en difficulté, je me donne à 100% pour améliorer mes sensations et faire au mieux. En Allemagne, on ne pouvait pas jouer la victoire, [donc j'ai] essayé d'être le meilleur pilote sur cette moto et on a pu finir troisième, ce sont des points précieux pour le championnat. Donc j'ai changé, je pense qu'on a eu des problèmes l'an dernier et que maintenant j'ai beaucoup d'expérience grâce à ces moments difficiles. Maintenant, quand il y a de petites difficultés, je peux les surmonter et ne penser qu'au positif. Même quand on a du négatif, je pense juste au positif et à ce que je peux mieux faire.

Tu as aussi travaillé avec un psychologue cet hiver et je sais que tu l'as fait à plusieurs occasions après des moments difficiles. Tu en parles ouvertement, ce qui n'est pas toujours le cas pour un pilote...

Oui, sincèrement je ne lui ai parlé que deux fois depuis novembre 2020, mais ça me suffit. Mon principal objectif était qu'il m'aide à garder mon calme, qu'il me donne quelques exercices à faire avant les essais ou quand je sens que j'ai besoin de les faire. Donc actuellement, je me rappelle que quand je suis en colère ou mécontent, je dois juste faire ces exercices pour garder mon calme. Rien de plus. L'exercice me prend moins de cinq secondes donc je peux le faire à tout moment – y compris sur la moto. Donc c'est assez facile et je sens que ça m'aide à garder mon calme. Et ensuite je gagne en maturité et en expérience, j'ai appris l'an dernier et j'ai réalisé les choses sur lesquelles je devais travailler cet hiver. Mais plus que le travail avec un psychologue, il s'agissait juste [de trouver] un moyen de garder mon calme.

L'an dernier, j'étais vraiment un peu perdu en fin de saison parce que je savais que je n'avais plus mes chances au championnat et c'était de pire en pire sur la moto.

Fabio Quartararo

Il semble que quand les choses tournent mal, tu sais que la moto peut progresser, mais que tu as également conscience que tu peux faire mieux. Sens-tu que cela fait de toi un meilleur pilote ?

Oui, et je pense à l'an dernier, quand on a traversé des moments difficiles. J'étais vraiment un peu perdu en fin de saison parce que je savais que je n'avais plus mes chances au championnat et malheureusement, c'était de pire en pire sur la moto. Mais quand on menait encore le championnat et que je poussais comme un fou, j'ai également appris. Je pense que c'était important et que ces moments m'ont beaucoup aidé. Par contre, quand on était en difficulté l'an dernier, j'étais trop négatif, or il fallait voir le positif pour progresser, même si ce n'était que de deux ou trois dixièmes. On sait que ça fait une grosse différence, car même si on est à une seconde du premier, trois dixièmes peuvent faire gagner trois ou quatre positions. Et un championnat peut se gagner ou se perdre pour un point. Donc même quand on finit dixième ou neuvième, c'est mieux que de tomber en essayant de figurer parmi les leaders, parce qu'on sait que ce n'est pas possible. C'était évident au Sachsenring et avec l'équipe on a juste dit : "OK, on ne peut pas gagner, faisons de notre mieux pour être devant les Ducati et prendre des points". C'était vraiment important.

En quoi la Yamaha 2021 convient-elle mieux à ton pilotage que celle de l'an dernier ? Franco Morbidelli dit que tu la pilotes différemment des autres représentants de Yamaha.

Je pense que tous les pilotes doivent adapter "leur" moto. Mon pilotage est différent de l'an dernier, il n'est pas vraiment naturel mais il fonctionne bien. Je peux sentir la limite, je peux sentir que je vais vraiment vite en ce moment et ça se passe bien. C'était la même chose en 2019 et actuellement je sens que je suis totalement concentré sur la moto. Donc ça fonctionne bien.

Dans quelle mesure ton pilotage n'est pas naturel ?

Habituellement, je suis plus un pilote très rapide en entrée de courbe et maintenant j'essaie d'être un peu plus comme une bête, de freiner super tard, de piloter un peu différemment. En Allemagne, [il y avait] des virages où je pouvais être plus rapide, mais je me disais qu'avec plus de vitesse, la moto ne tournerait pas, donc il fallait que je fasse des changements pour mieux penser à la sortie. Ça arrive sur certaines pistes, ce n'est pas totalement naturel mais il faut s'adapter. Si on est plus lent dans un virage, on sera plus rapide dans un autre. Ce n'est pas naturel et facile mais quand on comprend la moto, on est rapide et on pilote aisément et avec plus de vitesse.

Quel était le principal problème qui t'empêchait de vraiment comprendre la moto en 2020 ?

Sincèrement, je pense simplement que ça ne fonctionnait pas, j'ai testé trop de choses et je ne me concentrais pas sur les bonnes. Mais pour être honnête, même si je devais piloter [à nouveau] la moto de l'an dernier, elle ne donnait pas assez de sensations à l'avant. Les sensations sur l'avant n'étaient pas aussi bonnes qu'en 2019 et que maintenant, or les premières sensations dont j'ai besoin pour être rapide sur la moto, ce sont celles sur l'avant. Tous les pilotes sont différents mais c'est une chose assez importante sur la moto 2021. OK, j'ai eu deux chutes – une au Mans parce que j'avais un pneu avant froid et une en Allemagne parce que le pneu avant était beaucoup trop tendre – mais je ressens vraiment bien la limite de la moto, surtout sur l'avant.

Quel a été le changement en rejoignant une équipe d'usine ? On a beaucoup parlé de toi pour ton remplacement de Valentino Rossi...

Pour moi, la pression est devenue quelque chose de normal. J'ai eu de la pression toute ma vie et maintenant je sens que c'est normal. Disons que j'y suis habitué. C'est sûr qu'on arrivera à un stade où ça sera plus lié à la quête du titre, mais pour le moment la pression est la même et elle est normale. Et la responsabilité est immense. En prenant la place de Valentino, tout le monde attendait de grands résultats de ma part, etc. Mais je suis là, je fais un excellent travail et je sens que l'équipe n'est pas contente que de moi, mais aussi de mes mécaniciens, de la façon dont on travaille. L'ambiance avec les mécaniciens est bonne des deux côtés. Donc l'équipe travaille bien et je pense que ça aide beaucoup.

Selon toi, quelle est la cause des difficultés de Maverick Viñales ?

C'est dur de répondre parce que je suis totalement concentré sur mon côté. Sincèrement, ça fait longtemps que je n'ai pas regardé de l'autre côté du garage. En ce moment je suis tellement satisfait, confiant, rapide sur la moto que je ne pense qu'à mes résultats personnels. Mais c'est vrai qu'habituellement on se compare toujours à son coéquipier, qui est le premier rival. Mais il a traversé des moments difficiles, au Mugello et en Allemagne. C'était un peu étrange. [...] Pour moi, il doit essayer de sauver [le week-end] dans ces moments difficiles, même si c'est pour une septième, une huitième, une neuvième ou une dixième place. Je pense qu'au Sachsenring, la moto n'était pas capable de gagner, mais pas au point de finir dernier. Dans ces moments... c'était mon problème l'an dernier. J'étais mécontent d'être 12e ou 14e et je chutais, je poussais jusqu'à la limite, mais dans de nombreuses courses, il faut se battre pour trois, quatre ou cinq points, et même un seul. Je me souviens qu'en 2013, j'ai gagné le championnat d'Espagne pour un point. Mais je n'ai sincèrement aucune idée de son problème actuellement.

Pour moi, Maverick est l'un des meilleurs pilotes du championnat. Quand il est rapide, c'est très dur de le battre.

Fabio Quartararo

Penses-tu qu'il pourrait apprendre de ton approche des moments difficiles en travaillant avec un psychologue ? Il a connu beaucoup de changements personnels mais ne faudrait-il pas que le changement vienne de lui ?

Je pense que l'aspect mental est la chose la plus importante dans une équipe, parce que si quelqu'un nous met dans la tête ou si l'on se met soi-même dans la tête que la moto ne fonctionne pas, on n'est pas rapide. Et même si parfois on n'a pas la meilleure moto mais qu'on se dit "je vais gagner, je vais me battre pour quelque chose de bien", alors on fera mieux. Il faut croire en soi et tout tenter. C'est une chose que j'ai apprise l'an dernier et je trouve ça très important. 

Donc tu penses que Maverick doit juste plus croire en lui ?

Pour moi, Maverick est l'un des meilleurs pilotes du championnat. Quand il est rapide, c'est très dur de le battre, et ce pour tout le monde, c'est presque impossible. Je me souviens que début 2017, il a gagné les deux premières courses avec Yamaha, puis celle du Mans. Il est très rapide, mais parfois un peu inconstant. Mais à mes yeux, il est l'un des pilotes les plus rapides que j'ai vus en piste.

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