Comment la gestion de la pression influence la lutte pour le titre

L'inconstance des pilotes fait de la saison 2020 l'une des plus indécises de l'histoire du MotoGP. La pression subie par les pilotes influence la lutte pour le titre, et l'absence de Marc Márquez semble en être la source.

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S’il était présent, Marc Márquez serait-il aussi inconstant que la majorité des leaders du MotoGP cette saison ? Les supporters se posent cette question à un million de dollars partout dans le monde. Malheureusement, apporter une réponse restera impossible avant le retour du Champion en titre et, à ce jour, rien n'indique cela sera le cas. Quand Márquez fera son retour, un pilote aura peut-être identifié le secret du pneu arrière Michelin, responsable désigné de l’incertitude actuelle. Mais la semaine dernière, avant le Grand Prix de Catalogne, le pilote Honda a apporté un regard différent sur la question dans une longue interview, en exprimant une opinion qui n’a pas véritablement plu à ses rivaux.

"C'est comme si personne ne voulait gagner [ce championnat]", a déclaré Márquez. "C’est difficile à comprendre mais en tant que pilote, on peut un peu le comprendre. Gagner, c'est incroyable, mais quand c’est le cas, la situation évolue et tu te mets à douter beaucoup plus, parce que tu ne sais plus si tu dois attaquer ou défendre. Quand tu es deuxième, troisième ou quatrième, et que tu as quelqu’un devant, tu n’a rien à perdre et tu roules avec plus de confiance, alors que quand tu es devant et que tu dois gagner, c’est là que les doutes apparaissent dans ton esprit, dans ton corps, et c’est plus difficile."

 

Marc suggère que la principale source de l’inconstance vue cette année n'est pas liée aux pneus, mais à la pression. Le genre de pression qu’aucun pilote ne connaissait quand le multiple Champion du monde était en piste. Quand Márquez, vainqueur de six des sept derniers championnats, portait sur ses épaules l’obligation de gagner. "Il se passe la même chose avec Marc qu’avec Valentino [Rossi] dans ses meilleures saisons", nous a confié une source au sein du garage Yamaha factory. "Tout le monde se disait ‘Comment battre Rossi ?’ Si, dans certaines circonstances, ils parvenaient à le battre, c'était bien, mais ils n’avaient pas la pression d'y parvenir."

Le problème est que Márquez a fait sa dernière apparition en course dans la première manche de la saison et que depuis, la pression de la victoire s'est répartie entre des pilotes qui n’y étaient pas habitués. Dans sa première interview après l'arrivée à Montmeló, où il a décroché sa troisième victoire de la saison et repris la tête du championnat, Fabio Quartararo a sous-entendu que sa baisse de rythme après ses deux victoires consécutives au début de la saison commençait à l'affecter. "J’ai beaucoup souffert ces derniers mois", a reconnu El Diablo. "Je n’ai plus été sur le podium depuis Jerez et ce n’était pas facile mentalement, donc je tiens à remercier ma famille et tous ceux qui me soutiennent."

Mick Doohan, actuellement dans son domicile de Monaco dans l’attente de l’assouplissement des mesures d’entrées sur le territoire australien en raison du coronavirus, sait tout de la pression qui accompagne l’étiquette de "favori", après avoir dominé en 500cc de 1994 à 1998, avec cinq titres dans la catégorie reine. "Je suis totalement d’accord avec Marc sur le fait que la pression est plus forte quand on est devant", a déclaré l’Australien dans une conversation téléphonique avec Motorsport.com. "Le leader a tout à perdre et cette pression est difficile à gérer. Beaucoup de candidats au titre n’avaient jamais été dans cette position auparavant. Dovizioso l’a été, mais pas les autres. Tant que l’on n'a pas la confiance en soi nécessaire pour gérer cette pression, c’est difficile. Au final, il faut se concentrer sur soi et essayer d’oublier tout le reste. Mais plus on cherche à se libérer de cette pression, plus elle revient. Marc est le maître dans cette situation, mais pas les autres."

 

Que l’absence du numéro un puisse nuire à la compétitivité de ses rivaux peut sembler fou, mais il est difficile de trouver une autre explication. Pep Font est un psychologue spécialisé dans les performances de haut niveau et il a travaillé avec des des sportifs professionnels, dont des pilotes MotoGP, durant plusieurs années. Selon Font, qui travaille au Centre de Haute Performance (Centro de Alto Rendimiento - CAR) de San Cugat, à Barcelone, des recherches confirment la théorie de Márquez.

"Ce qui est certain, c’est que l’absence de la référence [Márquez] peut créer un effet psychologique, même s’il n’est pas forcément le même chez tout le monde", explique-t-il. "Les différences dépendent de l’évaluation cognitive effectuée par l’individu. Les comportements dépendront selon que l’individu, dans ce cas des pilotes qui jouent le titre mondial en MotoGP, percevra son objectif comme un défi ou comme une menace. S’ils y voient un défi, ils interpréteront l’objectif comme une opportunité d’utiliser les ressources à leur disposition pour l'atteindre. À l’opposé, s’ils le voient comme une menace, ils percevront l’objectif comme une nécessité et en soi, cela crée un poids. De l’extérieur, Dovizioso et Viñales ont l'air d'être loin de ressentir ce moment comme un défi et ils ont plus tendance à le voir comme une menace. Dans toute compétition, il est nécessaire de contrôler la situation afin de réaliser des performances constantes et, actuellement, il semble que personne n’ait le contrôle."

Au Mans, dans une semaine, les prétendants à la succession de Márquez à la couronne MotoGP s’affronteront à nouveau, avec un écart de 31 points entre le leader (Quartararo) et le cinquième (Morbidelli), à opposer à l’avantage de 44 points que le pilote HRC avait sur le deuxième au même stade l’an dernier.

Maintenant que nous savons comment son absence influence certains pilotes, nous découvrirons vite comment ils aborderont son retour...

 

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