Immersion à Maranello : effort maximal et programme intensif pour Ferrari
Motorsport.com a passé une journée entière à Maranello pour prendre le pouls d'une équipe Ferrari tournée vers Miami. Plongée exclusive dans les coulisses de la légendaire usine italienne.
Photo de: Marcel van Dorst / EYE4images / NurPhoto via Getty Images
En Formule 1, le temps est une ressource capitale. Pas seulement celui qui s'affiche sur le chronomètre, mais aussi celui nécessaire pour concevoir, développer et affiner chaque élément. C'est ce facteur invisible qui fait la différence entre succès et échec.
Les équipes sont en permanence en lutte contre la montre : chaque détail est anticipé, chaque tâche minutée avec précision, et la moindre marge d'erreur est réduite au strict minimum. Rien n'est laissé au hasard.
L'annulation des Grands Prix de Bahreïn et d'Arabie saoudite a toutefois imposé une pause inattendue : près d'un mois d'interruption, presque comparable à une trêve hivernale. De l'extérieur, cela pourrait ressembler à une opportunité de lever le pied, de se réorganiser, voire de souffler un peu. Mais la réalité est tout autre.
En passant une journée au cœur de la célèbre usine Ferrari à Maranello, Motorsport.com a découvert un environnement à contre-courant des idées reçues. Au siège du Cheval cabré, aucun signe de pause : le rythme reste soutenu, les exigences inchangées.
Les activités se poursuivent sans la moindre interruption, comme si le calendrier n'avait jamais été perturbé. Car en Formule 1, même lorsque tout semble s'arrêter, le temps, lui, continue de filer.
Une pause ? Il n'y en a pas eu du tout.
L'usine Ferrari à Maranello.
Photo de: Motorsport Images
Entre les départements techniques, le simulateur et les bureaux opérationnels, les semaines se sont enchaînées sans répit. Il n'y a pas vraiment eu de pause, plutôt un changement de perspective. S'il y a bien une différence, c'est le temps supplémentaire pour approfondir.
"Le fait de disposer de plus de temps nous a permis d'aller plus loin dans nos analyses", explique Loïc Serra, directeur technique de Ferrari, "car nous ne sommes pas immédiatement confrontés à un nouvel afflux de données provenant de la course suivante. On peut s'attarder davantage, entrer dans le détail."
"Une pause ? Il n'y en a pas eu du tout", sourit Diego Ioverno, directeur sportif de l'équipe italienne. "Nous avons simplement choisi de ne pas en faire une. Nous avons rempli ces semaines avec des activités non prévues, ou mieux réparti celles qui l'étaient déjà."
Le calendrier n'a pas été allégé : il a été transformé. Les essais Pirelli, le roulage TPC au Mugello, la journée de tournage prévue à Monza... tout cela était déjà planifié. Mais avec plus de temps à disposition, chaque activité a pris une dimension différente, plus approfondie.
Les coulisses invisibles : un défi logistique de taille
En Formule 1, la logistique est une mécanique parfaitement huilée qui opère dans l'ombre. Tant que tout fonctionne, elle reste invisible. Mais lorsqu'un seul élément vient à manquer, toute sa complexité apparaît.
Après les essais de pré-saison à Bahreïn, les stands du tracé de Sakhir avaient été laissés en l'état, avec l'idée d'y revenir et de tout retrouver prêt pour le week-end de course. Aujourd'hui, cette installation est toujours sur place, comme en suspens, dans l'attente d'une nouvelle destination.
Des caisses d'équipements Ferrari dans la voie des stands.
Photo de: Lionel Ng / Motorsport Images
Chaque écurie dispose de sept kits d'installation des stands, acheminés par voie maritime afin de réduire les coûts. La pause de deux semaines entre les Grands Prix de Miami et de Montréal correspond précisément au temps nécessaire pour transporter le matériel utilisé aux États-Unis jusqu'au Canada.
Les intervalles entre certaines courses ne doivent rien au hasard : ils sont pensés pour permettre à cet équipement de traverser océans et continents. Perturber ce flux revient à bouleverser l'ensemble de l'équation.
"L'efficacité est aujourd'hui essentielle", explique Diego Ioverno, "car même le transport du matériel est soumis au plafond budgétaire. Ces dernières semaines, nous avons cherché à comprendre comment gérer la rotation des équipements."
"Nous espérons qu'une solution se présentera rapidement pour récupérer le matériel bloqué à Bahreïn [en raison de la Guerre d'Iran], qui doit être utilisé lors du Grand Prix d'Azerbaïdjan. Mais quoi qu'il arrive, nous devons être prêts avec un plan B."
Le monde des arrêts au stand ne connaît aucun répit
Et tandis qu'une partie de l'équipe réorganise les itinéraires et les stratégies, une autre continue d'évoluer à un rythme qui, lui, ne change jamais. Dans l'univers des arrêts au stand, il n'y a pas de pause. "Je vais commencer par prendre un peu de recul", explique Diego Ioverno.
"Heureusement, les résultats ne le montrent pas, mais nous sommes arrivés sur la première course de la saison avec moins de séances d'entraînement que les années précédentes. La période d'essais - le shakedown à Barcelone et les tests 1 et 2 à Bahreïn - a été trop intense ; nous avons commencé à tester au moment où nous serions normalement déjà dans la troisième semaine d'entraînement."
L'arrêt au stand de Charles Leclerc au Japon.
Photo de: Peter Fox / Getty Images
"Durant les deux semaines précédentes, nous avons travaillé en équipes de jour et de nuit, ce qui fait que nous n'avons réalisé qu'un tiers des arrêts au stand initialement prévus."
Ces dernières saisons, les équipes ont compris qu'elles ne pouvaient plus s'appuyer sur un groupe fixe pour les arrêts au stand. On parle ici d'une cellule d'environ 27 personnes, et comme dans les autres secteurs, l'allongement du calendrier impose une rotation constante des effectifs.
"Il n'y a pas une seule course où l'équipe d'arrêts au stand est identique à la précédente, donc cette pause inattendue a été une aubaine", reconnaît Ioverno, "car elle nous a permis de rattraper les séances que nous n'avions pas pu effectuer en janvier et février."
Depuis le retour de l'équipe de Suzuka, chaque journée suit un schéma identique : "Une séance divisée en trois parties, avec trois groupes différents en rotation, ce qui constitue une répétition de ce qui se passera à Miami, au Canada, à Monaco et à Barcelone."
Partager ou sauvegarder cet article
Abonnez-vous pour accéder aux articles de Motorsport.com avec votre bloqueur de publicité.
De la Formule 1 au MotoGP, nous couvrons les plus grands championnats depuis les circuits parce que nous aimons notre sport, tout comme vous. Afin de continuer à vous faire vivre les sports mécaniques de l'intérieur avec des experts du milieu, notre site Internet affiche de la publicité. Nous souhaitons néanmoins vous donner la possibilité de profiter du site sans publicité et sans tracking, avec votre logiciel adblocker.
Meilleurs commentaires