Le jour où Hamilton est devenu un "énorme problème" pour les autres

Pour la saison 2007, l'écurie McLaren avait décidé de titulariser un certain Lewis Hamilton, alors débutant, aux côtés du double Champion du monde en titre Fernando Alonso. Pedro de la Rosa, candidat malheureux à ce baquet, est revenu sur l'éclosion d'une légende.

Le jour où Hamilton est devenu un "énorme problème" pour les autres

C'était un très grand coup. Dès le 19 décembre 2005, McLaren annonçait avoir recruté pour 2007 le nouveau Champion du monde, Fernando Alonso, qui courait chez Renault. Encore fallait-il décider qui allait l'épauler ! Pilotant pour l'écurie britannique depuis 2002, Kimi Räikkönen avait été recruté par Ferrari pour remplacer Michael Schumacher, tandis que le partenariat entre Juan Pablo Montoya et McLaren avait tourné un vinaigre, avec un divorce dès la mi-saison 2006.

L'équipe devait donc trouver un nouveau pilote, avec un choix se portant entre le réserviste Pedro de la Rosa et son protégé Lewis Hamilton, mais la décision n'a pas été difficile à prendre. De la Rosa lui-même reconnaît dans le podcast Beyond The Grid qu'il n'était "pas confiant du tout" et qu'il n'a "jamais été déçu que Lewis ait eu le volant".

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Tout d'abord, l'Espagnol s'était senti fragilisé par une écurie McLaren qui ne lui faisait manifestement pas suffisamment confiance pour assurer l'intérim lors des huit derniers Grands Prix de la saison 2006, après le départ de Montoya.

"McLaren m'a déçu quand Juan Pablo est parti", relate De la Rosa. "On m'a donné ma chance au Grand Prix de France, puis d'Allemagne, puis de Hongrie. À chaque course, on tamponnait un visa sur mon passeport, du genre : 'Bon, tu peux faire la prochaine'. Puis, d'un coup, Lewis a été Champion GP2. Et là, c'était : 'Nous ne sommes pas sûrs pour la prochaine course'. Je n'avais pas le sentiment que l'écurie me faisait suffisamment confiance. Si l'on choisit le pilote de réserve, il faut lui donner le mérite et dire : 'Écoute, les huit prochaines courses sont à toi. Tu es le pilote de réserve, tu es le pilote d'essais, tu connais la voiture mieux que quiconque'."

"Je suis monté sur le podium, mais ils ne m'ont jamais dit ça. C'était toujours 'la prochaine course, la prochaine course' jusqu'à la fin de la saison. Et je trouvais ça mauvais pour moi, mais surtout pour l'équipe car il y avait des situations où j'avais beaucoup de pression. Si je ne finissais pas la course suivante devant Kimi ou si je n'étais pas performant, Lewis allait sauter dans la voiture. Ça n'allait pas. Mais je n'avais rien contre Lewis."

Lewis Hamilton, McLaren
Pedro De La Rosa

Puis, le 19 septembre 2006, McLaren a mené des essais à Silverstone. Étaient présents Hamilton, fraîchement couronné en GP2 Series pour sa première campagne dans la discipline, et De la Rosa, qui avait marqué 14 points sur les cinq dernières courses en date, avec une deuxième place au Grand Prix de Hongrie – le meilleur résultat de sa carrière.

C'était la première fois que Hamilton prenait le volant d'une Formule 1, et manifestement, il a fait forte impression. "C'est là que j'ai changé d'avis", se souvient De la Rosa. "Car nous avions deux voitures pour ces tests et c'était sa première expérience en Formule 1. Il a fait un run et il n'était nulle part. Je me rappelle avoir regardé ses données avec Philip Prew, qui était alors mon ingénieur de course ; il m'avait dit : 'Ce gamin va devoir beaucoup progresser ces prochaines années'. J'ai répondu un truc du genre : 'La route est longue pour Lewis, mais il sera bon, il faut juste lui laisser du temps, blabla'."

"J'ai fait un run, je suis rentré au stand, j'ai regardé les chronos… et j'ai vu que Lewis était devant. Sur son deuxième run ! J'ai regardé les données, et j'ai demandé ce qui s'était passé. 'Eh bien, on lui a mis des pneus neufs'. J'ai regardé les données, et il était tellement rapide dans Copse, Backetts, Maggotts... que je me suis rendu compte du potentiel de Lewis Hamilton. Rien qu'en regardant les données deux secondes, je me suis rendu compte que nous avions un énorme problème. Nous, c'est-à-dire tous les pilotes. Car si Pedro de la Rosa a un problème, tout le monde en a un !" plaisante-t-il.

"J'ai vu beaucoup de pilotes dans ma vie, j'ai côtoyé de très bons pilotes, et je m'en sens vraiment honoré. Puis j'ai vu Lewis, et je me suis dit que c'était exceptionnel. Quand la saison s'est achevée, je savais que Lewis allait être dans la voiture. Je savais que Fernando [Alonso] avait signé. Et ça ne me dérangeait pas, car je me disais qu'à la place [des dirigeants de l'écurie] Ron [Dennis] et Martin [Whitmarsh], j'aurais pris la même décision : Lewis est incroyablement rapide et tout le monde sait que Fernando est génial."

Lewis Hamilton, McLaren Mercedes MP4-21

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