Quelles leçons Stella a tiré de la cruelle désillusion d'Alonso en 2010
Quinze ans après avoir personnellement pris part à la désillusion de Fernando Alonso lors de la finale de la saison 2010 de F1, Andrea Stella se retrouve à nouveau dans une situation similaire, cette fois à la tête de McLaren.
Photo de : LAT Images
Le Grand Prix d'Abu Dhabi 2025 marque la première finale où trois pilotes peuvent être titrés depuis 2010. À l'époque, l'ultime épreuve de l'année était aussi disputée sur le circuit de Yas Marina mais mettait aux prises des acteurs un peu différents : Fernando Alonso (Ferrari) abordait la course en tête du classement général, huit points devant Mark Webber (Red Bull), 15 points devant Sebastian Vettel (Red Bull) et 24 points devant Lewis Hamilton (McLaren).
L'entame de course avait vu Vettel, en pole, conserver les commandes devant Hamilton, alors que Jenson Button parvenait à prendre la troisième position en se positionnant devant Alonso et Webber - un scénario qui sacrait toujours l'Espagnol. Une Safety Car sortie dès le début de l'épreuve suite à un accrochage entre Michael Schumacher et Vitantonio Liuzzi allait alors encourager certains pilotes, dont Nico Rosberg et Vitaly Petrov, à s'arrêter au stand immédiatement.
Une fois la course relancée, le top 5 allait rester le même jusqu'au 10e tour. Webber, qui commençait à être en difficulté sur ses pneus - notamment en raison du graining - et lâchait prise sur Button, décidait alors de passer par les stands. C'est à ce moment-là que Ferrari va se fourvoyer : craignant avant tout l'Australien, en tant que premier rival d'Alonso pour le titre, la Scuderia faisait rentrer Alonso au stand au 15e tour pour couvrir sa stratégie. Dans les faits, cette tactique fut une réussite car Alonso émergeait effectivement devant la Red Bull, mais Rosberg et Petrov étaient désormais devant le double champion du monde.
Vitaly Petrov devant Fernando Alonso au GP d'Abu Dhabi 2010.
Photo de: Drew Gibson / Motorsport Images
Dans l'histoire plus globale de la course, il s'agissait du clou dans le cercueil des espoirs de titre d'Alonso. En tête, en effet, les trois leaders - ainsi que Robert Kubica, neuvième avant l'arrêt de Webber - ne réagissaient pas. Le graining finissait d'ailleurs, au fil de ce premier relais, par se nettoyer de lui-même. Pendant qu'ils augmentaient la cadence, le piège se refermait sur Alonso, qui butait sur la Renault de Petrov.
Au 24e tour, Hamilton s'arrêtait, imité au passage suivant par Vettel. Ce dernier allait non seulement ressortir devant le Britannique mais aussi largement devant Rosberg, Petrov, Alonso et Webber. Une fois les longs relais de Button et Kubica terminés, à moins d'une dizaine de tours de la fin, l'ordre était alors : Vettel, Hamilton, Button, Rosberg, Kubica, Petrov, Alonso et Webber. Toujours incapable de se défaire du pilote russe, l'Espagnol allait voir mourir ses derniers espoirs de titre.
À une époque où les réseaux sociaux avaient bien moins de portée qu'aujourd'hui, l'erreur d'appréciation de Ferrari allait être largement commentée, en parallèle du sacre de Vettel, premier enfant prodige estampillé Red Bull. Parmi ceux qui l'ont vécu de près, Andrea Stella figure en très bonne position puisqu'à l'époque, l'ingénieur italien - qui était au sein de la Scuderia depuis 2000 et avait notamment murmuré aux oreilles de Michael Schumacher (2002-2006) et de Kimi Räikkönen (2007-2008) - terminait sa première saison en tant qu'ingénieur de course d'Alonso.
Ce que Stella retient d'Abu Dhabi 2010
Retour au présent. Ce dimanche, toujours à Yas Marina, toujours dans le cadre d'une finale pour le titre mondial, toujours avec l'un de ses pilotes en tête du championnat et toujours avec Red Bull comme principal adversaire, Stella va cette fois aborder la course en tant que directeur de l'écurie McLaren. Si l'Italien n'a jamais caché que le GP de 2010 avait marqué l'un des pires moments sportifs de sa carrière, l'hypothèse désormais réaliste d'une défaite en 2025 a certainement le potentiel pour se classer non loin de l'échec aux côtés d'Alonso.
Alors, à quelques heures d'une finale où le sort de la campagne va se jouer, quel impact le souvenir de 2010 va-t-il jouer et quelles leçons en tirer ? "C'est un parallèle intéressant", reconnaît Stella, quand il lui est rappelé que la question du rapport à 2010 lui avait déjà été posée l'an passé, quand McLaren jouait le titre constructeurs face à Ferrari. "Dans un sens, je pense que le parallèle avec cette année est encore meilleur que l'an passé. L'an passé, nous jouions le championnat constructeurs, le championnat pilotes était déjà scellé."
"En l'occurrence, nous arrivons avec trois pilotes en lice lors de la course finale, c'est Abu Dhabi, il y a du graining - ce qui était un facteur important en 2010 également. Certaines voitures se sont arrêtées parce qu'il y avait une voiture de sécurité et qu'il y avait aussi du graining sur les pneus, donc il y a clairement un certain niveau de similarité."
Fernando Alonso après la fin du GP d'Abu Dhabi 2010.
Photo de: Andrew Ferraro / Motorsport Images
"Dans le même temps, c'est suffisamment loin pour ne pas nécessairement en tirer de leçons sur le plan technique, peut-être même pas stratégique. Si l'on en retient quelque chose, c'est plutôt l'état d'esprit de la course, la façon dont vous voulez aborder ce genre d'épreuve. Vous voulez toujours vous assurer que vous abordez ces évènements en vous souvenant que c'est un privilège d'écrire cette page de l'histoire de la Formule 1, ce qui sera le cas quelle qu'en soit l'issue."
"En ce qui me concerne, personnellement, quand je repense à 2010, à ce moment-là, c'était assurément très douloureux, mais je crois que ça a eu un impact sur le caractère, sur la compréhension de la véritable éthique du sport et sur le fait que l'on grandit grâce aux succès et aux défaites. Donc, quand je repense à 2010, c'est un moment dont je suis fier."
"Je suis fier d'en avoir fait partie, je suis fier que cette saison-là, tout comme aujourd'hui, nous nous soyons retrouvés en mesure de lutter contre Red Bull alors que, d'un point de vue technique, nous ne disposions probablement pas [en 2010] d'un matériel comparable, et cela grâce à notre stratégie de course et à un excellent pilote."
Avec Filip Cleeren
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