Quand Pastor Maldonado devenait vainqueur en F1

Au cours d'un début de saison 2012 complètement fou, un vainqueur inattendu a émergé d'une hiérarchie très serrée. Le 13 mai 2012, Pastor Maldonado a remporté son unique Grand Prix en F1 pour Williams.

Quand Pastor Maldonado devenait vainqueur en F1

Le début de saison 2012 a été marqué par une hiérarchie très serrée, menant à une lutte pour la victoire entre près de dix pilotes. À la veille de la cinquième manche de la saison, quatre pilotes et quatre équipes s'étaient imposés en autant de courses, et l'on comptait parmi les vainqueurs Jenson Button pour McLaren, Fernando Alonso pour Ferrari, Nico Rosberg pour Mercedes et Sebastian Vettel pour Red Bull. Les sept premiers du classement pilotes se tenaient en 19 points après ces quatre premiers Grands Prix, puisque l'on trouvait aussi Lewis Hamilton, Mark Webber et Kimi Räikkönen dans ce wagon de tête. Ces trois pilotes allaient également triompher durant la suite de cette saison qui comptera un total de huit vainqueurs.

Parmi ceux-ci, l'invité le plus improbable de ce casting est Pastor Maldonado, qui a remporté le Grand Prix d'Espagne, cinquième manche du Championnat du monde de F1 2012 au terme d'une lutte intense avec Fernando Alonso, qui était pourtant décidé à s'imposer devant son public. Le pilote vénézuélien n'avait marqué que quatre points avant l'Espagne, contre 14 pour son équipier Bruno Senna, mais l'évolution de la Williams l'a transcendé à Barcelone.

Lire aussi :

"Là-bas, tout s'est bien passé", se souvient-il auprès de Motorsport.com. "J'étais 15e aux essais du vendredi matin, et 13e je crois à la deuxième séance, ça n'était pas très bon. Le samedi matin, à 4h ou 5h du matin, un nouveau kit aéro est arrivé, une évolution très développée dans laquelle toute l'équipe avait une grande confiance. On s'attendait à ce qu'il apporte des progrès, mais pas à ce point, parce que normalement quand on introduit beaucoup de nouvelles choses à la fois sur la voiture tout ne fonctionne pas bien tout de suite. Et puis, normalement, on les essaye toujours pendant les essais libres, puis on les ramène à l'usine, on contrôle tout et c'est à la course suivante qu'on les utilise ou pas."

"Là, on a mis l'aileron arrière, le fond plat, les pontons, tout un kit, on l'a essayé et le samedi matin j'étais dans le top 5. D'emblée, c'était une autre voiture par rapport à celle de la veille, tout de suite très compétitive. Une voiture difficile à piloter mais constante. Elle faisait tout le temps la même chose, je me sentais très bien. Je me souviens que j'ai à peine eu le temps de manger, parce que quand nous avons vu nos performances ça a tout révolutionné dans l'équipe. À 14h il y avait les qualifications, alors nous avons tout de suite tout changé et regardé ce que nous pouvions faire, parce que le plan n'était pas d'utiliser ce kit aéro pour cette course, il devait retourner à l'usine par sécurité."

"Mais ils ont tout contrôlé, la partie structurelle de toutes les pièces, les ailerons, tout, et tout était OK, alors ils ont décidé qu'on ferait les qualifs comme ça. En changeant un peu la situation, nous avions établi pour les qualifications une stratégie très intelligente en utilisant tous les pneus options, les tendres, et en économisant les Prime, les durs, pour qu'ils soient neufs pour la course. Nous avions donc uniquement des pneus neufs pour les qualifs et uniquement des pneus neufs pour la course, et ça a été la clé, qui nous a apporté la victoire."

Pastor Maldonado, Williams FW34 célèbre la victoire

Après cette victoire, la saison de Maldonado a surtout été marquée par des incidents en piste, comme à Valence avec Hamilton, et il n'est rentré que trois fois dans les points lors des 15 courses suivantes, avec une huitième place au Japon, une cinquième à Abu Dhabi, et une neuvième position à Austin. De son propre aveu, le succès du pilote en Espagne tient à un ensemble de conditions réunies, sans qu'il ne sache trop ce qui a mené à ce qu'il soit aussi performant. Car même s'il s'est battu aux avant-postes à plusieurs reprises cette année-là, il est certain que la Williams était nettement inférieure à bon nombre de ses rivales.

"Disons un peu la vérité, ce n'était pas une voiture pour gagner. Je n'ai jamais eu une voiture destinée à être dans le top 3, et cette année-là nous y avons été cinq ou six fois en qualifications, mais ce n'était pas la vérité de cette voiture : c'était une voiture faite pour être entre la sixième et la dixième places. Nous pouvions marquer des points, et nous l'avons fait, mais nous avons aussi eu des problèmes de fiabilité."

Lire aussi :

Mais outre la monoplace, c'est Williams sur le plan opérationnel qui n'était pas au niveau pour jouer la victoire. Il se rappelle notamment des difficultés connues dans les stands, avec un matériel qui n'était pas aussi performant que celui des meilleurs teams, ou encore de problèmes inhérents à des pièces comme le KERS, et cela a mené à des frustrations au sein de l'équipe, malgré ce succès en Espagne, et à une saison finalement décevante.

"Ce n'était pas une équipe prête à gagner, c'est quelque chose qui est arrivé parce que ça s'est passé comme ça ce jour-là, mais nous ne le méritions pas en tant qu'équipe. Ce n'était pas la voiture la plus rapide. Je me suis donné à fond, j'ai fait de mon mieux, comme l'équipe. [...] Ça n'est pas qu'il y a eu des erreurs de ma part, et ni même de la part de l'équipe. Nous avons vécu des choses très négatives, en étant conscients de notre potentiel, non pas pour gagner le championnat et peut-être pas pour gagner dix courses, mais peut-être pour en gagner encore une autre ou faire deux ou trois autres podiums. Cela a été à notre portée, mais cela nous a échappé pour d'autres raisons."

Une victoire sans lendemain

Cette victoire intervenait après des débuts très difficiles en 2011, au sein d'une équipe Williams très peu compétitive. Maldonado avait inscrit un seul point lors de sa première saison, et admet qu'il avait encore du mal à enchaîner les mauvaises performances sans avoir lui-même les clés pour faire mieux. C'était selon lui le plus difficile en venant des catégories inférieures, où le fait de disposer d'un matériel égal à ses rivaux lui permettait de surmonter les difficultés d'une course à l'autre. Mais la progression entamée en 2012 a changé son état d'esprit et son approche.

"Quand on est habitué au GP2, aux World Series, à la Formule Renault, lorsqu'une course se passe mal, on travaille et si on est fort on se rattrape à la course suivante. Au début de ma carrière en F1, la première course s'est mal passée, alors je me suis dit qu'on verrait à la suivante. La deuxième s'est mal passée… et elles se sont toutes mal passées parce que je me suis rendu compte qu'en n'ayant pas la voiture on ne va nulle part."

"Alors quand j'ai vu les premiers progrès accomplis chez Williams, j'ai senti que j'allais désormais vraiment avoir mon mot à dire. Je ne voulais pas gagner toutes les courses, parce que j'étais conscient que nous n'avions pas l'équipe, le budget, la structure pour nous battre pour le championnat ou même pour le top 3. Un podium c'était déjà un bonus, mais j'avais conscience que nous pouvions marquer beaucoup de points, et c'est ce que nous voulions faire : de belles courses, beaucoup de points, prendre à notre avantage les situations négatives des autres, être toujours là en embuscade."

Finalement, cette victoire de 2012 est restée sans lendemain, même s'il espérait un tout autre scénario : "C'est un peu ce que nous avons fait, sauf que la voiture n'était pas fiable, elle cassait tout le temps, nous étions rapides mais pas fiables. Et je continuais malgré tout à me dire que ça n'était pas un problème parce que si nous avions accompli ces progrès entre 2011 et 2012, alors en 2013 ce serait une voiture capable de gagner." Mais 2013 s'est finalement avéré un exercice encore plus compliqué, avec un seul point pour Maldonado et seulement quatre pour son nouvel équipier, Valtteri Bottas.

Propos recueillis par Roberto Chinchero  

partages
commentaires

Voir aussi :

La FIA a envisagé le retrait de la dernière chicane à Barcelone

Article précédent

La FIA a envisagé le retrait de la dernière chicane à Barcelone

Article suivant

Le "salaud" qui devint le premier Champion du monde F1

Le "salaud" qui devint le premier Champion du monde F1
Charger les commentaires
Un calendrier de 23 Grands Prix en péril Prime

Un calendrier de 23 Grands Prix en péril

Après l’annonce de l’annulation du Grand Prix de Singapour à cause des restrictions sanitaires en vigueur, la Formule 1 cherche des alternatives pour conserver un calendrier de 23 courses. Mais ce projet audacieux est-il voué à l’échec ?

Quand Alesi, cheval fougueux de la F1, a rejoint le Cheval Cabré Prime

Quand Alesi, cheval fougueux de la F1, a rejoint le Cheval Cabré

Jean Alesi a immédiatement marqué la Formule 1 lors de ses débuts avec Tyrrell, mais sa décision de rejoindre Ferrari plutôt que Williams en 1991 était une erreur de jugement, dans une saison au cours de laquelle les luttes politiques internes ont miné le développement de la monoplace...

Formule 1
11 juin 2021
Riccardo Patrese, le véritable gentleman sans ego Prime

Riccardo Patrese, le véritable gentleman sans ego

Les pilotes ont tendance à être égoïste, mais pas Riccardo Patrese. Retour sur la carrière d'un véritable gentleman.

Formule 1
9 juin 2021
Les notes du Grand Prix d'Azerbaïdjan 2021 Prime

Les notes du Grand Prix d'Azerbaïdjan 2021

Après le Grand Prix d'Azerbaïdjan, sixième manche de la saison 2021, nous avons attribué les notes suivantes aux pilotes.

Formule 1
7 juin 2021
Comment Honda a transformé son moteur en rival de Mercedes Prime

Comment Honda a transformé son moteur en rival de Mercedes

Pour la première fois de l'ère turbo hybride, Red Bull mène les deux championnats après sa victoire au Grand Prix de Monaco.

Formule 1
5 juin 2021
Comment Amazon aide à façonner le futur de la F1 Prime

Comment Amazon aide à façonner le futur de la F1

Le partenariat entre la Formule 1 et Amazon Web Services se traduit par de nombreux graphiques servant à approfondir la compréhension des Grands Prix. Mais la discipline cherche également à améliorer le spectacle proposé en piste aux spectateurs.

Formule 1
2 juin 2021
Pourquoi la survie du GP de Monaco n'est pas menacée Prime

Pourquoi la survie du GP de Monaco n'est pas menacée

Les avis sont divisés sur la place du Grand Prix de Monaco au sein du calendrier de la Formule 1. Néanmoins, l'épreuve continue d'offrir un défi unique pour les pilotes et les équipes.

Formule 1
1 juin 2021
Pourquoi les qualifications freinent la progression de Pérez Prime

Pourquoi les qualifications freinent la progression de Pérez

À Monaco, Sergio Pérez a réalisé sa meilleure course depuis qu'il a rejoint Red Bull en s'élançant de la neuvième place sur la grille pour atteindre la quatrième position sous le drapeau à damier.

Formule 1
31 mai 2021