Comment Michelin sélectionne ses pneus pour un Grand Prix
Michelin communique aux équipes les allocations de pneus pour l'ensemble de la saison mais peut se raviser tardivement et faire des changements jusqu'à trois jours des premiers essais.
Les constructeurs impliqués en MotoGP fournissent des efforts importants pour mettre en place le package le plus performant. Ils investissent ainsi dans le développement de leur châssis, sont en quête d'innovations comme le holeshot device, améliorent leur moteur aussi souvent que le règlement le permet et cherchent à attirer les pilotes les plus en vue. Les marques n'ont pourtant qu'une influence limitée sur les pneus, vecteurs essentiels des performances puisqu'ils représentent l'unique lien avec le sol.
Depuis la saison 2009, le championnat a fait le choix d'un manufacturier unique, pour réduire les coûts de développement et les écarts de performance. Bridgestone a dans un premier temps fourni ses produits à l'intégralité des équipes et Michelin a pris le relais à partir de la saison 2016. La firme clermontoise fournit les mêmes pneus à l'ensemble du plateau et chaque constructeur doit adapter sa moto en conséquence, avec plus ou moins de réussite, alors qu'il était auparavant au cœur du développement des gommes.
Des choix de pneus limités à chaque course
En 2022, Michelin a un total de 30 types de pneus dans sa gamme, un nombre conséquent mais néanmoins en baisse puisqu'il y en avait 41 jusque-là. Sur chaque course, cinq types de pneus sont apportés, trois slicks et deux rainurés adaptés à une piste humide. Les trois slicks sont nommés tendres (reconnaissables avec un liseré blanc sur le flanc), medium (pas de liseré) et durs (liseré jaune).
Chaque pilote peut piocher dans une allocation de 15 pneus slicks à l'avant et 13 à l'arrière (contre 15 en 2021) et peut ensuite en utiliser dix à l'avant et 12 à l'arrière. Les 13 pneus arrière proposés sont six tendres, quatre medium et trois durs. Les deux pilotes disputant la Q1 et la Q2, qui roulent donc plus que leurs rivaux, voient leur quota augmenté à un train de slicks supplémentaire, du composé de leur choix pour l'avant et obligatoirement tendre pour l'arrière.

Concernant les pneus pluie, chaque pilote en a sept pour la roue avant et huit pour l'arrière, répartis entre les deux spécifications, et peut en utiliser six à l'avant et sept à l'arrière. Si les séances du vendredi et du samedi sont toutes troublées par des averses, chaque pilote reçoit un train de pneus pluie supplémentaire pour le dimanche. Après une Q1 et une Q2 toutes deux disputées sur piste humide, les pilotes peuvent choisir la spécification des pneus supplémentaires, tandis que si l'une des deux parties des qualifications se court sur piste sèche, aucun pneu supplémentaire n'est attribué.
Comment les allocations de pneus sont déterminées par Michelin
Michelin décide en début d'année quels pneus seront apportés sur l'intégralité des courses de la saison, en se basant sur plusieurs critères, allant de la rugosité de la piste aux conditions météo attendues, en passant naturellement par les caractéristiques du tracé, les gommes étant souvent plus sollicitées sur un côté, ce qui peut nécessiter l'utilisation de pneus asymétriques.
Cette sélection est transmise aux concurrents mais reste confidentielle. Michelin a cependant la possibilité de la modifier jusqu'au mardi précédant une course, à trois jours seulement des premiers essais. Les équipes ont ainsi "une idée générale mais pas définitive" des pneus à leur disposition sur chaque circuit, selon les termes d'un technicien travaillant en MotoGP.

C'est par exemple ce que Michelin a fait au GP d'Indonésie 2022, en annonçant dans les temps sa décision d'apporter un pneu différent. Les composés de la saison en cours ont été conservés mais une carcasse plus rigide, qui n'avait plus été vue depuis 2018, a été adoptée afin de supporter la forte chaleur attendue à Mandalika, un phénomène de blistering (des cloques qui apparaissent à la surface du pneu) ayant été constaté au cours du test de pré-saison organisé sur ce circuit.
Des sélections de pneus faites pour la sécurité
Si cette marge de manœuvre est possible, c'est avant tout pour des questions de sécurité et un retour en arrière s'impose pour en comprendre les tenants et les aboutissants. En 2016, première saison de Michelin comme manufacturier unique, la gamme de pneus a été modifiée après quelques courses afin de la rigidifier. Cette décision a fait suite une chute à haute vitesse de Loris Baz dans un test à Sepang et surtout à un incident en EL4 au GP d'Argentine : le pneu arrière de Scott Redding s'était délaminé et lui avait frappé le dos, ce qui avait poussé les pilotes à demander un changement.
Michelin a continué à faire évoluer ses pneus au fil des années. Une nouvelle carcasse a été introduite à l'arrière en 2020 et une version encore modifiée est évaluée depuis l'an dernier, avec une introduction en course prévue l'an prochain. Une évolution de la carcasse du pneu avant sera testée en 2022, évaluée par les pilotes en 2023 et lancée en compétition en 2024.
Les composés sont également susceptibles d'être changés et cette année, Michelin a surtout écarté les solutions les plus pointues, rarement utilisées sur les Grands Prix, pour ne conserver que les plus polyvalentes.
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