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Interview

Les lacunes et les progrès de Yamaha vus par son team satellite

Yamaha a rejoint cette année le club des V4 en MotoGP. Un changement radical dans son approche des Grands Prix et qui implique un défi de taille. En tant que team manager de l'équipe satellite du constructeur, Gino Borsoi nous livre son regard sur les avancées réalisées et les manques encore à combler.

Jack Miller, Pramac Racing

Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images

Yamaha a atteint la mi-saison en fond de classement et sans aucun pilote dans le top 10 du championnat. C'est le prix à payer pour l'orientation prise par le constructeur, qui traverse actuellement l'un des plus grands bouleversements techniques de son histoire.

Après avoir utilisé pendant des décennies un moteur quatre cylindres en ligne, il est désormais passé à un V4 et doit affronter des rivaux ayant adopté et perfectionné ce concept depuis des années. Face à Ducati, KTM, Aprilia et Honda, Yamaha manque clairement d'expérience autour de cette architecture moteur. Pour Gino Borsoi, team manager de l'équipe Pramac, les comparaisons ne servent donc pas à grand-chose à ce stade.

"Ce n'est pas facile quand on doit partir de zéro - complètement de zéro", souligne l'Italien dans une interview accordée à l'édition allemande de Motorsport.com. "Surtout quand tous les autres constructeurs sont déjà au plus haut niveau car ils ont adopté le V4 il y a plusieurs années."

"Ils disposent de beaucoup plus d'informations, de beaucoup plus de retours de la part des pilotes et de la piste. Ils ne font plus que régler leurs motos, tandis que nous n'en sommes qu'aux tout débuts de notre histoire avec le V4. Nous avons donc encore beaucoup à apprendre."

Borsoi voit d'un œil positif l'écart actuel

Sur la base de ce constat, Gino Borsoi considère les performances actuelles des YZR-M1 sous un jour bien plus positif que ne le laissent supposer les résultats. Selon lui, l'écart actuel des Yamaha sur les motos de tête est en réalité synonyme de réussite compte tenu du stade actuel de développement.

"Un écart d'une seconde ou de 1,2 seconde, c'est déjà un résultat incroyable pour Yamaha, car ça n'est pas si facile. Il faut repenser complètement son approche. C'est une toute nouvelle ère pour Yamaha."

Le niveau de performance de la moto n'est en réalité pas si éloigné de celui des autres.

Alors que Yamaha ne possédait jusqu'à l'année dernier aucune expérience de ce concept de moteur et que le niveau en MotoGP est plus élevé que jamais, le défi que relève le constructeur s'avère extrêmement difficile.

Néanmoins, Borsoi tire un bilan positif alors que cette première saison de course avec le V4 atteint la moitié : "Sans expérience, partir de zéro, alors que le niveau est tellement élevé en ce moment, c'est une tâche difficile. Mais de mon point de vue, nous sommes meilleurs que ce à quoi je m'attendais l'année dernière."

Fabio Quartararo a hissé sa Yamaha à la sixième place au GP de Catalogne.

Fabio Quartararo a hissé sa Yamaha à la sixième place au GP de Catalogne.

Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images

Borsoi voit également dans certaines performances individuelles la preuve que le potentiel de la moto est déjà bien présent. En Catalogne puis en Hongrie et en Allemagne, Jack Miller s'est qualifié pour la Q2, comme l'ont fait également Toprak Razgatlioglu au Brésil et Álex Rins en France et en Italie.

Et c'est sans compter les performances de Fabio Quartararo, toujours au-dessus du lot : il était en Q2, au Brésil, en France, en Catalogne, aux Pays-Bas et en Allemagne, et il a même atteint par trois fois la deuxième ligne. Le Français a aussi montré que la Yamaha pouvait encore figurer dans le top 10, ponctuellement tout du moins, et il s'est hissé jusqu'à la cinquième place dans les circonstances particulières du GP de Catalogne.

"C'est le signe que le niveau de performance de la moto n'est en réalité pas si éloigné de celui des autres", observe Gino Borsoi, qui considère que, dans de bonnes conditions, la Yamaha peut se révéler performante.

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Le principal inconvénient, lui, est clairement identifié. "Nous souffrons beaucoup de la puissance du moteur, nous savons tous que c'est le gros problème que nous avons à l'heure actuelle", admet le team manager.

Dans le même temps, il voit dans cet écart minime la confirmation des atouts de la moto dans d'autres domaines : "Si l'on n'est qu'à environ 1,2 seconde des meilleurs avec la Yamaha, cela signifie que l'aérodynamique, l'électronique et le châssis fonctionnent plutôt bien pour le moment."

De nouvelles évolutions prévues avant de passer à la 850cc

Le team manager de Pramac assure que, malgré le profond changement de règlement qui entrera en vigueur à partir de 2027 avec notamment l'arrivée de nouveaux moteurs de 850cc, Yamaha n'a pas l'intention d'interrompre le développement de son V4 actuel de 1000cc. Même si les pilotes ont parfois pointé le ralentissement qu'ils ont pu percevoir, Gino Borsoi assure que les deux projets avancent en parallèle et que l'accent n'est pas exclusivement mis sur le moteur de 850cc pour le moment.

Si Yamaha continue de travailler sur sa moto actuelle, c'est d'après lui car les connaissances acquises seront précieuses également avec la prochaine génération de moteurs. L'objectif est de comprendre comment gagner en puissance tout en améliorant simultanément la fiabilité et la durabilité.

Gino Borsoi, Pramac Racing

Le passage de Yamaha au V4 s'inscrit dans le temps long, selon Gino Borsoi.

Photo de : Marc Fleury

"Ils se concentrent toujours sur la saison en cours, parce qu'il faut se bâtir une mentalité par rapport à la moto. Il faut comprendre comment trouver de la performance au niveau du moteur car ensuite, si l'on sait comment y arriver, on a la bonne mentalité aussi pour la prochaine génération de moteurs", estime Gino Borsoi, selon qui le développement du moteur actuel est loin d'être achevé.

"C'est donc important pour Yamaha d'améliorer la performance et la durabilité du moteur. C'est quelque chose que l'on apprend et qui servira à l'avenir. Ça n'est donc pas encore terminé et, d'après notre planning, nous pourrions encore avoir une ou deux mises à jour avant la fin de la saison."

L'expérience acquise chez Ducati facilite la reconstruction

Pour l'équipe Pramac Racing elle-même, ce projet lancé par Yamaha marque une rupture. L'équipe a en effet été pendant de nombreuses années associée à Ducati, allant jusqu'à remporter le titre mondial avec Jorge Martín. Toute l'équipe italienne et son team manager en tête évoluent à présent dans un environnement totalement différent, ne serait-ce que d'un point de vue culturel. Les différences sont perceptibles, même si elles sont de nature purement organisationnelle.

"Bien sûr que c'est différent", explique Gino Borsoi. Alors qu'avec Ducati, il pouvait facilement faire un saut à Borgo Panigale pour un échange avec les ingénieurs, les rencontres spontanées avec le Japon sont, par nature, nettement plus complexes.

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Il décrit néanmoins cette collaboration en termes extrêmement positifs. "Notre mentalité et notre culture sont assez différentes. Mais ça n'est pas si éloigné. Ils sont, comme Ducati, très professionnels. Ils sont très ouverts au fait de nous écouter et d'entendre notre équipe. C'est quelque chose que nous apprécions beaucoup", souligne-t-il.

C'est précisément cette ouverture d'esprit qui constitue l'un des principaux atouts de cette collaboration, selon l'Italien. Ainsi, un lien étroit s'est déjà tissé entre Pramac et Yamaha, explique-t-il : "La connexion que nous avons établie avec Yamaha est forte et c'est appréciable. Ils sont très ouverts."

Parallèlement, selon Gino Borsoi, Yamaha tire également profit des connaissances cumulées par Pramac au cours de ses années de succès avec Ducati. "Nous avons acquis de l'expérience avec Ducati et cette expérience a aidé à construire la nouvelle moto pour la saison prochaine", conclut-il.

Propos recueillis par Gerald Dirnbeck

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