Ces Grands Prix de Formule 1 annulés
Le Grand Prix d'Émilie-Romagne 2023 s'est ajouté mercredi à une longue liste de courses ayant un temps figuré au calendrier du Championnat du monde de Formule 1 avant d'être annulées.
Le Grand Prix d'Émilie-Romagne 2023 n'aura pas lieu. En raison des pluies diluviennes touchant la région depuis le début de la saison, avec d'énormes inondations, il a été décidé par la Formule 1 de ne pas disputer cette épreuve. Il ne s'agit pas d'une première pour le Championnat du monde qui, dès sa création, a dû composer avec un calendrier très fluctuant.
Ajouté au calendrier du Championnat du monde de Formule 1 en 1951, le Grand Prix d'Espagne est la première épreuve de l'histoire de la discipline à être annulée, en 1952 et 1953, pour des problèmes de financement. Le Grand Prix des Pays-Bas à Zandvoort connaît le même sort en 1954, alors que l'Espagne fait son retour.
Le 11 juin 1955, l'accident mortel de Pierre Levegh aux 24 Heures du Mans fait plus de 80 victimes et choque le monde entier. Très rapidement, plusieurs pays prennent la décision d'interdire les événements de sports mécaniques sur leur territoire, ce qui a évidemment des répercussions sur le calendrier de la Formule 1.
Si le Grand Prix des Pays-Bas, qui a eu lieu seulement huit jours après la tragédie, est maintenu, la manche suivante, en France, programmée pour le 3 juillet, est d'abord déplacée au 25 septembre avant d'être tout simplement annulée. Les Grands Prix d'Allemagne (31 juillet), de Suisse (21 août) et d'Espagne (23 octobre) disparaissent également du calendrier en raison de la réaction des gouvernements nationaux.
La saison 1955 ne comptait que sept épreuves, dont les 500 Miles d'Indianapolis.
En conséquence, seules deux courses sont organisées dans les mois suivants les 24 Heures du Mans, en Grande-Bretagne et en Italie, et la saison prend fin à Monza le soir du 11 septembre. Notons que si la France, l'Allemagne et l'Espagne reviennent sur leur décision et réintègrent le calendrier dès la campagne suivante (mais seulement en 1968 pour l'Espagne), la Suisse maintient son interdiction.
En 1956, ce sont les Grands Prix des Pays-Bas et d'Espagne qui sont de nouveau annulés pour une question d'argent, la crise du canal de Suez entraînant d'importantes pénuries d'essence et impactant l'économie européenne. Pour les mêmes raisons, les organisateurs des épreuves à Spa-Francorchamps et Zandvoort n'ont pas d'autre choix que de réduire les primes reversées aux engagés en 1957. Ceux-ci s'y opposent et le Championnat du monde connaît alors six semaines de pause forcée.
Contrairement aux annulations précédentes, le vide laissé dans le calendrier est comblé en intégrant le circuit de Pescara, d'une longueur record de 25,801 km. Celui-ci était théâtre de la Coppa Acerbo dans les années 1920 et 1930, un rendez-vous majeur des voitures de Grands Prix de l'époque. La dangerosité du circuit l'empêche néanmoins de se faire une place dans le calendrier, Ferrari ayant même déclaré forfait pour l'unique édition du GP de Pescara de F1.
Cette mésentente sur les primes refait surface en 1959 et coûte au GP de Belgique sa place. Le GP du Maroc, qui a organisé son édition inaugurale l'année précédente, passe aussi à la trappe, tandis que l'Argentine, qui doit ouvrir la saison, se désintéresse de la F1 après la retraite de Juan Manuel Fangio et José Froilán González.
En 1960, le GP d'Allemagne choisit de passer à la catégorie inférieure (la F2) compte tenu de la consternation générale après l'organisation de l'édition 1959 sur l'AVUS, une portion d'autoroute de 8 km composée d'une épingle à cheveux et d'un banking en briques incliné à 43°.
L'introduction de la réglementation 1,5 litre rend la F1 moins instable sur le plan économique, la sécurité est désormais la principale raison des annulations. Hormis le GP d'Afrique du Sud, qui "saute" la saison 1964 pour passer d'une course fin décembre à une début janvier, le GP d'Autriche 1965 n'a pas lieu en raison de la mauvaise qualité du circuit de Zeltweg – situé sur un aérodrome militaire – et le GP de Belgique 1969 est annulé après un boycott des pilotes mené par Jackie Stewart, le circuit de Spa n'étant pas jugé aux normes.
Si un compromis est trouvé l'année suivante, notamment avec l'installation de rails de sécurité sur une partie du circuit, la piste wallonne n'est toujours pas un exemple en matière de sécurité. Cela va lui coûter sa place au calendrier 1971, la Belgique devant trouver un remplaçant pour les saisons suivantes.
Dernière apparition du "grand" Spa, en 1970.
Le GP du Mexique disparaît également la même année, alors qu'il devait conclure la saison : d'une part, l'accident mortel de Pedro Rodríguez endeuille la nation et fait chuter son intérêt pour le sport automobile ; de l'autre, les organisateurs ont été dépassés par les événements en 1970 avec une foule record, certains spectateurs ayant même pris place sur le bas-côté du circuit et par conséquent retardé le départ de plus d'une heure !
Le Grand Prix des Pays-Bas 1972 n'est pas organisé car, tout comme Spa, le circuit de Zandvoort ne convient pas aux nouvelles exigences en matière de sécurité. En outre, une seconde course aux États-Unis, devant se disputer sur le nouveau circuit d'Ontario, est finalement annulée.
En 1975, une querelle financière entre la FOCA, l'association des constructeurs dirigée par Bernie Ecclestone, et les organisateurs du GP du Canada voit le circuit de Mosport perdre, le temps d'une année, sa place au calendrier. Pour l'Argentine, ce sera en raison de l'instabilité du pays après la prise de pouvoir de la junte militaire en 1976.
À la fin des années 1970, une tentative de sauvetage du Grand Prix du Japon, en le déménageant de Fuji à Suzuka, n'aboutit pas. En Suède, les disparitions successives de Ronnie Peterson et Gunnar Nilsson condamnent également l'épreuve disputée sur le circuit d'Anderstorp, les sommes exigées par la F1 ne pouvant plus être réunies.
Les débuts de Las Vegas en F1 étaient prévus pour 1980, néanmoins il a fallu attendre 1981 pour voir ce circuit peu spectaculaire prendre sa place au calendrier, au moment où Watkins Glen devait disparaître pour des raisons économiques. L'année suivante, ce sont l'Argentine et l'Espagne qui disparaissent en cours de saison, l'un en raison d'un retrait des sponsors à la suite de la grève de Kyalami et de l'instabilité politique, l'autre en raison de son impopularité auprès des pilotes.
En 1983, c'est le Grand Prix de Suisse, alors organisé en France pour contourner l'interdiction de 1955 toujours en vigueur dans le pays, qui n'a pas lieu car les chaînes de l'Hexagone refusent de prendre en charge la retransmission de deux courses sur le territoire français dans une même année !
L'unique GP de Suisse de F1 post-1955 s'est tenu à Dijon, en 1982.
Avec le couronnement de Bernie Ecclestone, le nombre de contrats signés va exploser, bien que la majeure partie des accords passés n'aboutisse pas. Citons ainsi les très éphémères Grands Prix de Moscou, New York, Rome, Fuengirola et Budapest, qui figurent sur plusieurs calendriers provisoires mais doivent à chaque fois être annulés. Mais citons également le retour du GP du Japon au calendrier, annoncé pour 1985 mais qui n'aura lieu qu'en 1987 en raison des retards dans les travaux de rénovation du circuit de Suzuka. En outre, le Mexique doit également faire son retour en 1985 mais le dévastateur séisme de Mexico repousse l'échéance.
Toujours en 1985, le GP de Belgique de juin est annulé en raison de l'état déplorable de la piste. Mais contrairement à tous les précédents exemples suscités, les organisateurs parviennent à sauver leur course en la relocalisant au mois de septembre.
L'apartheid en Afrique du Sud condamne l'édition 1986, et le pays ne revient en F1 qu'en 1992. Entre-temps, le GP du Canada 1987 n'a pas lieu en raison d'un conflit entre les brasseries Labatt, qui ont un contrat d'exclusivité avec le circuit Gilles-Villeneuve, et Molson, nouveau partenaire de la F1.
Annoncé comme théâtre du GP d'Asie, le circuit d'Autopolis doit céder sa place à Donington en 1993 pour cause de crise financière au Japon. Donington a ensuite été remplacé par Aida en 1994, tandis que Buenos Aires patiente jusqu'en 1995 pour faire son retour et voit Jerez assurer l'intérim.
Les annulations vont bon train à la fin des années 1990. Le GP du Pacifique est déplacé à Sentul, en Indonésie, pour 1996, toutefois le circuit ne répond pas aux normes de la F1 et l'épreuve est supprimée. Même sentence pour Estoril l'année suivante, l'annulation est toutefois annoncée si tardivement qu'on peut trouver le circuit sur le jeu vidéo Formula 1 97. Le circuit portugais a de nouveau été écarté du calendrier fin 1998, si bien que cinq semaines séparent le GP du Luxembourg du GP du Japon. Cet écart de cinq semaines se retrouve sur le calendrier 1999, après les annulations successives de courses en Chine et en Argentine en début d'année.
Une certaine stabilité est retrouvée dans les années 2000, uniquement troublée par l'annulation du GP de Belgique en 2003, le pays ayant voté pour l'interdiction de la publicité pour le tabac alors que la grande majorité des équipes est encore soutenue par des cigarettiers.
Des problèmes d'argent viennent à bout des GP du Canada et de France en 2009, bien que Montréal retrouve le calendrier l'année suivante. Bahreïn doit quant à lui abandonner sa manche d'ouverture en 2011, en plein Printemps arabe, alors que le GP d'Allemagne disparaît une première fois, en 2015, puis une seconde fois en 2017.
Et si l'on omet la pandémie de COVID-19, qui a fait annuler 13 courses en 2020, cinq courses en 2021 et le GP de Chine seul depuis 2022, la dernière annulation d'un Grand Prix avant Imola cette année remonte à l'année dernière, lorsque le début de la guerre en Ukraine a précipité la fin du GP de Russie.
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