L'histoire du seul départ en F1 de Stéphane Sarrazin

Vous connaissez sans doute Stéphane Sarrazin comme pilote de rallye qui a passé deux années chez Subaru en WRC, vous connaissez sans doute le pilote d'Endurance qui a terminé quatre fois second aux 24 Heures du Mans ou peut-être le concurrent régulier lors des premières années de Formule E.

L'histoire du seul départ en F1 de Stéphane Sarrazin

Ce que vous ne connaissez peut-être pas, c'est l'histoire de son unique départ en Grand Prix avec Minardi, à Interlagos, le 11 avril 1999. Cette course aurait pu signer le début d'une grande carrière en Formule 1. Malheureusement, la journée du Français s'est terminée par un énorme accident qui a vu sa monoplace partir en toupie au milieu de la piste, laissant son occupant légèrement sonné. Malgré de grandes promesses, il n'a ensuite plus jamais la chance de courir en Grand Prix. C'est l'histoire trop familière d'un pilote qui n'était pas au bon endroit au bon moment. 

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Sarrazin a connu une solide carrière junior. Il a gagné le titre en Formule Renault française en 1994, et terminé second de F3 en 1997. Il est passé en F3000 avec Apomatox en 1998 et signé son tout premier succès lors de sa première course à Oschersleben, devant Nick Heidfeld. Il s'agira de sa seule victoire de la saison et, après avoir terminé sixième aux points, il a rejoint Gauloises Junior, une structure satellite de Prost Grand Prix, avec lequel un accord pour des essais était en place.

À cette époque, il y avait beaucoup de tests F1 et début 1999, il accumula des kilomètres à Magny-Cours et Barcelone aux côtés des titulaires Olivier Panis et Jarno Trulli, dans un châssis 98 modifié. Il était d'ailleurs en essais pour Prost en Espagne quand il a reçu un appel du manager de Minardi, Cesare Fiorio. Luca Badoer, le titulaire, s'était blessé au poignet après un accident en tests à Fiorano. Stéphane pouvait-il courir au Brésil le week-end suivant ?

Prost donna son feu vert – après tout, tout roulage supplémentaire serait bénéfique à son pilote essayeur – et quelques jours après, Sarrazin était à São Paulo.

Stephane Sarrazin, Minardi M01 Ford

L'histoire semblait belle, donc ce week-end-là, j'ai suivi ses progrès de près. Il bouillonnait d'enthousiasme. "Tout s'est passé très vite", m'a-t-il raconté. "Cesare Fiorio m'a appelé jeudi à Barcelone, où je faisais des essais avec Prost GP, et il m'en a parlé."

"J'ai parlé avec Alain Prost, et nous avons décidé que je devais venir ici. Il n'y a pas eu de grande panique, je me suis juste dit que j'allais faire mes débuts en F1. C'était une bonne surprise. Alain est une personne très, très intéressante. C'est très facile de travailler avec lui. Je suis très heureux, parce qu'il m'a choisi et m'a donné confiance, ce qui est très important pour moi. J'apprends beaucoup de lui. C'est un très, très bon pilote et manager, et c'est une très bonne personne."

Il n'était pas préoccupé par le manque de préparation : "Non. Je pense que c'est très bien pour moi, une très, très bonne expérience. Il n'est pas trop tôt. J'ai fait 2500 kilomètres avec Prost, donc j'ai un peu d'expérience, et c'est bon pour moi de faire un Grand Prix. Jarno et Olivier sont fantastiques avec moi, parce que quand j'ai un problème, ils me parlent et m'expliquent la solution."

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N'ayant pas eu l'occasion de faire des essais, Sarrazin s'est bien intégré à Minardi, bien qu'il n'ait pas été très à l'aise dans la voiture le vendredi. La pluie n'avait pas aidé, et il avait fait un tête-à-queue spectaculaire dans la ligne droite principale. "Je suis content de n'avoir rien touché et de ne pas avoir eu d'accident. C'est une chance, mais il faut aussi rester calme. Je suis resté calme, et je n'ai pas eu de problème."

"Beaucoup de choses étaient nouvelles pour moi. La pluie, le circuit, le châssis, le moteur, l'équipe, beaucoup de choses à apprendre. Interlagos est un circuit très difficile, car il tourne à gauche, et normalement on tourne toujours à droite. Le cockpit est très petit, et je suis assez grand. C'est difficile pour moi de bien piloter. Minardi est une très bonne équipe. Mes ingénieurs travaillent dur, mes mécaniciens travaillent dur, et je suis très heureux. Je pense que le châssis est très bon, mais le problème est que le moteur est vieux."

Stephane Sarrazin, Minardi M01 Ford

Le samedi, il se sentait plus à l'aise. Une Minardi se qualifiait rarement ailleurs qu'en dernière ligne de la grille, et tout ce que Sarrazin pouvait faire était de devancer son coéquipier Marc Gene. Il y est parvenu, de presque sept dixièmes, même si, pour être juste, Gene lui-même n'en était qu'à sa deuxième course de F1. "Ce n'est pas le problème principal, mais normalement c'est bien d'être devant l'autre pilote", notait-il.

"Les qualifications ont été une nouvelle expérience pour moi, car je n'ai jamais fait ce format de qualification ; une heure, seulement 12 tours. Je suis heureux parce que j'étais rapide et que j'ai fait une bonne séance, sans problème. Je pense que les gens sont surpris, parce qu'ils ne connaissent pas mon nom, surtout les autres managers de F1. Pour cette raison, il faut que j'attaque."

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"Ma position dans la voiture n'est pas si mauvaise désormais, mais hier, elle était très, très mauvaise. Je pense que ce soir, nous allons faire un nouveau baquet. J'ai fait beaucoup de tours, et maintenant je connais le circuit, et demain ce sera très intéressant. Demain, je pense que c'est un très grand moment dans ma vie."

Gene et lui avaient battu le pilote Arrows Tora Takagi. L'autre Arrows de Pedro de la Rosa perdit son meilleur temps en raison d'une pénalité liée à un drapeau jaune, et enfin la BAR de Jacques Villeneuve démarra la course depuis l'arrière en raison d'une infraction liée au carburant, permettant à Sarrazin de démarrer depuis une prometteuse 17e place. Il gagna quelques positions au départ, dépassant rapidement la Williams d'Alex Zanardi, avant d'aller trop au large et de retomber en queue de peloton.

Il remonta jusqu'en 11e place quand, au 32e tour, il sortit de piste dans le virage précédent la ligne droite des stands, percutant durement le mur de pneus et rebondissant sur la piste. Avec l'accélérateur visiblement toujours enclenché, il fit une série de donuts, un énorme panache de fumée s'échappant de ses gommes, avant que l'épave s'immobilise.

Olivier Panis, Prost AP02 Peugeot, leads Jean Alesi, Sauber C18 Petronas, Pedro Diniz, Sauber C18 Petronas, Stephane Sarrazin, Minardi M01 Ford, Alex Zanardi, Williams FW21 Supertec
Stephane Sarrazin, Minardi M01 Ford

Il semblait évident que quelque chose avait rompu sur sa voiture, même si Sarrazin peinant à l'expliquer au moment où je l'interrogeais après l'épreuve. "Je ne sais pas, mais ma voiture est allée tout droit et j'ai eu un très gros accident très grave. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais c'est sûr, quelque chose s'est cassé."

"J'ai eu un très bon départ. J'ai dépassé Zanardi, mais je suis allé tout droit. Après, j'ai été très rapide. J'ai dépassé de la Rosa, Gene, j'ai dépassé trois voitures. J'étais derrière Villeneuve, et il est entré dans les stands. C'était un gros accident, mais c'est la course. Je suis malheureux parce que j'avais une bonne voiture pour faire un bon résultat."

Le week-end étant terminé, et Badoer étant attendu pour la prochaine course, Sarrazin savait qu'il devait vite reporter son attention sur la F3000. "C'est très important pour moi de gagner le championnat cette année. Mais ce sera très difficile. Je ne sais pas si je peux le faire, mais je vais travailler. Il y a beaucoup de possibilités pour l'année prochaine. Si je peux travailler pour Alain, je serai très, très heureux. Je vais travailler pour lui. La semaine prochaine, je testerai à nouveau la Prost. J'ai testé beaucoup de choses pour le châssis, j'ai trois ou quatre programmes. Et après, si je travaille bien, je pourrai rouler en Grand Prix."

Vingt-et-un ans plus tard, l'ancien ingénieur en chef de Minardi, Gabriele Tredozi, donne un aperçu fascinant de la performance de Sarrazin durant ce week-end. "Stéphane était un pilote incroyablement rapide", se souvient-il. "Il est arrivé sans aucun test. Nous avons été surpris, il était très calme et aussi très fort dans les décisions dans la voiture. Il a très bien piloté, il a été très rapide en course, et peut-être que sans l'accident, il aurait été sixième ou septième."

"Le problème était dans le dernier virage précédant la ligne droite : il a endommagé l'aileron avant sur le vibreur, et il l'a perdu. C'est un virage très délicat et le vibreur était très haut. Il est sorti en essayant de dépasser une autre voiture, ou quelque chose comme ça. C'était très facile à voir avec le pilier [de l'aileron]. Nous n'avons pas eu d'autres problèmes, et nous n'avons pas considéré qu'il s'agissait d'une défaillance de la voiture, donc nous n'avons rien changé. Nous n'avons pas eu la possibilité de le faire rouler à nouveau, et pour moi, c'était une très mauvaise chose."

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Que s'est-il passé ensuite ? La campagne en F3000 de Sarrazin en 1999 ne s'est pas terminée comme prévu, et bien qu'il ait gagné en Hongrie, il n'a fini que quatrième du championnat. Pendant ce temps, Nick Heidfeld, Champion et protégé de McLaren, décrochait un volant de F1 pour 2000... chez Prost GP.

Ce fut un coup dur pour Sarrazin, mais il est resté pilote d'essais de Prost, bien qu'il n'ait fait que quelques sorties en 2000. Il a remplacé Heidfeld dans l'équipe satellite de McLaren en F3000, mais cela n'a pas fonctionné et il est parti avant la fin de la saison. En 2001, il était encore officiellement pilote essayeur chez Prost, mais n'a pratiquement pas fait de kilomètres au sein d'une équipe en difficulté qui allait faire faillite en fin d'année, et il ne prit part qu'à une seule course en F3000.

En 2002, la nouvelle équipe Toyota lui a offert une bouée de sauvetage et il eut un programme d'essais F1 chargé en tant que remplaçant des habitués de l'équipe, Mika Salo et Allan McNish. Cependant, en fin d'année, il a été écarté. Il avait alors 27 ans et le train de la F1 venait de passer.

Au lieu de cela, il s'est lancé dans une carrière extraordinairement diversifiée et réussie, et à 44 ans, il est toujours aussi performant. "Dans toutes les catégories, il a été rapide", ajoute Tredozi. "Aujourd'hui, il est difficile de voir un pilote rapide en rallye, en Formule E, en LMP1. Pour moi, ce n'est pas habituel pour les pilotes de nos jours. Il est comme Mario Andretti !"

"Un jour, je l'ai rencontré à nouveau et je lui ai dit : 'Tu es incroyablement rapide partout, et même en rallye, tu es très rapide'. Il a dit : 'Pour moi, c'est bien de me comparer dans chaque catégorie aux gars qui ont de grosses couilles'. J'ai dit : 'Stéphane, c'est toi qui as de grosses couilles !'"

Stephane Sarrazin and Denis Giraudet
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