Analyse

Le modèle de pilote payant est-il mort ?

Les règles de Super Licence et le plafond budgétaire semblent avoir bouché les voies d'accès à la Formule 1 pour les pilotes payants.

Nikita Mazepin, Haas VF-22

La Formule 1 a grandement évolué lors de la dernière décennie, et pas seulement au niveau de la popularité grandissante du championnat. Le plateau de pilotes a rarement été si compétitif, ce qui n'est pas sans lien avec plusieurs facteurs.

Le premier ? L'arrivée en 2016 de nouvelles règles de Super Licence, imposant aux pilotes d'accumuler 40 points dans d'autres championnats (principalement les formules de promotion) selon un barème spécifique afin d'être éligibles au précieux sésame. Il n'était plus possible d'obtenir un baquet simplement grâce aux sponsors, alors qu'il suffisait précédemment de parcourir 300 km au volant d'une Formule 1 pour pouvoir s'engager en Championnat du monde.

"Le pilote payant, c'est fini. D'abord, la plupart du temps, le pilote payant n'est pas le plus rapide, et la FIA, avec la Super Licence, y a mis un terme", affirme ainsi Franz Tost, dont la modeste écurie AlphaTauri n'a que rarement fait appel à des pilotes payants en raison de sa fonction de vivier de talents pour Red Bull.

Le second facteur ? Le plafond budgétaire en vigueur depuis 2021. Les budgets des écuries sont désormais nettement plus proches les uns des autres, Mercedes, Ferrari et Red Bull ayant notamment dû réduire leurs dépenses de dizaines de millions d'euros. Les sponsors de pilotes sont moins susceptibles de faire la différence quand les écuries sont de toute façon toutes proches du plafond.

Le troisième ? Une hiérarchie plus serrée que jamais (en dehors de Red Bull qui caracole en tête), permettant aux pilotes de faire la différence malgré un plateau au niveau effectivement très homogène.

Le modèle de pilote payant qui a fait les beaux jours de nombreuses écuries de Formule 1 ne serait donc plus d'actualité. "Au championnat des constructeurs, l'écart entre nous est parfois de quelques millièmes de seconde. Alors on veut dans la voiture des pilotes qui sont à leur meilleur niveau", souligne James Vowles, directeur de Williams Racing, écurie qui a profité de la contribution de Nicholas Latifi jusqu'à l'an passé mais gagne désormais du terrain dans la hiérarchie.

Nicholas Latifi, Williams FW44

Nicholas Latifi (Williams) en 2022

"C'est une méritocratie. Il ne s'agit pas simplement d'apporter quelques millions pour améliorer les finances. Ces quelques millions viennent du championnat des constructeurs en faisant un pas en avant par rapport à nos pairs. C'est donc un changement positif, à mon avis, pour ce sport."

L'approche également évolué au niveau des programmes de jeunes pilotes afin d'aider les jeunes loups à gravir les échelons. De nombreux pilotes de karting ont été pris sous leur aile par des écuries de Formule 1, de manière quasiment inédite – à l'exception notable du cas de Lewis Hamilton avec McLaren dès 1998.

"Ce que l'on voit maintenant, ce sont des personnes comme nous qui investissent jusqu'en karting et payent pour aider des pilotes à gravir les échelons", poursuit Vowles. "Le but est que l'investissement des écuries soit là dès les formules de promotion afin de les former et de créer une méritocratie, afin qu'ils soient expérimentés le temps d'arriver à nous."

"Alors ce n'est pas que les rookies sont morts (sic), c'est impensable, mais je pense que l'on ne peut pas opérer avec ce concept de prendre quelques millions pour mettre quelqu'un dans la voiture de nos jours, sinon on perd du terrain."

Quant à Günther Steiner, son écurie Haas a profité de la manne financière de Nikita Mazepin via son père oligarque Dmitry en 2021 avant de devoir s'en passer l'année suivante après que la guerre menée par la Russie en Ukraine a éclaté. Selon lui aussi, la situation a changé : "Jadis, il y avait des écuries qui n'étaient pas stables financièrement. Maintenant, il y a dix écuries très solides ici, alors personne n'a besoin de s'appuyer sur un pilote payant actuellement, car la Formule 1 est dans une excellente situation."

Bien entendu, cela ne revient pas à dire que les pilotes actuels ne contribuent aucunement au budget de leur écurie ; pour les concernés, la contribution en question est simplement moins évidente, et surtout moins cruciale dans l'attribution d'un baquet.

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