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Interview

Puig : "Quand on a été pilote, c'est très difficile à oublier"

Ancien pilote devenu team manager, Alberto Puig se livre pour Motorsport.com sur des aspects de sa vie beaucoup plus ordinaires que ceux qui sont requis par son rôle à la tête de l'équipe officielle Honda.

Alberto Puig, team prinicipal, Repsol Honda Team

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Alberto Puig, 58 ans, a depuis bien longtemps raccroché son casque de pilote de course. Star émergente au milieu des années 1990, particulièrement lorsqu'il s'est classé cinquième du championnat 500cc pour sa première saison en 1994 puis lorsqu'il a été le premier Espagnol à remporter son Grand Prix national l'année suivante, il a vu son rêve s'arrêter brutalement avec un grave accident au Mans peu de temps après celle qui allait rester son unique victoire.

Malgré les séquelles qu'il allait en conserver à vie, il a pu reprendre la compétition pour deux saisons avant de finalement se tourner vers des rôles de management. Découvreur de Casey Stoner et manager emblématique de Dani Pedrosa au plus fort de sa carrière, il a aussi été directement impliqué dans les programmes de détection de talents de la Dorna avant de devenir team manager de l'équipe officielle Honda en 2018.

Toujours proche des pistes, il reste un motard, et même un pilote dans l'âme, et apprécie de pouvoir échanger sur le sujet. C'est sur cette facette de lui que Motorsport.com a questionné Alberto Puig, pour un portrait différent de ce qu'il montre habituellement.

Alberto, si on veut vous croiser pendant un week-end sans Grand Prix, où faut-il aller ?

Généralement, je suis chez mes parents, dans les montagnes. J'essaye d'aller là-bas quand il n'y a pas de courses, parce qu'il n'y a pas grand-chose autour. C'est un environnement très sain.

Et que faites-vous là-bas ?

J'essaie de faire du vélo autant que possible, et parfois j'apporte aussi ma moto de cross parce que nous avons un circuit sur la propriété. Rien de spécial.

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Combien de motos possédez-vous ?

Dans l'appartement où je vis à Barcelone, j'ai toujours la première moto avec laquelle j'ai fait de la compétition, une JJ Cobas. C'est la seule moto que ma famille ait rachetée à l'époque. J'ai fait le championnat d'Europe avec et j'ai également fait quelques tests en championnat du monde. Cette moto est restée dans le garage de la maison pendant 25 ou 30 ans, presque détruite, jusqu'à ce que je décide, il y a trois ou quatre ans, de la remonter. Nous l'avons apportée à un ami qui fait ce genre de choses et, depuis, elle est dans mon salon.

Qu'est-ce qui vous a poussé à la restaurer après tant d'années ?

Un jour, je suis allé dans le garage de mes parents et je l'ai vue là, négligée, et je me suis dit que ça n'était pas normal, que je devais la reconstruire. Et c'est la seule de ma carrière que j'ai conservée.

Alberto Puig, Team Principal Repsol Honda Team

Alberto Puig a intégré le paddock des Grands Prix moto il y a 37 ans, d'abord en 250cc avant de passer en 500cc.

Photo : Gold and Goose / Motorsport Images

Quel est votre lien avec la moto en dehors des courses ?

Je suis un motard au quotidien. Je me déplace toujours à moto en ville. J'ai une Honda Scoopy depuis 17 ans et je n'ai jamais eu de problèmes. C'est le type de moto idéal en ville.

Quel est le dernier plaisir que vous vous êtes accordé ?

Je ne suis pas très attaché aux choses matérielles. Tout au plus, si je devais dépenser de l'argent pour quelque chose, ce serait pour un vélo, c'est devenu très cher.

Vous arrive-t-il de rêver que vous êtes encore pilote ?

Je pense que j'ai encore une mentalité de pilote. Le fait d'être lié à cet environnement empêche de l'oublier. Depuis le jour où j'ai pris ma retraite, j'ai continué à recevoir les mêmes imputs : les chronos et les courses. Quand on a été pilote, c'est très difficile à oublier. C'est peut-être un peu plus facile quand on a travaillé dans le paddock en occupant d'autres fonctions, mais je suis arrivé dans ce paddock il y a 37 ans, et je courais déjà avant cela.

Quel rôle la performance joue-t-elle dans votre vie quotidienne ?

Notre vie tourne autour de la performance. Il s'agit de vitesse et de résultats, au final c'est la seule chose qui compte. Il y a bien sûr d'autres choses importantes, mais pour la marque et le pilote, tout se résume finalement au résultat du dimanche après-midi.

Alberto Puig, Repsol Honda Team Team Principal

Alberto Puig assure conserver la mentalité d'un pilote.

Photo : Gold and Goose / Motorsport Images

Vous êtes cousin avec Pedro de la Rosa : qu'est-ce que cela vous a fait de grandir auprès d'un autre enfant aussi compétitif ?

C'est curieux parce qu'au début de l'interview, vous m'avez demandé ce que je faisais le dimanche quand il n'y avait pas de courses, et j'ai parlé de la maison de mes parents à la montagne. Or, nous sommes voisins parce que sa mère et la mienne sont sœurs et que leurs maisons sont à 200 mètres l'une de l'autre. J'ai quatre ou cinq ans de plus que lui, mais je me souviens que pendant de nombreuses années, je roulais là-bas sur ma moto alors que lui était toujours collé à sa voiture télécommandée. Je crois qu'il en a même été champion d'Europe avant de se lancer dans le karting.

Plus tard, il est allé courir au Japon, mais nous avons tous les deux grandi dans un écosystème de course. Chaque fois qu'on se voit, on parle de course. Il me raconte son histoire en Formule 1 et je lui parle du MotoGP. Il nous est impossible de parler d'autre chose que de course.

En tant qu'ancien pilote, que pensez-vous de tous ces "devices" qui sont aujourd'hui placés sur les motos ?

Ça suscite une certaine controverse. C'est bien pour certaines choses, pas tellement pour d'autres. Il y a eu beaucoup d'améliorations sur des sujets liés à la sécurité des motos. Par le passé, il n'y avait pratiquement pas d'électronique, et tous les week-ends, nous, les pilotes, on roulait comme des fusées avec les moteurs à deux temps. On gérait l'antipatinage à la main, et si on en faisait un peu trop, on dépassait les limites.

Mais il est vrai que ces dernières années, il y a eu beaucoup d'évolution, et il faut être conscient que ce sport est super intéressant et spectaculaire de par son essence. On ne peut pas en arriver au point où la moto serait plus importante que le pilote. C'est mon opinion personnelle. Je suis sûr que le championnat et les constructeurs trouveront le compromis nécessaire pour préserver cette essence, le talent des meilleurs pilotes continuera à ressortir et les fans arriveront à les identifier. Je ne pense pas, par exemple, que ce soit tout à fait ce qui se passe en Formule 1 ces derniers temps.

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