Yamaha face à son défi : "Se débarrasser du conservatisme"
Après de gros changements internes, voici l'heure de vérité pour Yamaha. La restructuration de son équipe technique et l'aide des concessions suffiront-elles à rendre la marque plus agressive dans son développement et à la ramener aux avant-postes ?
Un an et demi sans gagner, quand on s'appelle Yamaha et qu'on porte avec soi un palmarès auréolé de multiples titres mondiaux, ça fait désordre. Alors à l'aube d'une saison durant laquelle le constructeur japonais va devoir convaincre, ses pilotes autant qu'une potentielle nouvelle équipe satellite, de multiples changements sont censés remettre le programme sur de bons rails.
Ceux-ci ont été initiés au fil des derniers mois, en commençant par la structure de l'équipe technique qui, comme le souhaitait Fabio Quartararo, s'est ouverte à une influence plus européenne. Une démarche semblable à celle de Honda, les deux marques ayant de toute évidence pâti d'une approche jusqu'ici trop conservatrice, exacerbée par les limitations que le Covid a imposées aux usines japonaises.
"Nous avons opéré des changements dans notre manière de travailler", explique Lin Jarvis, directeur exécutif de Yamaha Motor Racing, en marge de la présentation officielle organisée ce lundi. "Ce processus a débuté au milieu de l'année dernière. Nous savions que nous avions besoin d'intégrer du sang neuf, de nouvelles idées, et nous devions changer notre manière de travailler. Donc durant ce laps de temps, je dirais vraiment depuis le troisième trimestre de l'an dernier, nous avons recruté quelques ingénieurs clés dans le paddock, chez nos concurrents, qui ont rejoint notre équipe."
Deux membres importants de l'équipe technique Ducati ont notamment été recrutés : l'aérodynamicien Marco Nicotra et surtout Massimo Bartolini, ancien responsable performance à Borgo Panigale et nommé directeur technique piste pour Yamaha.
"Ce qui est intéressant avec Massimo Bartolini, c'est qu'il a intégré l'équipe en tant que directeur technique. C'est donc la première fois que nous voyons un Européen à un poste aussi élevé dans le projet MotoGP de Yamaha Factory Racing", précise Lin Jarvis. "Il travaillera aux côtés de Kazuhiro Masuda, qui était auparavant notre responsable de test et qui nous rejoint maintenant en tant que chef de projet."
"Le project leader et Massimo Bartolini vont donc combiner leurs efforts pour changer notre méthode de travail. [Ce sera fait] en dehors du Japon, en travaillant beaucoup plus avec des experts européens, et le travail de Masuda va être de faire fonctionner cela au Japon. L'objectif final est d'être plus rapides, plus agressifs, plus aventureux, et de vraiment se débarrasser de ce conservatisme."
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Si Fabio Quartararo reste prudent à ce stade, selon Massimo Meregalli, directeur de l'équipe, les effets de cette réorganisation se font déjà sentir. "Ça a clairement été l'hiver le plus court qu'on ait jamais connu, mais je dirais aussi qu'il a été très productif, parce que nous avons pu réaliser beaucoup de travail, à la fois dans notre base au Japon mais aussi celle en Italie. Le résultat est que nous avons pu préparer beaucoup de matériel à essayer à Sepang, pour le premier test de la pré-saison", pointe l'Italien, alors que les essais officiels vont reprendre mardi, pour cinq jours seulement.
Une opportunité à saisir avec les concessions
À ces efforts de restructuration s'ajoute le coup de main que va apporter le règlement, puisque sur la base des résultats de l'an dernier, Yamaha bénéficie du plus haut niveau de concessions. Ce changement, destiné à l'aider à accélérer son développement pour remonter la pente, a déjà permis aux titulaires de la marque de participer au Shakedown du test la semaine dernière.
Le verdict de Fabio Quartararo reste mesuré, le Français soulignant le besoin de continuer à travailler malgré un moteur en progrès et la nécessité de mieux utiliser le potentiel de la M1, notamment en matière d'électronique. Côté aérodynamique, on a aussi pu voir que Yamaha s'est montré bien moins innovant que les autres marques pendant ces premiers jours de piste de l'année. Mais le principe de cette règle est aussi qu'elle offrira d'autres libertés dans les prochains mois.
"Je pense que cela va être une grande aide", estime Lin Jarvis. "Nous avons la possibilité de faire beaucoup plus de choses que nous ne pouvions pas faire sans les concessions. C'est le cas en particulier des tests, bien sûr, car nous sommes autorisés à en faire sur beaucoup plus de circuits alors qu'on est normalement restreint de travailler sur un nombre limité de pistes ; nous sommes autorisés à faire ces tests avec nos pilotes d'usine, et non plus seulement avec nos pilotes d'essais. Nous sommes autorisés à changer de spec moteur pendant la saison ; bien sûr, cela doit rester dans le cadre du règlement, mais nous pouvons changer le design du moteur. Et nous pouvons aussi apporter un package aéro supplémentaire."
"Les concessions nous donnent donc l'opportunité de travailler, et c'est à nous d'en produire l'effet maximum et de nous assurer que nous continuons à progresser. Ça nous permet d'une certaine manière de ne pas rester bloqués là où nous démarrons la saison, nous devrions pouvoir continuer à progresser au cours de l'année. Espérons que ça fonctionne !"
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