Comment Hamilton et Ferrari ont tendu le piège parfait à Mercedes
Même si le VSC a indéniablement facilité les choses, il n'en reste pas moins que Lewis Hamilton et Ferrari avaient déjà tendu le piège idéal pour battre Mercedes en tirant parti des erreurs stratégiques commises par les Flèches d’argent, tant sur le plan tactique que dans la gestion des duels en piste.
Photo de : Rudy Carezzevoli / Getty Images
Ces larmes retenues sur le podium en disent plus long que n'importe quel discours sur l'importance de cette première victoire de Lewis Hamilton au volant d'une Ferrari. Un triomphe construit, préparé, presque provoqué, susceptible de balayer les doutes tout en apportant les réponses que le septuple champion du monde recherchait après une saison 2025 compliquée.
Plus de 500 jours après avoir franchi pour la première fois les portes de Maranello en tant que pilote Ferrari, le rêve de s'imposer sous les couleurs du Cheval cabré est enfin devenu réalité, faisant du Grand Prix de Barcelone une date désormais inscrite dans l'histoire. Si l'intervention de la voiture de sécurité virtuelle au moment opportun a bien sûr aidé, ce succès revient avant tout à Hamilton et à Ferrari.
Après la course, Toto Wolff n'a pas caché ses regrets car, de son point de vue, le potentiel de victoire dans une course qui, pendant de longues périodes, semblait acquise à Mercedes, était bel et bien présent. Mais la réalité doit être analysée sous deux angles différents : d'un côté, les regrets des Flèches d'argent ; de l'autre, le piège parfaitement orchestré par les ingénieurs de Maranello.
Le premier choix crucial a été de partir avec des pneus tendres, une décision qui ouvrait plusieurs scénarios. D'une part, ces pneus offraient un avantage supplémentaire au départ, potentiellement suffisant pour se battre pour prendre la tête. D'autre part, cela permettait d'envisager d'emblée une stratégie agressive à trois arrêts.
Les simulations d'avant-course indiquaient que, dans des conditions normales, les stratégies à deux et trois arrêts étaient à égalité. La seule variable véritablement critique était le trafic : avec un peloton serré, le risque était de perdre 7 à 8 secondes lors des dépassements. Et c'est là que Mercedes a commis sa première erreur, car lors du premier relais, l'équipe n'a pas réussi à creuser l'écart, laissant ainsi ouverte la brèche qui allait plus tard tout compliquer.
Si l'on examine les temps au tour, Russell a réussi à porter son avance à un peu plus de trois secondes lors de la première partie de course, ce qui était suffisant pour neutraliser l'undercut, mais pas assez pour garantir une réelle flexibilité stratégique. Sur les pneus tendres, Hamilton a naturellement été le premier à s'arrêter, déclenchant la première séquence d'arrêts et s'arrêtant peut-être quelques tours plus tôt que la fenêtre idéale.
Lewis Hamilton (Ferrari)
Photo de: Michael Potts / LAT Images via Getty Images
Pour éviter de perdre la position en piste, Mercedes a immédiatement décidé de s'arrêter aux stands, et cette décision a commencé à faire dérailler le plan à deux arrêts défini avant la course.
"J'ai trouvé que nous nous étions arrêtés vraiment tôt. Vous savez, Lewis s'était engagé sur une stratégie à trois arrêts. Je pense que nous aurions dû nous en tenir à notre propre stratégie, et c'est un point que je souhaite aborder avec l'équipe", a expliqué Russell après la course, lui qui avait pris le départ avec des pneus mediums.
"Je devais gérer beaucoup de choses au départ tout en continuant à creuser l'écart sur Lewis. Et puis j'ai cru que nous étions passés à un plan à trois arrêts quand ils m'ont dit que nous restions sur deux."
Les choix tactiques du premier relais
Si l'on examine les temps au tour, les données viennent corroborer la version des faits donnée par Russell : vers la fin de son premier relais, il disposait encore d'une certaine marge pour attaquer, notamment dans les virages rapides où il s'était montré plus prudent avec l'accélérateur afin de ne pas trop solliciter les pneus. S'il avait su qu'il devait s'arrêter tôt pour contrer Hamilton, il aurait pu adopter une approche différente afin d'accroître son avance et de gagner quelques secondes.
Cela peut sembler faible, mais ces quelques secondes ont fait la différence entre sortir gagnant ou perdant du déploiement de la voiture de sécurité virtuelle. C'est précisément là que le "piège" de Ferrari a véritablement commencé à se mettre en place : toutes les voitures poursuivantes ont anticipé leur arrêt, se plaçant ainsi en dehors de ce qui allait devenir par la suite la fenêtre idéale pour la stratégie à deux arrêts.
C'est un point fondamental car, si l'on observe la progression de Russell au cours du deuxième relais, il est clair qu'il a souffert d'une certaine dégradation des pneus, au point de permettre à Kimi Antonelli de se rapprocher juste derrière lui avec un rythme nettement supérieur. Mais alors que Ferrari évitait cette phase de perte de rythme en effectuant son deuxième arrêt, l'histoire était tout autre pour Mercedes.
Hamilton a repris 19 secondes en 8 tours
À moins d'opter pour une stratégie à trois arrêts, comme l'a fait Ferrari pour au moins l'un de ses deux pilotes, Mercedes s'est retrouvée dans la situation délicate de devoir prolonger le deuxième relais. Une mesure nécessaire pour rattraper les tours "perdus" lors du premier relais et se rapprocher de la fenêtre idéale pour le deuxième passage par les stands.
C'est là qu'un double problème est apparu : son rythme déclinant déjà et son sous-virage devenant de plus en plus prononcé, Russell a commencé à perdre des secondes, et son duel avec Antonelli n'a fait qu'aggraver la situation.
George Russell (Mercedes), Lewis Hamilton (Ferrari), Kimi Antonelli (Mercedes)
Photo de: Sam Bloxham / LAT Images via Getty Images
Pour mieux comprendre cela, entre le moment où Hamilton a effectué son deuxième arrêt au stand et celui où Russell s'est arrêté, le pilote Ferrari a rattrapé environ 19 secondes en huit tours, soit une moyenne de plus de deux secondes par tour. La lutte interne entre les pilotes Mercedes a eu un impact considérable, et c'est précisément durant cette phase qu'ils ont en réalité perdu la course, laissant à Ferrari la marge nécessaire pour mener à bien sa manœuvre stratégique.
Deux options s'offraient à la marque allemande : diviser les stratégies, en orientant Russell vers un schéma à trois arrêts mais en devant anticiper Ferrari car il existait un risque concret d'être devancé par Hamilton, ou échanger les positions et permettre à Antonelli, qui affichait un rythme nettement supérieur à ce stade, de prendre la tête et de tenter de contrer la tactique de Ferrari.
Le choix de ne pas interférer dans la lutte pour le championnat du monde, que ce soit en assignant des stratégies différentes aux deux pilotes ou en recourant à des consignes d'équipe, est compréhensible, mais a été déterminant.
"Lors des deux derniers relais, vers la fin, Kimi avait clairement l'avantage", a expliqué Toto Wolff. "Et nous ne sommes pas intervenus dans leur duel, car c'est ainsi que nous avons toujours fait."
"Mais c'est une situation que nous devons examiner pour l'avenir, avec les deux pilotes, afin de déterminer comment gérer une situation où il existe un écart de rythme, si nous nous battons pour une victoire au risque de la perdre. Et cela va donner lieu à une discussion intéressante. Mais toujours en toute transparence, dans le meilleur intérêt de l'équipe."
| Tour | Hamilton | Russell | Différence de rythme |
Écart |
| 28 | Sortie des stands | 1'23"176 | - | 23"399 |
| 29 | 1'20"633 | 1'23"208 | -2"575 | 20"824 |
| 30 | 1'20"910 | 1'23"647 | -2"737 | 18"087 |
| 31 | 1'20"725 | 1'23"325 | -2"600 | 15"487 |
| 32 | 1'20"855 | 1'22"884 | -2"029 | 13"458 |
| 33 | 1'21"077 | 1'23"437 | -2"360 | 11"098 |
| 34 | 1'20"954 | 1'22"649 | -1"695 | 9"403 |
| 35 | 1'21"151 | 1'22"921 | -1"770 | 7"633 |
| 36 | 1'21"227 | Arrêt | - | 4"854 |
| 37 | 1'20"979 | Sortie des stands | - | 17"670 |
| 38 | 1'21"360 | 1'20"709 | +0"651 | 16"879 |
| 39 | 1'21"859 | 1'21"179 | +0"680 | 16"199 |
| 40 | 1'21"679 | 1'28"216 | VSC | - |
La lutte devient une impasse
Ce sont là les principales erreurs commises par Mercedes qui, en l'espace de seulement huit tours, ont failli entièrement gommer l'arrêt supplémentaire fait par Hamilton. Ce faisant, Ferrari s'est assurée cette maigre marge de quelques tours pendant laquelle, si la course venait à être neutralisée, le septuple champion du monde pourrait effectuer son dernier arrêt au stand tout en ressortant devant son compatriote. Et c'est exactement ce qui s'est produit, avec l'avantage supplémentaire de pneus plus frais pour l'accompagner jusqu'au drapeau à damier.
Si l'on envisage un scénario sans VSC, même en supposant que Hamilton soit resté en piste pendant six tours supplémentaires comme prévu et en tenant compte d'un taux de dégradation d'environ deux dixièmes de seconde par tour, tel que mesuré par Pirelli, la comparaison avec le rythme maintenu par ses rivaux après leurs arrêts montre que Russell n'aurait tout de même pas récupéré une grande partie des secondes perdues. Il aurait conservé une avance d'un peu plus de 10 secondes, s'exposant ainsi à un retour de la Ferrari.
Kimi Antonelli (Mercedes), George Russell (Mercedes)
Photo de: Sam Bloxham / LAT Images via Getty Images
Le seul espoir de Mercedes aurait été de voir Hamilton peiner à réussir ses dépassements sur Norris, Antonelli et Russell. Mais il y avait également un autre élément à prendre en compte : comment Mercedes aurait-elle géré un nouveau duel inévitable entre ses deux pilotes ? Tout comme lors du deuxième relais, cette situation se serait reproduite, et la seule issue aurait été de recourir aux consignes d'équipe, ce que l'écurie avait choisi de ne pas faire précisément au moment où cela était le plus nécessaire.
D'après les données de Ferrari, Hamilton aurait de toute façon remporté la course, même sans le VSC, et c'était en effet très probable compte tenu de la différence de rythme.
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