Isack Hadjar : "Hâte de prouver ma valeur au volant d'une F1"
Le Français Isack Hadjar, espoir du clan Red Bull et candidat au titre F2, a accordé un entretien à Motorsport.com pour parler de sa saison, de son rôle de réserviste et de ses perspectives d'avenir en F1.
Photo de: Red Bull Content Pool
Pilote le plus en vue parmi les juniors actuels de Red Bull, Isack Hadjar se retrouve pourtant dans la position de devoir attendre une opportunité qui paraît aujourd'hui lointaine d'accéder à la F1, en dépit de ses bons résultats en F2 et de l'incertitude qui peut planer sur Sergio Pérez. À quelques semaines du dénouement de son championnat et d'une nouvelle sortie au volant de la Red Bull à Abu Dhabi, il nous a accordé un entretien à Interlagos.
Comment vivez-vous le fait d'être réserviste, d'être dans le garage, d'écouter et d'examiner toutes les données ? Est-ce quelque chose que vous appréciez ?
C'est vraiment quelque chose que j'apprécie, avoir vraiment l'expérience de l'intérieur est super. Mais on veut piloter la voiture, donc c'est aussi frustrant. Cependant, je peux monter dans la voiture à tout moment. Regardez Ollie [Oliver Bearman, qui a suppléé Carlos Sainz chez Ferrari à Djeddah ou encore Kevin Magnussen à Interlagos, à chaque fois en raison de problèmes de santé, ndlr], par exemple. Ça peut donc m'arriver également, alors oui, je dois être prêt à monter dans la voiture à tout moment.
Est-il difficile de savoir que vous n'allez probablement pas piloter, mais que vous devez être prêt ? Vous devez tout faire comme vous le faites normalement en tant que pilote...
Oui, c'est une situation très délicate. Il est facile de penser "OK, je n'ai pas besoin d'assister à un briefing" ou "Je ne vais pas piloter", mais en fait, cela peut arriver n'importe quand. J'essaie donc de penser, en me levant le matin, que je vais conduire et de ne pas me dire : "Il n'arrivera rien au pilote, je vais donc rester dans le garage et tout ira bien". J'essaie d'être sérieux.
Isack Hadjar lors de l'épreuve F2 de Bakou.
Photo de: Andrew Ferraro / Motorsport Images
Est-ce que vous apprenez beaucoup de choses que vous pouvez appliquer à la F2 ou est-ce que c'est très différent ?
Oui, c'est très différent. Je dirais que c'est un peu plus utile pour la Formule 1, car la F2 est clairement un peu trop différente. Je dois dire que j'ai tiré le meilleur parti de la F2 après deux ans, donc je sais à peu près ce qui se passe. Mais maintenant, il s'agit plus de préparer l'avenir qu'autre chose.
En F2, tout allait bien jusqu'à Spa, où vous avez remporté la course principale, puis il y a eu deux week-ends difficiles. Est-ce que cette pause permet de repartir sur de bonnes bases ?
Quand on a deux week-ends difficiles, on n'aime pas vraiment faire de pause, ce n'est pas vraiment ce que l'on veut. Ce n'est donc pas du tout la situation idéale. Nous avons eu une saison vraiment difficile jusqu'à présent, avec trop de pannes et de défaillances mécaniques. Quand je regarde mon championnat, j'ai l'impression qu'à chaque fois que nous avons eu un bon week-end, nous sommes montés sur le podium le dimanche, ou nous avons gagné. C'est pourquoi je suis très heureux de ma performance. J'ai eu l'impression de toujours maximiser ce que j'avais entre les mains, et c'est en grande partie comme cela que j'ai marqué des points le dimanche.
J'aurais pu faire une bien meilleure saison [2023]. J'ai commis pas mal d'erreurs.
La saison dernière a été assez difficile. Quelles leçons en avez-vous tirées ? On dit toujours que l'on apprend beaucoup plus dans les moments difficiles que dans les bons moments ; dans quelle mesure cela s'applique-t-il à vos débuts en F2 ?
Il y a évidemment des différences entre les équipes. Je me suis senti beaucoup plus à l'aise en travaillant avec Campos qu'à l'époque avec Hitech. J'ai vécu une très belle saison en F3 [avec Hitech], j'en garde de très bons souvenirs. Mais en passant en F2, en travaillant avec des gens différents, ça n'allait pas du tout, et j'ai eu des difficultés toute l'année. Par moments j'étais rapide, mais je dois dire que j'aurais pu faire une bien meilleure saison. J'ai commis pas mal d'erreurs. Je dirais donc que je me suis beaucoup amélioré sur la maximisation des résultats, la maximisation du potentiel, et en faisant moins d'erreurs. Et puis, évidemment, le package global est bien meilleur.
À quel point cela a-t-il été difficile ? Parce que Red Bull a évidemment certaines attentes, il y a toujours de la pression. Aviez-vous peur que les choses tournent mal l'année dernière ?
Oui, on est conscient de la situation. J'étais juste très heureux et je me sentais dans une position privilégiée qu'ils me fassent confiance, qu'ils aient confiance en mes capacités. Même si la saison a été très mauvaise, ils savaient de quoi j'étais capable, et je leur en suis reconnaissant, je pense qu'ils avaient raison. Je pense que Red Bull est très heureux que j'aie rebondi lors de la deuxième saison, que je sois allé chez Campos et que j'ai obtenu des résultats.
Isack Hadjar lors de sa victoire à Silverstone.
Photo de: Red Bull Content Pool
Comment s'est passé le travail avec Helmut Marko et surtout avec Rocky [Guillaume Rocquelin, le responsable de l'académie Red Bull], quelqu'un qui a tant d'expérience avec Sebastian Vettel, etc. ?
Je n'ai pas vraiment l'occasion de travailler avec Helmut. Il est plus mon patron qu'autre chose. Mais travailler avec Rocky a été, je veux dire... Je suis vraiment heureux de la façon dont le programme se déroule, à quel point il m'aide. Il est également très attentif aux aspects techniques, il nous informe en tant que pilotes et il essaie de nous aider à nous améliorer. J'aime beaucoup son approche et il a de l'expérience. Je sais ce qu'il fait. J'ai donc beaucoup apprécié de travailler avec Rocky ces dernières années. Et même si je devais aller en F1, je pense ça me sera toujours utile.
Et comment cela fonctionne-t-il ? Est-ce que cela vient d'eux ou est-ce que vous allez les voir en leur disant "Hé, j'ai peut-être besoin de ceci ou de cela" ?
Les deux, littéralement. Quand on est en vacances, ils envoient toujours des devoirs à faire et pendant la saison, si j'ai des questions, des doutes, si je veux planifier une séance de simulation, je peux le faire. Nous avons donc une très bonne relation. C'est beaucoup de travail, mais ça porte ses fruits.
Vos communications radio ont fait l'objet d'une attention particulière, car vous vous êtes parfois mis en colère. Avez-vous ressenti la nécessité d'y remédier ?
Pour moi, non, je ne dirais pas que je dois le faire. Je veux dire, je sais que je dois le faire, parce que les gens me le disent évidemment, et je suppose que ce n'est pas une bonne chose. C'est quelque chose sur lequel j'ai travaillé. Je pense que c'était bien pire par le passé. Vous pouvez voir que cette saison, j'ai eu un moment à Monaco où j'ai perdu le fil dans le dernier tour, [car j'ai] perdu la victoire [en raison d'une intervention de la voiture de sécurité virtuelle dans un mauvais timing, ndlr]. Mais j'ai toujours été très attentionné à l'égard de mon équipe. Je n'ai jamais eu de mauvaises pensées ou de mauvais sentiments. Ce sont juste de très fortes émotions.
Isack Hadjar au volant de la Red Bull RB20 lors des EL1 à Silverstone.
Photo de: Andy Hone / Motorsport Images
Pour en revenir à la F1, je suis sûr que les EL1 à Silverstone ont été un moment fantastique ?
Oui, c'était génial, et en même temps c'est frustrant, parce qu'on voudrait rester dans la voiture pour les EL2, EL3, et ensuite continuer avec les qualifications, mais il faut s'arrêter après les EL1. Jusqu'à présent, mon expérience en F1 s'est limitée à trois séances d'EL1, ce qui ne fait pas beaucoup de tours, et les programmes de roulage sont toujours assez limités en nombre de tours. Il s'agit donc principalement de runs avec beaucoup de carburant, et peut-être d'un court run de performance à la fin, mais piloter la RB20 était tout de même incroyable. Et c'était une expérience fantastique dans les virages très rapides, en particulier sur un circuit comme Silverstone. Et être coéquipier de Max [Verstappen] pendant une heure, c'était génial aussi.
Comment était-ce dans votre tête lors du premier tour à Copse, etc. ?
"Trop d'adhérence !" C'est la première chose que j'ai ressentie, et c'était incroyable, mais on s'y habitue vite. Et puis, on n'a jamais assez d'adhérence.
Dans quelle mesure le travail de réserviste et en simulateur a-t-il été utile ? Si vous regardez Liam Lawson, Ollie Bearman, Franco Colapinto, ils ont immédiatement été dans le rythme, sans aucune expérience ?
Il y a manque d'expérience et absence totale d'expérience dans une F1. Je pense que si je devais monter dans une F1 tout de suite, ce serait beaucoup plus difficile que pour Ollie ou Liam. Comme je l'ai dit, je pense que je peux compter le nombre de tours que j'ai effectués dans une F1. Mais malgré tout, lorsque l'on parle de simulateur, je pense que c'est le meilleur outil. C'est tellement impressionnant, à part la force g qu'on ne peut pas vraiment ressentir, et c'est la principale différence. Le modèle et sa proximité avec la réalité sont tout à fait surprenants. Red Bull dispose d'un très bon simulateur et plus vous passez de temps dessus, plus l'adaptation à la réalité est facile.
Franco Colapinto devant Oliver Bearman à Interlagos.
Photo de: Lubomir Asenov / Motorsport Images
Mais cela doit aussi vous faire plaisir de voir arriver en F1 des gens comme Franco et montrer que le niveau en F2 est assez bon ?
Oui, cela montre que notre génération est bonne.
Faites confiance aux jeunes !
Exactement, parce que pendant un certain temps, nous avons pensé que l'expérience était le plus important, et que l'on ne pouvait pas monter dans une voiture et battre le gars qui a dix ans d'expérience en F1, mais en fait, si. Si vous êtes rapide, vous êtes rapide. Ils ont donc fait du bon travail pour nous, en montrant ce que la grille de F2 peut produire en F1, et je pense que ce que Franco et Ollie ont fait est formidable.
Il est évident que vous voulez être en F1 l'année prochaine, alors comment évaluez-vous vos chances ?
Je dirais que mes chances existent, au moins. Évidemment, cela ne dépend pas de moi. Il se passe beaucoup de choses chez Racing Bulls et Red Bull, tout peut arriver. Et évidemment, je suis le prochain sur la liste. C'est juste un fait. Je ne sais pas quelles décisions ils vont prendre, mais en tout cas, je suis là et j'essaie d'être prêt pour l'année prochaine quoi qu'il arrive.
Ils s'intéressent également à Franco. Pouvez-vous comprendre qu'ils s'intéressent à lui, même s'il n'est pas un junior de Red Bull ?
Oui, ils recherchent un pilote rapide, et il a prouvé qu'il l'était. Alors, oui, évidemment, je fais partie d'un programme depuis trois ans, je suis deuxième de F2, je suis le réserviste de l'équipe, alors... c'est comme ça.
Isack Hadjar en discussion avec Sergio Pérez à Abu Dhabi en 2023.
Photo de: Red Bull Content Pool
Quelle est l'importance du week-end d'Abu Dhabi à cet égard ? Il va être décisif pour le titre F2, il va y avoir les tests F1 le mardi...
Oui, j'ai vraiment hâte d'arriver à la fin de la saison, car cela fait un moment que je n'ai pas piloté. Ça va donc être super, les EL1 dans la voiture de Max et le test des rookies ensuite, le mardi. J'ai vraiment hâte d'essayer de gagner ce championnat et de prouver ma valeur au volant d'une F1. Il y aura donc beaucoup à faire à Abu Dhabi.
Comme vous l'avez dit, vous n'avez pas beaucoup de kilomètres au compteur dans une F1. À quel point vous sentez-vous prêt et de combien de kilomètres avez-vous besoin pour l'être ?
Honnêtement, je dois être franc. J'ai juste besoin d'une journée à piloter la voiture et à essayer de la pousser dans ses derniers retranchements. Lorsque l'on participe à des EL1 tous les six mois, on oublie un peu et il n'y a pas grand-chose d'autre. On commence donc à monter en puissance et soudain, la séance est terminée. Ensuite, il faut attendre six mois. J'aurais donc besoin d'une journée d'essais pour essayer de trouver les limites d'une F1, et ensuite je vous dirai.
Si cela ne fonctionnait pas l'année prochaine et que vous deviez être réserviste comme Liam l'a été, cela vous conviendrait-il ?
Je ne serais pas satisfait, évidemment, parce qu'on veut piloter. Mais si c'est ce qu'il faut faire, alors je le ferai et je penserai à l'avenir.
Propos recueillis par Filip Cleeren
VIDÉO - Quand Red Bull ramène la F1 à Kyalami
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