Max Verstappen, mental à part et carapace victorieuse

En décrochant le titre mondial, Max Verstappen a donné raison à l'état d'esprit auquel il est resté fidèle dans sa manière d'aborder les choses. Et le voici sans doute dans une situation idéale pour l'avenir.

Max Verstappen, mental à part et carapace victorieuse

Dans le tour d'honneur après son dépassement sur Lewis Hamilton pour décrocher le titre mondial, l'on a vu pour la première fois l'émotion prendre le pas chez Max Verstappen. C'était inédit. Car tout au long de la saison, le pilote Red Bull a fait preuve de sang-froid, comme s'il avait enfilé un gilet pare-balles. Il a mis de côté chaque mauvais moment et n'a jamais paru obsédé par le fait de considérer le sacre mondial comme un accomplissement monumental. "Ça ne va pas vraiment changer ma vie", avait-il dit en octobre. Pour lui, tout a toujours été simple : Red Bull et lui feraient de leur mieux et, si ça ne suffisait pas pour remporter le titre, ça ne les empêcherait pas de dormir. 

Cet état d'esprit a été mis à rude épreuve au fil des tours à Abu Dhabi – avant l'accident de Nicholas Latifi et l'intervention de la voiture de sécurité – quand il est devenu évident que les pneus neufs de Verstappen ne suffiraient pas pour qu'il rattrape Hamilton. L'incroyable défense de Sergio Pérez avait remis Verstappen dans le match, tout comme la décision de s'arrêter pendant la voiture de sécurité virtuelle. Mais le rythme de Mercedes était tout simplement au-dessus. 

Le retournement de situation, ce "miracle" dont Christian Horner disait avoir besoin à dix tours de la fin, n'aura fait qu'amplifier la vague d'émotion qui a submergé Verstappen après avoir franchi la ligne d'arrivée et être sorti de sa voiture pour aller embrasser son père, Jos, qui a été présent tout au long de sa carrière. 

Une fois la tension redescendue, la cérémonie du podium terminée et l'énormité de l'exploit commençant à se faire sentir, Verstappen a retrouvé son calme habituel alors que les réclamations et la polémique d'après-course ne faisaient que débuter. En conférence de presse, il a confié qu'il commençait "lentement" à réaliser, évoquant son parcours en sport automobile qui venait se rappeler à lui alors qu'il avait atteint "le but ultime". Pourtant, il a conservé l'idée selon laquelle sa vie ne changerait pas après avoi remporté le titre. "Bien sûr, je suis très content d'avoir remporté le championnat", a-t-il dit. "C'est la dernière chose que je voulais accomplir en Formule 1, alors tout ce qui vient désormais est un bonus."

L'approche de Verstappen contraste avec celle de Lewis Hamilton, assis à sa place les quatre années précédentes et prenant à chaque fois un peu plus conscience de l'ampleur de son palmarès et de la trace qu'il laisserait à chaque titre supplémentaire. Peut-être que l'avis de Verstappen changera si – ou plus probablement quand - il remportera d'autres titres. Ils ne seront pas simplement un "bonus", mais plutôt une preuve de son statut parmi les légendes de la F1. Il a déjà de nombreux records liés à l'âge, et il a le temps devant lui pour s'attaquer à des records qui sont la propriété d'Hamilton. 

Il y a aussi une forme de puissance qui accompagne l'état d'esprit avec lequel Verstappen a abordé la saison, et qui devrait l'aider pour l'avenir. 

En 2014, alors que je travaillais pour une chaîne de télévision, un collègue avait posé une question très simple à Lewis Hamilton et Nico Rosberg, alors tous deux prétendants au titre : "Qu'est-ce que gagner le championnat signifierait pour vous ?". La réponse de Rosberg fut courte : "Ce serait cool, non ? C'est un rêve de gosse, donc ce serait incroyable."

Hamilton, quant à lui, donna une réponse venue du fond du cœur et dix fois plus longue, évoquant le fait qu'il n'avait jamais eu l'impression de profiter pleinement de son premier sacre obtenu en 2008, que le titre était "ce qu'il y a de plus spécial" et ne devait pas être tenu pour acquis. À l'époque, on avait le sentiment qu'il voulait plus le titre que Rosberg. Et il le décrocha. 

Pourtant, en réalité, cela se résume par la différence d'approche. Rosberg, comme Verstappen, a toujours paru très terre à terre sur ce sujet, même en fin de saison 2016 où il ne cessait de dire qu'il fallait prendre les courses "les unes après les autres". En privé, évidemment, il élaborait son projet de raccrocher le casque une fois devenu Champion du monde de F1. Il avait atteint son sommet et ne voyait pas la nécessité de continuer à grimper. 

Entendre Verstappen dire que le titre ne changerait pas sa vie a parfois semblé étrange, surtout venant d'un pilote en quête d'un premier sacre. Mais il s'agissait d'une approche mentale importante pour gérer les hauts et les bas d'une compétition au plus haut niveau. C'est une attitude similaire à celle de Daniel Ricciardo, son ancien coéquipier chez Red Bull.

"Si tu mets tous tes œufs dans le même panier et que ça ne marche pas, l'idée de ce qui pourrait alors arriver peut être effrayante", avait expliqué l'Australien. "Si je mets tout le travail de ma vie dans le fait de devenir Champion du monde et que je n'y parviens pas, est-ce que je vais déprimer tout le reste de ma vie ? Je ne sais pas, c'est un peu risqué de faire ça. Dans ce sport, avec autant de variables, rien n'est garanti. Ce n'est pas tout noir ou tout blanc."

Ricciardo avait raconté l'histoire de Rashad Evans, professionnel de MMA, pour illustrer cet état d'esprit : "Il a travaillé toute sa vie pour devenir champion, et il l'est devenu. Et je crois que la semaine suivante, il est retourné à la salle de muscu, et les autres lui ont demandé comment il se sentait. Il a répondu : 'Je ne me sens pas différent'. D'une certaine manière, c'est assez triste, car on veut que ce soit quelque chose. Mais j'imagine que l'idée est qu'avoir un titre ne l'a pas changé en tant que personne. Donc si tu travailles aussi pour que ce soit quelque chose, je pense que ça peut aussi être décevant."

"J'ai donc essayé de me mettre un peu à niveau. Si je deviens Champion du monde, c'est génial, mais si je ne le deviens pas, la vie continue. Tu veux simplement avoir une approche mâture. Lewis en a sept. Se sent-il différent de qui il était avant de les avoir ? Je ne sais pas. Je ne prétends pas avoir la réponse. Ça pourrait juste être effrayant de s'investir totalement là-dedans, car il y a beaucoup plus que ça dans la vie."

À juste titre, Verstappen a pris du bon temps depuis son sacre à Abu Dhabi, passant ses vacances au Brésil avec sa petite amie avant que les préparatifs pour la défense de son titre ne commencent. Une fois qu'il aura le numéro 1 sur sa voiture pour la toute première fois, il se retrouvera en territoire inconnu. Néanmoins, si l'on se fie à l'année dernière quand il s'est engagé pour la première fois dans la lutte pour le titre, et si son approche mentale demeure forte et inchangée, il sera en mesure de gérer les hauts et les bas qu'il traversera. 

Comme Ricciardo l'a dit, rien n'est garanti en F1. Alors le fait que Verstappen ait déjà un titre à son actif rendra sûrement les choses un peu plus légères, l'assurant d'avoir déjà atteint le sommet et obtenu cet "accomplissement final" pour lequel il a travaillé. Le titre ne changera peut-être pas Verstappen, mais au fil des autres victoires et titres qui l'attendent, il se peut que penser à la trace qu'il laissera intègre son esprit, avec une base déjà solide. 

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