Formule 1 GP d'Australie

Comment le lobbying rusé d'Alonso sur le DRS l'a aidé en qualifs

Samedi, 20 minutes avant les derniers essais du GP d'Australie, les équipes de Formule 1 ont appris que l'une des quatre zones DRS de l'Albert Park allait être supprimée. Une petite manœuvre de Fernando Alonso semble être à l'origine de cette décision, qui a failli porter ses fruits pour Alpine.

Fernando Alonso, Alpine A522

Pour certaines équipes, la suppression de la quatrième zone DRS n'a pas fait de différence immédiate, mais pour d'autres – notamment Aston Martin – cela a conduit à un remue-ménage de dernière minute pour modifier les réglages en conséquence, déclenchant une chaîne d'événements qui a conduit à une séance de qualifications désastreuse pour l'équipe basée à Silverstone.

La façon dont la suppression de la zone DRS s'est produite est inhabituelle, certains rivaux soupçonnant qu'une habile manœuvre du vieux renard Fernando Alonso a porté ses fruits au profit de l'équipe Alpine.

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La zone DRS en question était celle située sur une partie refaite de la piste entre le virage 8 et le virage 9. Lors du briefing des pilotes de samedi, Alonso a suggéré qu'avec le DRS ouvert, cette section de la piste était un peu trop dangereuse et qu'il faudrait peut-être abandonner la zone pour des raisons de sécurité. Il a été la principale voix dans la discussion avec le directeur de course Niels Wittich, et de l'avis général, les autres pilotes ont peu contribué.

Wittich a pris en compte le point de vue d'Alonso, et samedi matin, vers 10 heures, il a envoyé une note aux équipes leur demandant si elles étaient d'accord sur le fait que la zone DRS pouvait poser des problèmes de sécurité. Les équipes ont eu une heure pour répondre et donner leur avis.

Les ingénieurs ont donc dû discuter de la question, et inévitablement – c'est la F1 – à côté de tout élément de sécurité, les implications pour la compétitivité de leurs propres voitures ont également fait partie de l'équation. Il ne s'agissait pas d'un vote en tant que tel, mais à la fin, cinq équipes ont exprimé leur soutien à l'idée qu'il y avait un problème de sécurité, et cinq ont dit qu'il n'y en avait pas.

Après avoir pris en compte les réponses, Wittich a envoyé une note à 12h40, 20 minutes avant le début des EL3, confirmant que la zone DRS des virages 8/9 avait été supprimée. Le message était le suivant : "Pour des raisons de sécurité, le nombre de zones DRS sera réduit à trois pour le reste du Grand Prix. La détection du DRS n°1 sera déplacée avant le virage 9, avec l'activation du DRS n°1 qui se fera après le virage 10. La détection du DRS n°2 restera inchangée, avec les zones d'activations suivantes en conséquences."

Fernando Alonso derrière George Russell

Fernando Alonso derrière George Russell

La perte de la zone a eu deux points d'impact potentiels sur les équipes et leur compétitivité relative.

Tout d'abord, certaines voitures ont un DRS plus efficace que d'autres, donc elles gagnent plus lorsque le DRS est ouvert lors d'un tour rapide en qualifications. La suppression d'une des zones pouvait donc potentiellement leur faire perdre un avantage de temps au tour dont ils disposaient le vendredi.

Deuxièmement, un DRS ouvert contrecarre le marsouinage, et étant donné la nature sinueuse de cette section de la piste, ne pas avoir ce problème sur un tour lancé avec peu de carburant était évidemment bénéfique pour les équipes qui en souffrent le plus. En supprimant le "remède" contre les rebonds, les équipes devaient soit s'en accommoder, soit trouver une autre solution.

Et c'est ce qu'Aston Martin s'est sentie obligée de faire, en augmentant la hauteur de caisse arrière, le moyen standard de se débarrasser du marsouinage. Ce changement de dernière minute a entraîné la sortie tardive des AMR22 lors des EL3, et lorsqu'elles ont pris la piste, Sebastian Vettel et Lance Stroll se sont accidentés, entraînant la spirale négative de l'équipe.

En revanche, Alpine a trouvé une certaine performance lors de cette séance, avec une quatrième place pour Alonso. Il n'est pas passé inaperçu que les rebonds n'étaient pas un gros problème pour l'équipe d'Enstone ces derniers temps. Était-ce une coïncidence que l'homme qui demandait que la zone DRS soit supprimée ait maintenant un package plus compétitif sur un tour ?

Certains rivaux ont assurément cru qu'il y avait eu un petit jeu de la part de l'Espagnol, et qu'en fait il avait manipulé le système, bien que curieusement son coéquipier Esteban Ocon n'ait pas semblé en tirer le même avantage. Pendant la pause entre les séances, Motorsport.com a croisé Alonso et lui a dit en plaisantant qu'il avait fait du bon travail sur la zone DRS, et il a répondu avec un sourire "Qui, moi ?".

Lors des qualifications, il a trouvé encore plus de vitesse, et il semblait même destiné à se battre pour la pole avant qu'un problème hydraulique ne le fasse sortir de piste en Q3 après avoir réalisé le deuxième secteur le plus rapide. Après la séance, il a regretté sa malchance et l'occasion manquée, et lorsqu'on l'a interrogé sur la discussion lors du briefing des pilotes, il a clamé son innocence.

"L'opinion générale était que dans le virage 9, il y avait assez de distance pour se battre roue contre roue demain avec le DRS ouvert", a-t-il dit. "Donc je pense que la FIA, pour des raisons de sécurité, a décidé de dire stop. Je sais que vous avez dit que ça aidait Alpine, mais Esteban avait du mal en Q1, Q2, et sinon, nous étions premiers et seconds, donc je ne pense pas qu'il y ait eu un impact énorme sur l'équipe..."

D'autres ont adopté un point de vue plus cynique. Plusieurs pilotes ont également déploré le fait que la suppression de la zone aura également un impact sur les dépassements lors de la course de ce dimanche. Red Bull a un DRS particulièrement efficace, et donc la perte de la zone a potentiellement coûté à ses pilotes un certain temps au tour par rapport à leurs rivaux.

"Il n'y a qu'une seule équipe qui s'est plainte à ce sujet et elle a été retirée ce matin", a déclaré Max Verstappen, faisant référence à Alonso lors du briefing plutôt qu'aux réponses ultérieures des équipes au mail de Wittich. "Donc je ne comprends pas vraiment parce que pour moi, c'était beaucoup plus facile que de le faire, par exemple, à Djeddah parce qu'il y avait beaucoup plus de virages. Pour moi, il n'y a jamais eu de problème pour piloter à cet endroit avec le DRS ouvert. Donc oui, vous devez demander à la FIA pourquoi ils l'ont enlevé. C'est dommage, parce que ça aurait aidé la course."

McLaren, comme Alpine, est une équipe qui maîtrise le problème du marsouinage et qui a semblé progresser par rapport à ses rivaux, Lando Norris se hissant en quatrième place sur la grille. Cependant, lorsqu'il a été interrogé sur la campagne menée par Alonso en matière de sécurité, le pilote britannique a déclaré qu'il aurait été heureux de voir la zone DRS maintenue.

"Honnêtement, je ne pense pas du tout qu'il fallait la retirer", a-t-il déclaré. "Si vous comparez avec l'Arabie saoudite par exemple, vous prenez autant de g dans les virages là-bas, et c'est tout aussi rapide qu'ici. Je pense que c'est juste : s'il y avait une possibilité de le faire, ils le feraient parce qu'ils sont très rapides sur les lignes droites et cela profite beaucoup aux Alpine pour cette raison."

Norris a convenu que la perte de la zone ne facilitera pas les dépassements, bien qu'il s'attende toujours à voir de l'action : "Je pense que cela va rendre la course un peu moins bonne. C'est un fait. Vous ne verrez peut-être pas autant de trains [de voitures] et de choses comme ça. Mais je ne vois aucune raison pour que la course soit mauvaise, tout d'un coup. Je pense qu'il y aura encore beaucoup d'opportunités, c'est encore une longue ligne droite, c'est juste qu'il n'y a pas de DRS."

Niels Wittich, directeur de course de la FIA, ici en bleu

Niels Wittich, directeur de course de la FIA, ici en bleu

La saga du DRS a également mis en lumière la façon dont le directeur de course Wittich fait les choses, comme on l'a déjà vu avec l'attention qu'il porte au fait que les pilotes ne portent pas de bijoux dans le cockpit, et les pénalités pour gêne infligées lors des séances d'essais.

Si le dialogue entre la direction de course et les équipes sur les questions de sécurité est normal, le processus du "vote" des équipes sur la sécurité du DRS a été considéré par certains observateurs comme un peu plus inhabituel. Certes, le préavis de 20 minutes avant les EL3 pour le retrait de la zone n'était pas idéal, et pas seulement pour les équipes. La Formule 1 pensait avoir besoin d'environ 40 minutes pour retirer la zone de son système de chronométrage et d'information avant la séance, et finalement elle a eu moitié moins de temps pour faire ce travail.

Cependant, tout en admettant que le préavis tardif n'était pas excellent, Andreas Seidl, le patron de McLaren, ne voyait aucun inconvénient au processus utilisé par Wittich. "Au final, vous avez le forum de la réunion des pilotes et de la réunion des managers d'équipe, plus le dialogue direct avec le directeur de course sur tous les problèmes que vous voyez pendant un week-end de course", a déclaré l'Allemand.

"Donc n'importe quelle équipe peut aborder ce sujet à tout moment. Et ensuite, selon le sujet, de mon point de vue, c'est au directeur de course de voir comment il veut traiter le problème, s'il veut consulter toutes les équipes comme il l'a fait aujourd'hui. Mais au final, c'est lui qui prendra la décision pour des raisons de sécurité, ce qu'il peut faire à tout moment. De ce point de vue, je ne vois pas vraiment de problème."

Dimanche, nous saurons à quel point la course sera satisfaisante par rapport aux années passées, même avec une zone DRS manquante. Après son accident en Q3, Alonso sera à surveiller dans ses efforts pour progresser depuis la 10e place sur la grille. L'ironie est qu'une zone DRS supplémentaire aurait pu l'aider à passer plus facilement...

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