Comment Haas réussit là où Ferrari et Aston Martin peinent
Haas est la plus petite écurie de la grille de F1, mais elle échappe aux problèmes d’évolutions mal corrélées auxquels sont confrontés ses plus grands rivaux.
Photo de: Glenn Dunbar / Motorsport Images
Alors qu'elle s'attendait à être en queue de peloton au début de la saison de Formule 1, l'écurie Haas a largement dépassé les attentes en cette première partie de campagne 2024.
Nico Hülkenberg a obtenu deux sixièmes places consécutives sur les deux dernières manches en date, ce qui a propulsé l'équipe américaine au premier rang de bataille en milieu de peloton. Le team de Gene Haas est désormais engagé dans une lutte serrée avec VCARB pour la sixième place du championnat des constructeurs.
Un bon développement en cours de saison
Mais ce qu'il est important de comprendre à propos des progrès surprenants de Haas cette année, c'est qu'il ne s'agit pas d'une histoire où l'équipe a simplement produit une meilleure voiture dès le départ et en a récolté les fruits.
Au contraire, si la VF-24 est une amélioration claire par rapport à sa devancière, la clé de son ascension réside dans la manière dont elle a réussi à maintenir la trajectoire de son programme de développement en cours de saison.
Et ces progrès constants ont eu un d'autant plus d'impact que d'autres équipes ont eu du mal à réaliser de pareils progrès en cours de saison. Cette année, même, l'on entend plusieurs équipes évoquer des "rétrogradations" au moment de constater ce que produisent leurs… "améliorations" !
Ferrari, par exemple a récemment été confronté à des problèmes avec un nouveau plancher introduit lors du Grand Prix d'Espagne, qui a fait réapparaître ses problèmes de rebond à grande vitesse.
Aston Martin, de son côté, a constaté qu'un nouveau package introduit au Grand Prix d'Émilie-Romagne rendait son AMR24 plus difficile à piloter à la limite, ce qui a fortement gêné ses pilotes dans leur lutte pour le milieu de peloton, amenant même Fernando Alonso à adresser publiquement un coup de pied dans la fourmilière.
Pour les deux équipes qui aspirent à lutter aux avant-postes et rompre la domination de Red Bull Racing, il est d'autant plus difficile de trouver une solution à ces difficultés que les nouvelles pièces ont apporté des avantages en termes d'appui aérodynamique, mais qu'elles ont eu des conséquences inattendues qui ont limité les gains en conditions réelles.
Ayao Komatsu, Team Principal, Haas F1 Team
Haas avait une plus grande marge de progression
Ce phénomène d'évolutions qui n'apportent pas tout ce que l'on espérait semble être une tendance forte avec les voitures actuelles. Un phénomène auquel même Haas n'a pas échappé. Mais comment la plus petite écurie de F1 a-t-elle bien pu réussir à prendre aussi bien les choses en main, alors que ses rivaux à plus gros budget et ressources sont en difficultés ? Voilà une question intrigante, à laquelle l'écurie elle-même n'a pas de réponse évidente.
Le directeur d'équipe de Haas F1, Ayao Komatsu, affirme qu'il n'y a rien d'unique dans ce que son équipe fait et que les autres ne font pas, mais il pense simplement que le un nouvel état d'esprit instillé cette année porte ses fruits.
Interrogé sur le secret de la réussite de Haas, il a répondu : "Honnêtement, je ne sais pas, la seule chose que nous pouvons dire, c'est que nous travaillons ensemble. Même lorsque nous livrons de nouvelles pièces, comme la séquence d'évolutions après Miami, nous n'avons pas obtenu tout ce que nous pensions des chiffres de la soufflerie et du CFD."
"Mais en tant qu'équipe, lorsque nous avons eu des réunions [pour discuter des nouvelles pièces qui n'ont pas donné tous les résultats escomptés], ce qui m'a encouragé, c'est que personne ne l'a nié et ne l'a combattu. Au lieu de cela, ils ont dit : "D'accord, nous acceptons ça, maintenant nous devons comprendre pourquoi'."
"Une fois que vous l'avez accepté et que tout le monde s'efforce de le comprendre, vous pouvez mettre cet apprentissage à profit pour la prochaine évolution. Tout le monde travaille ensemble de manière transparente, sans culture du blâme. On ne sait jamais à l'avance ce que l'on a raté, parce qu'il est très facile de se tromper."
Des saisons qui se suivent et ne se ressemblent pas
Les progrès constants que Haas a pu réaliser avec ses introductions en cours d'année contrastent avec la façon dont les choses se sont déroulées dans l'équipe par le passé.
L'année dernière, un important programme de développement apporté au Grand Prix des États-Unis n'a pas fonctionné et ses échecs ont été révélés à Abou Dhabi lorsque Hülkenberg, qui était revenu à l'ancienne spécification pour la fin de la saison, l'a confortablement surclassé…
En 2019, Haas a également traversé une période où elle a choisi d'abandonner une série d'améliorations introduites en cours de saison, pour finalement revenir à une ancienne spécification qui semblait meilleure. C'est pourquoi la rupture de cette tendance historique est si importante pour Komatsu, qui pense qu'elle pourrait contribuer à débloquer encore plus de gains à l'avenir.
Nico Hulkenberg, Haas VF-24
"Dans la presse, les gens disaient que nos ingénieurs aéro ne pouvaient pas améliorer la voiture, mais nous avons prouvé qu'ils le pouvaient et personne ne peut nier que nous avons amélioré les performances de la voiture. Cela devrait donc leur donner beaucoup de confiance."
Le thème sous-jacent à tout cela est que Komatsu pense que l'équipe exploite désormais un potentiel qui, selon lui, est resté inexploité pendant un certain temps.
"Je l'ai dit dès le premier jour. Nous avons des gens talentueux, vraiment, mais il s'agissait simplement de les mettre ensemble. Et c'est un problème de direction. Une fois que nous avons résolu ce problème et que nous les avons laissés travailler, le résultat est là. L'équipe est toujours de la même taille et nous n'avons pas changé beaucoup de personnes. D'accord, Simone Resta [le directeur technique] est parti, mais à part ça, il n'y a pas eu beaucoup de changements. La structure a changé et nous avons repositionné quelques personnes, mais il s'agissait surtout de créer un environnement. Nous sommes en train de recruter, ce qui devrait nous permettre d'avoir une plus grande équipe très bientôt."
"Mais même avec les mêmes ressources que l'année dernière, et plus ou moins les mêmes personnes, voilà ce que nous pouvons faire. C'est incroyable, non ? C'est pourquoi je suis si heureux."
"Si j'avais procédé à un changement radical et que j'avais obtenu ce résultat, je ne pense pas que je me sentirais aussi bien. Parce que je savais, je croyais, que nous avions de bonnes personnes. Et je me sentais tellement frustré et malheureux que ces personnes aient une très mauvaise presse, en interne et en externe. Je suis donc très heureux de cela."
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