Cette autre fois où Hamilton a gagné sur trois roues

Le triomphe de Lewis Hamilton lors du Grand Prix de Grande-Bretagne malgré une crevaison dans le dernier tour restera probablement comme un moment unique dans sa carrière en Formule 1. Mais l'on parle bien ici de F1, car le Britannique était déjà parvenu à réaliser un exploit en apparence impossible à l'âge de 18 ans, au cours d'une course disputée en 2003…

Cette autre fois où Hamilton a gagné sur trois roues
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"Il était presque impossible de piloter, c'était si difficile !" Les mots ne datent pas de l'arrivée du Grand Prix de Grande-Bretagne 2020 et Lewis Hamilton, qui venait de dominer la course et de s'installer en tête du championnat avec une voiture endommagée, ne l'avait pas fait au volant de la Mercedes W11. Il s'agissait là de la course d'ouverture du championnat britannique de Formule Renault 2.0, en 2003, à Croft. Hamilton s'est remémoré cet incident après avoir résisté à Max Verstappen dans les derniers kilomètres du tracé de Silverstone pour remporter sa troisième victoire consécutive de la saison.

"Sur la suspension arrière, il y avait deux ressorts arrière et l'un d'entre eux s'était détaché, et je me souviens donc avoir piloté dans les virages, à travers les gauches, avec une roue en l'air", s'est souvenu le Sextuple champion du monde lors de la conférence de presse qui a suivi le Grand Prix de Grande-Bretagne. "Dans les droites, ça allait plutôt bien comme ça. C'était une course lors de laquelle j'étais en tête et j'ai réussi à tout juste remporter la course. Je ne sais même pas comment j'ai réussi à faire en sorte que cela fonctionne. C'était un peu comme aujourd'hui [le dimanche de Silverstone, ndlr] mais bien sûr, c'était plus extrême aujourd'hui et le coût était évidemment beaucoup plus élevé !"

Il y a deux différences essentielles entre la course remportée par Hamilton, alors âgé de 18 ans, et celle de 2020, maintenant qu'il en a 35. Les déflagrations des pneumatiques vues à Silverstone ont été causées par les forces extrêmes exercées sur les pneus des voitures les plus rapides de l'Histoire de la F1 pendant des relais exceptionnellement longs, selon les conclusions de l'enquête menée par Pirelli.

La W11 de Hamilton n'aurait pas pu continuer dans le même état pendant ne serait-ce qu'un tour de plus si la crevaison n'était pas survenue au dernier tour. À Croft, c'est à un problème de suspension que Hamilton a dû répondre avec sa Tatuus FR2000. Et si la course de Silverstone avait duré quelques virages de plus, Max Verstappen aurait remporté la victoire.

Revenons 17 ans en arrière : Hamilton s'était accroché pendant 14 tours pour venir à bout de Mike Spencer, qui pilotait alors pour l'équipe Motaworld Racing. "En fait, il n'y avait pas de suspension sur un côté de la voiture", avait rapporté Hamilton dans le magazine Autosport du 17 juillet 2003. "Il était presque impossible de piloter, c'était si difficile".

Tout comme les crevaisons tardives du week-end britannique ont frappé Valtteri Bottas et Carlos Sainz, Hamilton, à l'époque pilote Manor Motorsport, n'était pas le seul pilote de Formule Renault à avoir connu un souci de suspension à Croft lors de cette course. James Rossiter – ancien pilote d'essais Honda, Super Aguri et Force India en F1 et maintenant pilote de réserve DS Techeetah en Formule E et vainqueur de course en Super GT – avait lui aussi vu sa suspension arrière s'affaisser.

Malgré le problème de suspension, Hamilton était parvenu à repousser Spencer : l'écart entre eux à un moment donné n'était plus que de 0"3 et il avait finalement remporté la manche pour 1"4.

Comme le veut le format du championnat de l'époque, une autre course se tenait consécutivement sur le même tracé, lors du même week-end. La deuxième course fut "encore plus processionnelle", selon le compte-rendu d'Autosport de l'époque. "Hamilton a converti la pole en une bonne avance qu'il n'a jamais semblé pouvoir perdre, profitant même des avantages d'une voiture qui ne tombe pas en panne", notait la revue avec malice. Cette fois-ci, il l'emporta de 4"4 sur Rossiter, dont la suspension avait été réparée. Derrière, on trouvait un peloton composé de Paul di Resta, Susie Wolff (alors Susie Stoddart), Alex Lloyd, Fabian Coulthard, Sergio Jimenez et Mike Conway. Le rapport d'Autosport se terminait de la manière suivante : "Plusieurs pilotes ont passé de meilleurs week-ends qu'à l'accoutumée, mais à Croft, on ne parlait que d'un seul homme qui a maintenant le mors entre les dents et qui se rapproche rapidement du titre après avoir pris dix-neuf points d'avance au classement."

Le classement actuel du championnat des pilotes F1 2020 paraît assez similaire, Hamilton ayant désormais 43 points d'avance sur Bottas. En 2003, le Britannique avait remporté six autres victoires sur un total de dix manches, dont deux autres doublés sur les circuits de Brands Hatch (dans sa version Indy) et à Donington, le tout lui offrant le titre. À l'heure actuelle, nous ne pouvons évidemment toujours pas pas savoir comment se déroulera la saison 2020 de F1, ni à quel point Hamilton arrivera encore à améliorer ses statistiques de carrière.

À Silverstone, bien que les caméras aient d'abord filmé Hamilton en train de descendre lentement l'ancienne ligne droite des stands en face du paddock national et qu'elles aient rediffusé son passage de Luffield quelques secondes auparavant, c'est lorsqu'il a évolué dans la ligne droite de Wellington que le pneu s'est dépressurisé. "Je regardais constamment le pneu", a déclaré Hamilton à propos du dernier tour. "Il était assez lisse et fonctionnait très bien au virage 3 [Village], le truc tournait bien. J'ai donc essayé d'évaluer l'usure du pneu, mais je n'avais pas l'impression qu'il était particulièrement usé. Puis, juste en bas de la ligne droite, on pouvait sentir le régime moteur alors que j'étais à pleine vitesse. Le régime chute au fur et à mesure que le pneu commence à générer plus de friction, car il ne roule pas à la même vitesse et on sent que l'équilibre se déplace vers la gauche. C'était un peu la panique pendant une seconde et je n'ai presque pas réussi à franchir le virage 7 [Luffield], mais après ça, j'ai réussi à passer tous les virages."

Mercedes a d'abord dit à Hamilton que l'écart avec Verstappen était de tente secondes à la sortie de Luffield. Quand il est arrivé à Copse, celui-ci était passé à vingt-cinq secondes, puis vingt à Maggots et dix à Stowe. Une fois arrivé dans Club, la marge n'était plus que de sept secondes avant la délivrance de la ligne d'arrivée : au lieu d'une cruelle désillusion, cette course laissera finalement bien le souvenir d'une grande maîtrise dans le dernier tour et d'un sang-froid de Champion, ainsi que de grain à moudre pour un Toto Wolff aimant à rappeler que rien n'est jamais gagné en F1, même lorsque l'on se montre dominateur.

Malgré son triomphe de Croft qui avait été le résultat d'une bataille de longue haleine (et excellente en soi), le fait d'amener à l'arrivée un package dévasté au dernier tour fut un moment unique dans la carrière F1 de Hamilton. "J'ai juste remarqué que la forme s'était un peu déplacée", a déclaré à chaud Hamilton, après être sorti de sa voiture et avoir inspecté les restes de son pneu. "J'ai vraiment eu une sensation d'estomac noué parce que je n'étais pas tout à fait sûr que le pneu était crevé jusqu'à ce que je freine et que l'on puisse voir qu'il tombait de la jante. Et puis j'ai piloté en essayant de maintenir de la vitesse, parce que parfois il se détache et casse l'aileron et tout un tas de choses différentes et oh, mon Dieu, je priais juste pour essayer de le faire tourner et de ne pas être trop lent. J'ai failli ne pas y arriver dans les deux derniers virages."

"Je n'ai jamais rien vécu de tel sur un dernier tour et mon cœur a probablement failli s'arrêter. Je pense que c'est probablement parce que mon cœur a failli s'arrêter que c'était aussi cool "!

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