Pourquoi Enea Bastianini est redoutable en fin de course

Enea Bastianini a habitué à faire la différence dans les derniers tours grâce à sa capacité à préserver son pneu arrière. Par instinct, l'Italien fait tout pour limiter le patinage en courbe, une force en fin d'épreuve mais un désavantage en qualifications.

Enea Bastianini, Gresini Racing, et Francesco Bagnaia, Ducati Team

Déjà monté deux fois sur le podium avec une vieillissante Ducati Desmosedici GP19 en 2021, Enea Bastianini a franchi un cap avec ses quatre premiers succès l'an passé, qui ont eu pour point commun de se dessiner en fin d'épreuve. À Losail, à Austin et au Mans, l'Italien a pris la tête à moins de huit tours de l'arrivée et sur le MotorLand Aragón, c'est dans la toute dernière boucle qu'il a doublé Pecco Bagnaia. À Misano et à Sepang, il a également tenté de prendre l'avantage sur son compatriote au tout dernier moment, en vain cette fois.

La capacité de Bastianini à être en grande forme quand la fin de course approche ne doit rien au hasard. Le plus souvent, il dispose d'un meilleur capital pneumatique que ses concurrents dans ce moment crucial des Grands Prix. "C'est l'une de mes qualités : j'arrive à gérer le pneu de la meilleure façon possible en course", a expliqué Bastianini au magazine Motor Sport. "À chaque fois qu'on analyse les données, je ne patine pas trop en sortie de courbe."

Cette qualité a vite été remarquée par Jack Miller en 2022. L'Australien n'a cessé de louer cette force de son successeur dans l'équipe Ducati officielle, et après avoir été battu par son rival à Austin, il se disait impressionné par la façon "dingue" dont Bastianini accélérait, mais aussi par son contrôle de la moto en courbe.

"Il a un style très particulier, il se tient très au centre [de la moto], avec sa tête qui se décale quand il est sur l'angle", expliquait alors Miller. "Si vous le regardez, les choses bougent sous lui mais lui, il est solide, il reste là. Ça fonctionne, il arrive à laisser la moto bouger et à rester très solide et très calme sur la moto, et ça fonctionne très bien."

Cette approche coulée du pilotage permet à Bastianini de préserver ses pneus mais elle est n'est pas le fruit d'une stratégie intentionnelle. Celui qui affiche le surnom Bestia ("la bête" en italien) sur son cuir ne décroche de bons résultats que quand son pilotage est totalement instinctif : "Je ne sais pas pourquoi mais je le sens : quand on ne réfléchit pas trop en pilotant, on est rapide ; et quand on réfléchit – 'je dois freiner ici, je dois accélérer là' – on est lent."

"Une autre de mes particularités est d'utiliser moins d'électronique [que les autres] sur la moto", a précisé le Champion du monde 2022 du Moto2. "Certains pilotes en utilisent beaucoup mais je préfère des cartographies moins poussées et moins de gestion par l'électronique."

Enea Bastianini, Gresini Racing

Jack Miller a été aux premières loges pour voir les forces d'Enea Bastianini

C'est donc très naturellement que Bastianini préserve son pneu arrière, en évitant à tout prix le patinage susceptible de grignoter la gomme : "Je n'aime pas glisser parce que ce n'est pas mon style. Quand je suis sur la moto, je veux toujours être à la limite, juste avant que le pneu commence à patiner. J'ai une grande sensibilité avec le pneu arrière et pour moi ce n'est pas bien de glisser."

Cette quasi absence de glissades permet à Enea Bastianini de ne pas subir la même dégradation que certains pilotes mais aussi d'user la gomme "différemment", dans le sens où il ne sollicite pas les mêmes zones du pneu. "Habituellement, son pilotage est très différent de celui de tout le monde", confirmait Jack Miller en fin de saison. "Il use beaucoup plus que nous tous le centre du pneu, et sur l'angle ça reste très bon, il ne l'use pas trop."

"La 'forme' de [la] dégradation [du pneu de Bastianini] est très bizarre par rapport à nous tous mais ça fonctionne d'une façon incroyable", concédait-il. "Je ne sais pas si je peux l'imiter. Son style de pilotage est très différent de nous tous, de tout le monde sur la grille."

Des difficultés sur un tour

Si les caractéristiques du pilotage d'Enea Bastianini sont une force en fin d'épreuve, elles peuvent lui nuire dans l'exercice des qualifications, quand il est nécessaire de se montrer plus agressif, tant pour être plus performant que pour mener les pneus dans la bonne fenêtre de températures. Bastianini a ainsi terminé sur le podium du championnat mais il n'a pris que la septième place du BMW M Award récompensant les meilleures performances en qualifications.

Avec une seule pole à son actif et la neuvième place comme position moyenne sur la grille en 2022, l'Italien a conscience qu'il doit faire évoluer son pilotage pour décrocher de meilleurs résultats en qualifications, ce qui sera essentiel en 2023 avec les courses sprint qui offriront moins de tours pour remonter dans le classement, et où la gestion des pneus n'aura pas la même importance.

"Souvent, quand on veut faire un tour rapide, il faut [glisser]", a reconnu Bastianini, qui veut trouver cette agressivité sur un tour en se coupant de certains automatismes : "Le patinage dépend aussi de l'angle [que l'on prend]. J'ai toujours beaucoup d'angle, plus que les autres pilotes Ducati, mais il faut moins d'angle pour glisser, même si l'agressivité sur l'accélérateur dépend aussi de la sélection de pneus. Je travaille encore sur ça parce que c'est pour ça que parfois je ne suis pas devant en qualifications." Et d'ajouter :"Je dois encore faire des compromis. J'essaie depuis longtemps d'apprendre à glisser plus en qualifications et je progresse dans ce domaine."

Bastianini se sent également en difficulté si sa gomme avant ne lui offre pas une stabilité parfaite : "Quand j'ai une grosse confiance dans le pneu avant, je peux entrer dans les virages très vite et conserver cette vitesse jusqu'à la sortie. Mais ce n'est pas facile : quand je n'ai pas beaucoup de sensations sur l'avant, j'ai du mal à vraiment attaquer."

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