Schumacher, Alonso, Fangio : le premier GP des champions F1 chez Ferrari
Lewis Hamilton n'est pas le premier champion du monde à débarquer du côté de Maranello avec l'ambition de renouer avec le succès. De Juan Manuel Fangio à Sebastian Vettel, voici comment les champions F1 se sont comportés pour leur premier Grand Prix avec le Cheval cabré.
Tous les pilotes rêvent de devenir un jour champions du monde de Formule 1 avec Ferrari. Mais rares sont ceux qui parviennent à transformer ce rêve en réalité.
Cette année, Lewis Hamilton a bien l'intention d'y parvenir. Son passage de Mercedes à Ferrari compte parmi les transferts les plus importants de l'histoire de la F1, car il associe le pilote au palmarès le plus riche (dont sept titres mondiaux) à l'équipe la plus titrée (15 championnats pilotes et 16 championnats constructeurs).
Mais Hamilton est loin d'être le premier champion du monde à rejoindre Maranello. D'autres ont également tenté leur chance en rouge, avec plus ou moins de succès. Retour sur le premier Grand Prix de chacun de ces champions, pour tenter de comprendre ce qu'il présageait pour la suite...
1956 : Fangio, la victoire partagée
Malgré le titre, l'alliance entre Fangio et Ferrari fut loin d'être idyllique.
Photo de: LAT Photographic
Juan Manuel Fangio était déjà le pilote le plus titré de la première décennie de la Formule 1 lorsqu'il a rejoint Ferrari pour la saison 1956. Il avait en effet déjà remporté la couronne mondiale en 1951 avec Alfa Romeo, en 1954 avec Maserati et Mercedes, et en 1955 avec le constructeur allemand.
La carrière de Fangio a été marquée par sa recherche effrénée du baquet le plus compétitif, ce qui explique sa bougeotte. Mais son mariage avec Ferrari est plus né de la nécessité que de l'amour, car le retrait de Mercedes de la compétition et les finances chancelantes de Maserati ont fait de Maranello son option par défaut.
Sa course à domicile, en Argentine, fut son premier Grand Prix pour Ferrari. Mais elle ne se déroula pas exactement comme prévu : une pompe à essence défectueuse le ralentit, l'incitant alors à récupérer la voiture de son coéquipier Luigi Musso au 30e des 98 tours – ce qui était à l'époque permis par le règlement.
Musso occupait la cinquième place avant de passer le relais. Fangio s'élança alors à la poursuite des leaders, mais commit une erreur après avoir dépassé la Maserati de Jean Behra, perdant du temps en partant en tête-à-queue.
Ensuite, en trois tours, à l'approche de la moitié de cette épreuve de trois heures, les hommes de tête rencontrèrent des difficultés. L'autre équipier de Fangio, Eugenio Castellotti, fut victime d'une panne de boîte de vitesses, la Maserati de Carlos Menditeguy cassa sa transmission alors qu'un inquiétant panache de fumée se forma dans le sillage de la voiture sœur pilotée par Stirling Moss.
Fangio dépassa à nouveau Behra et ne fit qu'une bouchée de Moss, dont le moteur continuait à faiblir. Bien que vainqueur, comme Fangio avait partagé sa voiture avec Musso, ils se partageaient également ce succès et les points qui allaient avec. Celui qui n'était alors "que" triple champion du monde quitta toutefois l'Argentine en tant que leader du championnat, grâce au point supplémentaire obtenu avec le meilleur tour.
Des problèmes mécaniques ont poursuivi Fangio tout au long de la saison et les relations avec le directeur de l'équipe, Eraldo Sculati, n'étaient pas au beau fixe ; il n'a été convaincu de rester chez Ferrari que lorsqu'il a bénéficié des services d'un mécanicien s'occupant exclusivement de sa voiture. Lorsqu'un bras de direction s'est cassé au cours de la dernière manche à Monza, et que Musso a refusé de céder sa voiture, les espoirs de titre de Fangio semblaient compromis jusqu'à ce que Peter Collins ne se sacrifie : les trois points de la deuxième place dans la voiture partagée ont suffi pour devancer Moss.
Fangio retrouva ensuite Maserati en 1957, où il remporta son cinquième et dernier titre.
1990 : Prost, un abandon qui donnait le ton
Les débuts de Prost avec Ferrari n'auguraient rien de bon...
Photo de: Ercole Colombo
La rivalité acharnée d'Alain Prost avec Ayrton Senna chez McLaren impliquait que quelque chose devait changer. Avant même d'avoir remporté le championnat du monde 1989, Prost s'était arrangé pour rejoindre Ferrari – et avait rendu furieux Ron Dennis, le patron de McLaren, en lâchant son trophée dans la foule après avoir remporté le Grand Prix d'Italie.
Prost arborait donc le numéro 1 sur sa Ferrari 641 pour l'ouverture de la saison 1990 sur le peu populaire circuit de Phoenix, où une pluie inattendue (et inhabituelle pour le désert de l'Arizona) le samedi impliqua que la grille de départ soit établie en fonction des temps du vendredi – à une époque où les qualifications n'étaient pas encore regroupées en une seule séance attrayante pour la télévision. Le Français est donc parti en septième position et son équipier Nigel Mansell dix-septième.
Des problèmes de boîte de vitesses ont fait chuter Prost à la neuvième place au départ. Au 17e tour, il s'est battu pour revenir à la quatrième position, mais quatre boucles plus tard, sa boîte a complètement lâché – un abandon moins spectaculaire que celui de Mansell, parti en tête-à-queue avec un moteur en flammes.
Prost a rapidement rebondi en remportant la course suivante au Brésil et quatre autres victoires lui ont permis de rester en lice face à son ennemi juré. Ses espoirs de titre se sont toutefois brutalement éteints lors de l'avant-dernière course au Japon, quand Senna l'a volontairement accroché au premier virage.
La Ferrari de 1991 n'était pas assez compétitive pour pouvoir espérer le titre malgré l'arrivée d'une nouvelle voiture à la mi-saison. Des tensions internes sont apparues au point que Prost a fini par être licencié après l'avant-dernière course, après avoir comparé la tenue de route de sa voiture à celle d'un camion.
1996 : Schumacher battu par Irvine
Schumacher a connu pour son premier GP avec Ferrari l'une de ses très, très rares défaites contre Irvine.
Photo de: Motorsport Images
Deux fois champion du monde avec Benetton, Michael Schumacher se sentait compromis par les allégations de tricherie qui pesaient sur l'équipe et rompit son contrat plus tôt que prévu pour rejoindre Ferrari. De là, il a dû relever le défi de la nouvelle F310 à moteur V10 et de son coéquipier Eddie Irvine, un personnage fougueux connu pour ne pas vraiment tenir compte des réputations (un trait de caractère qui lui avait valu par le passé un coup de poing au visage de la part de Senna).
Lors de l'ouverture de la saison à Melbourne, Irvine a surpassé Schumacher de manière inattendue lors des qualifications, le battant de deux dixièmes et demi pour s'assurer le troisième emplacement sur la grille de départ, une place devant l'Allemand. Mais le fait qu'ils étaient à une demi-seconde du rythme des Williams en première ligne illustrait amplement le défi auquel Ferrari devait faire face en 1996.
Lorsque la course a été relancée après un accident au premier tour, Schumacher a d'abord pris le dessus sur son coéquipier pour se retrouver en troisième position. Des problèmes de freins ont ensuite commencé à se manifester, l'obligeant finalement à abandonner et permettant à Irvine de monter sur la troisième marche du podium – le seul podium du Nord-Irlandais cette année-là.
Alors qu'Irvine ne marqua des points qu'à trois autres reprises et termina la saison à la dixième place, Schumacher remporta trois victoires au volant de cette F310 au look peu avenant, à Barcelone, Spa et Monza. Il se classa troisième du championnat derrière les pilotes Williams, Damon Hill et Jacques Villeneuve.
Les saisons suivantes furent marquées par une trajectoire ascendante pour la Scuderia. Puis, de 2000 à 2004, Michael allait remporter cinq championnats du monde consécutifs en rouge.
2010 : Alonso profita de la malchance de Vettel
Le passage d'Alonso chez Ferrari a très bien démarré mais n'a jamais connu de fin heureuse.
Photo de: Sutton Images
Lorsque la relation avec McLaren a viré chocolat et que le retour chez Renault s'est avéré décevant, Alonso s'est tourné vers Ferrari en 2010 dans l'espoir de remporter un troisième championnat du monde. Mais son premier week-end à Bahreïn a commencé par une petite déception : il s'est qualifié à plus de trois dixièmes de son coéquipier Felipe Massa.
En course, Alonso a pris le dessus sur le Brésilien pour se hisser en deuxième place jusqu'à ce qu'un problème de bougie ne ralentisse la Red Bull du leader Sebastian Vettel. Alonso en profita, dépassa rapidement la RB6 en difficulté et s'imposa avec 16,1 secondes d'avance.
Après ce premier succès, Alonso n'a plus gagné jusqu'à la 11e manche de la campagne, en Allemagne (de manière controversée, puisque Ferrari a imposé des consignes d'équipe, alors illicites, par le biais d'un message codé). En fin de saison, il a remporté trois autres victoires, ce qui lui a permis d'aborder la finale d'Abu Dhabi en leader, avec une courte avance sur Mark Webber et Vettel.
En dépit de la pole position de Vettel, le stand Ferrari avait les yeux rivés sur la mauvaise Red Bull. En s'arrêtant plus tôt pour couvrir la stratégie de Webber, Alonso s'est retrouvé coincé derrière l'indépassable Renault de Vitaly Petrov et a terminé la course à la septième place, alors que Vettel remportait le GP et le titre de champion.
Symbole de son passage au sein de la Scuderia, le visage casqué d'Alonso, les yeux perdus dans le vague, après le drapeau à damier d'une autre finale perdue, au Brésil en 2012, est depuis devenu un mème.
2015 : Vettel, un podium pour commencer
Prometteur, le premier GP de Vettel chez Ferrari symbolisait aussi son impuissance future face à Mercedes.
Photo de: Glenn Dunbar / Motorsport Images
Après une saison 2014 frustrante et sans victoire, Vettel a quitté Red Bull et cherché un nouveau défi chez Ferrari. La monoplace 2015 de la Scuderia était meilleure que sa décevante devancière et Vettel a battu de peu son coéquipier Kimi Räikkönen pour s'emparer de la quatrième place sur la grille à Melbourne.
Vettel n'avait que peu de chances de l'emporter face au dominateur duo de Mercedes, composé de Hamilton et du futur champion Nico Rosberg, mais il est parvenu à dépasser la Williams de Massa lors de la phase d'arrêt aux stands, s'emparant ainsi de la troisième place. Il a conservé cette position jusqu'au drapeau à damier – un bon début pour son passage chez Ferrari étant donné l'avantage de Mercedes.
Vettel a même réussi à renverser l'ordre établi dès la course suivante, en se qualifiant deuxième derrière Hamilton en Malaisie, puis en battant les deux Mercedes en course. Deux autres victoires en Hongrie et à Singapour l'ont consacré comme le leader de Ferrari, Räikkönen n'étant plus considéré que comme un fidèle numéro deux.
Cependant, Vettel n'a jamais pu réaliser son ambition de remporter un championnat avec Ferrari.
Et pour Hamilton ?
Quels débuts pour Hamilton avec Ferrari ?
Photo de: Ferrari
Un schéma se dessine-t-il dans l'histoire des anciens champions qui tentent de retrouver la gloire dans la combinaison rouge ? Tout ce que l'on peut dire, c'est que les débuts chez Ferrari peuvent varier considérablement, même pour les meilleurs d'entre eux.
Certains, comme Fangio et Alonso, ont démarré en trombe avec des victoires. D'autres, comme Schumacher et Vettel, ont eu besoin de plus de temps pour trouver leur rythme. D'autres encore, comme Prost, ont été confrontés à des échecs immédiats qui laissaient présager de plus grandes déceptions.
Aujourd'hui, alors qu'Hamilton entame sa carrière chez Ferrari en 2025, la grande question demeure : ses débuts seront-ils un signe avant-coureur ?
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