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Le changement de pneus sous drapeau rouge fait (encore) débat

La façon dont les pilotes peuvent changer de pneus "gratuitement" lors des phases de drapeau rouge est de nouveau au cœur des débats depuis le Grand Prix de São Paulo, et ce pour diverses raisons.

George Russell, Mercedes F1 W15

Photo de: Zak Mauger / Motorsport Images

Le caractère particulier du changement de pneus "gratuit" autorisé par la règlementation sportive de la F1 et relative aux drapeaux rouges est depuis longtemps source de frustration pour les pilotes. Lorsque la situation se présente, comme ce fut le cas au Brésil il y a dix jours, mais aussi au Grand Prix de Monaco en mai, ceux qui se retrouvent piégés par le timing déplorent le caractère purement aléatoire de la situation.

À Monaco, tout le monde s'est demandé comment le choix de partir en pneus durs a été compromis par le drapeau rouge du premier tour, qui a permis à tous les pilotes qui s'étaient élancés en pneus mediums de passer directement aux pneus durs en économisant un arrêt.

À Interlagos, George Russell, Lando Norris et Charles Leclerc n'ont pu que constater ce qu'ils avaient perdu en passant à des pneus intermédiaires neufs alors que la pluie s'intensifiait, tandis que ceux qui ont continué à rouler dans des conditions délicates ont bénéficié d'un changement de pneus gratuit après l'accident de Franco Colapinto, qui a nécessité là aussi le drapeau rouge.

Le caractère aléatoire et le facteur réussite dans ce genre de contexte sont des éléments qui font l'objet de nombreuses critiques, mais personne n'a encore trouvé de solution plus équitable.

Max Verstappen et les pilotes Alpine ont été les grands bénéficiaires du drapeau rouge au Brésil.

Max Verstappen et les pilotes Alpine ont été les grands bénéficiaires du drapeau rouge au Brésil.

Photo de: Steven Tee / Motorsport Images

Lors du Grand Prix d'Arabie saoudite 2021, Norris était sixième en début de course lorsqu'il a dû s'arrêter sous régime voiture de sécurité, suite à l'accident de Mick Schumacher, ce qui l'a fait chuter à la 14e place. En théorie, il s'agissait de jouer le long terme, car ceux qui le précédaient et qui ne s'étaient pas arrêtés auraient dû le faire plus tard dans des conditions de course normales, ce qui leur aurait fait perdre plus de temps.

Cependant, son plan est tombé à l'eau lorsqu'un drapeau rouge a finalement été déployé, ce qui a permis à tous ceux qui le précédaient de s'arrêter librement et a laissé le Britannique bloqué en bas de la hiérarchie. À l'issue de la course, ses critiques étaient similaires à celles qu'il a formulées le dimanche soir après le Brésil.

"Bien sûr, je suis toujours du mauvais côté, et ça craint probablement plus pour moi que pour n'importe qui d'autre, mais je pense que c'est juste une règle très injuste qui devrait être supprimée", a-t-il déclaré. "Je pense qu'ils devraient la remplacer par un arrêt au stand obligatoire avec deux trains de pneus différents à utiliser, et alors je pense que ce serait acceptable. Mais cela gâche tout, pour être honnête. Vous faites tant d'efforts pour qu'ils soient réduits à néant à cause d'une règle stupide."

Si le côté injuste est ce qui agace le plus les pilotes, la dernière course en date à Interlagos a mis en lumière un autre facteur légèrement plus inquiétant.

Une question de sécurité

Il s'agit du fait que, dans une course humide comme celle d'Interlagos, où les conditions se dégradent et où un drapeau rouge peut être brandi, les pilotes sont presque encouragés à rester sur des gommes loin d'être parfaites bien plus longtemps qu'ils ne le souhaiteraient.

Oscar Piastri (McLaren), qui s'est arrêté sous régime de Virtual Safety Car déclenché par la sortie de Nico Hulkenberg, a déclaré que la pluie qui tombait avait rendu la piste dangereuse - mais les voitures de tête ont manifestement estimé qu'il valait la peine de prendre le risque de rester en piste.

"Je ne pense pas que nous nous attendions à ce qu'il pleuve autant et honnêtement, la partie la plus difficile de la course s'est déroulée derrière la voiture de sécurité, en essayant de rester sur la piste", a déclaré l'Australien.

"Je pense que cela a un peu mis en lumière le problème que nous avons - quand tout le monde espère un drapeau rouge mais refuse de passer aux pneus pluie. C'est une situation assez dangereuse d'avoir des voitures qui luttent littéralement pour rester sur la piste derrière la voiture de sécurité. Mais ce n'est pas vraiment nouveau. J'espère que nous pourrons au moins essayer de changer cela maintenant."

Les conditions étaient devenues extrêmes juste avant le drapeau rouge.

Les conditions étaient devenues extrêmes juste avant le drapeau rouge.

Photo de: Zak Mauger / Motorsport Images

Le vainqueur de la course, Max Verstappen, dont la victoire a été facilitée par la sortie du drapeau rouge, a admis que les choses étaient sur le fil du rasoir alors qu'il était resté en piste - mais il n'était pas question que le pilote Red Bull s'arrête.

"Quand certains sont passés au stand, la pluie arrivait, nous sommes restés en piste, ce qui était très limite", a expliqué le Néerlandais. "Et puis j'ai vu Esteban [Ocon] devant moi voler, quatre secondes au tour plus vite, et je me suis dit : 'Je suis juste content de garder la voiture sur la piste'. À un moment donné, j'ai pensé qu'il fallait un drapeau rouge. C'était tout simplement impossible à piloter, même avec des pneus pluie extrêmes."

Le directeur de l'équipe Ferrari, Fred Vasseur, qui avait fait rentrer Charles Leclerc au stand assez tôt, avant de le voir chuter dans le classement, a admis que le problème auquel les équipes sont confrontées est de parier sur le fait de rester sur la piste, sans sortir de piste. "Il est certain qu'au final, si vous restez sur la piste, en attendant le drapeau rouge, c'est la bonne décision", a-t-il déclaré. "Mais si vous sortez de la route, vous avez l'air stupide..."

Andrea Stella, le patron de l'équipe McLaren, a admis qu'avec l'aggravation des conditions, il y avait un aspect sécuritaire à la situation - et que même s'il y avait des gains à obtenir en restant en piste et en espérant un drapeau rouge, dans son esprit, il n'y avait qu'une seule ligne de conduite qui prévalait.

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S'exprimant au sujet des pilotes qui sont montés sur le podium brésilien, et qui sont tous restés en piste, Stella a déclaré : "Je les félicite pour leur décision. Mais personnellement, je ne suis pas très à l'aise à l'idée de laisser une voiture dont les pneus sont très usés avec une telle quantité d'eau. Sans le drapeau rouge, nous commenterions une course différente."

La solution pour empêcher les pilotes de prendre des risques et de continuer à rouler avec des pneus inadaptés consisterait théoriquement à ne pas autoriser le changement gratuit de pneus prévu par le règlement.

Si les pilotes savaient qu'un drapeau rouge ne leur permet pas de changer gratuitement de pneus, la décision serait basée uniquement sur le pneu le plus adapté aux conditions, et non pas sur le fait de parier sur la poursuite de la course lorsque les conditions sont trop difficiles dans l'espoir d'être sauvé par une interruption de l'épreuve.

L'accident de Franco Colapinto qui a amené le drapeau rouge au Brésil.

L'accident de Franco Colapinto qui a amené le drapeau rouge au Brésil.

Photo de: Andrew Ferraro / Motorsport Images

Mais les règles relatives au drapeau rouge sont en place pour des raisons de sécurité et non de compétitivité. Il est depuis longtemps admis que le changement de pneus doit être autorisé sous drapeau rouge en raison du risque de crevaison ou d'autres problèmes causés par les débris des accidents.

Obliger les pilotes à conserver leurs pneus alors qu'ils risquent de rouler sur de la fibre de carbone cassée ou d'autres pièces sur la piste, ou d'être eux-mêmes impliqués dans un accident, constituerait un risque incroyable pour la sécurité et il serait absurde de l'inscrire dans le règlement. Cependant, de nombreuses suggestions ont été faites par le passé pour améliorer les choses et les rendre plus équitables.

Des compromis à trouver ?

Une idée, qui fonctionnerait mieux pour les courses sur le sec afin d'éviter la possibilité d'un arrêt gratuit, serait d'autoriser les équipes à changer de pneus lors des arrêts, mais si elles le souhaitent, elles devraient le faire pour le même composé. Ce scénario permettrait d'éviter ce qui s'est passé à Monaco et de garantir que les pilotes qui se sont arrêtés pour changer de gomme en pleine course ne soient pas injustement sanctionnés.

Cependant, cela n'aurait pas permis d'éviter de pénaliser les pilotes au Brésil, car l'intermédiaire est en fin de compte le meilleur pneu pour la pluie - parce qu'au moment où le pneus pluie entre en action, la visibilité est normalement si mauvaise qu'il n'y a pas de course.

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Une autre idée pourrait être d'autoriser les équipes à changer de pneus s'ils sont endommagés, mais si elles le font, elles doivent reculer en fin de classement. De cette manière, il n'y aurait pas d'incitation à rester dehors plus longtemps que nécessaire dans des conditions délicates, car en fin de compte, s'il y a un drapeau rouge, le désavantage pourrait être plus grand si vous devez changer de pneus. Et si vous estimez que vous avez encore les bons pneus, vous pouvez les garder et vous arrêter plus tard.

On évoquera également la suggestion de Norris, après le Grand Prix d'Arabie saoudite 2021, de modifier les règles sportives pour exiger que chaque pilote effectue un arrêt obligatoire dans des conditions de course normales, indépendamment d'un drapeau rouge.

Toutes ces idées ont été discutées et les pilotes ont leur propre opinion sur ce qui peut être fait pour améliorer les choses - mais malheureusement, la F1 n'a jamais beaucoup fait avancer les choses.
Interrogé après Monaco pour savoir s'il avait un espoir de voir la règle du drapeau rouge réexaminée par les équipes et la FIA, Norris a répondu : "Je ne sais pas. Il y a beaucoup de choses qu'ils n'ont pas changées, probablement parce qu'ils n'écoutent pas les pilotes."

Cinq mois plus tard, ses paroles semblent toujours d'actualité.

VIDÉO - Le résumé du GP de São Paulo

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