Opinion
Formule 1 GP d'Espagne

Pourquoi Leclerc et Stroll auraient dû être punis après les EL3

Les contacts évitables et inutiles en EL3 de Charles Leclerc et Lance Stroll avec Lando Norris et Lewis Hamilton sont restés (quasiment) impunis après les désicions des commissaires F1, ce qui crée un dangereux précédent.

Charles Leclerc, Scuderia Ferrari

Photo de: Andrew Ferraro / Motorsport Images

Chanceux ? Un peu. Le fait que Charles Leclerc et Lance Stroll aient terminé les EL3 à Barcelone sans recevoir plus qu'une réprimande pour ce que l'on peut généreusement qualifier de "contact évitable" laisse un goût amer dans la bouche.

La fin de la dernière séance d'essais libres sur le circuit de Barcelona-Catalunya s'est déroulée dans un climat tendu, plusieurs pilotes se bagarrant exagérément pour une position sur la piste qui n'avait pas beaucoup de sens. Dans les faits, la séance était pratiquement terminée, mais le circuit s'est mis à ressembler à l'heure de pointe dans le centre ville de votre choix, et ce pour aucune raison apparente.

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Tout a commencé lorsque Stroll et Lewis Hamilton se sont rencontrés au virage 5 ; Stroll semblait avoir été gêné par Hamilton quelques virages plus tôt et a signalé que le pilote Mercedes "se pensait seul sur la piste". Hamilton a donc pris l'extérieur du virage serré à gauche pour laisser passer Stroll, mais le Canadien l'a ensuite suivi au large et est entré en contact avec lui, ce qui a endommagé son propre plancher.

Quelques instants plus tard, à quelques mètres de là, Leclerc a coupé devant Lando Norris à la sortie du virage 5. Le Monégasque était également frustré par Norris, qui s'était ensuite déporté vers l'intérieur de la piste pour le laisser prendre l'extérieur en vue du virage 6. Mais Leclerc a semblé se laisser aller sur la gauche, ce qui a provoqué plus d'un contact entre les deux pilotes.

Lewis Hamilton devant Sebastian Vettel lors du GP d'Azerbaïdjan 2017.

Lewis Hamilton devant Sebastian Vettel lors du GP d'Azerbaïdjan 2017.

Photo de: Sutton Images

Il semble que les deux manœuvres soient nées de la frustration. Elles ont plutôt un goût similaire au coup de roue intentionnel de Sebastian Vettel sur Lewis Hamilton lors du Grand Prix d'Azerbaïdjan 2017, l'Allemand étant furieux à l'idée que Hamilton ait pu le break-tester sous Safety Car. Cela avait valu à Vettel, à l'époque, une pénalité de 10 secondes de stop-and-go et trois points de sanction sur sa licence, de sorte qu'il existait manifestement un point de référence pour des incidents similaires.

Au lieu de cela, Leclerc et Stroll ont été réprimandés. Le message envoyé par les commissaires est donc le suivant : les pilotes sont tout à fait autorisés à heurter quelqu'un intentionnellement et ne reçoivent qu'une tape sur les doigts, tant qu'ils ne le font pas "dangereusement".

Les décisions des commissaires se lisent comme suit, en commençant par le contact de Stroll avec Hamilton : "Le pilote de la voiture 18 a déclaré qu'il avait été gêné par la voiture 44 dans le virage 5 et que cela l'avait contrarié. Il a admis avoir voulu exprimer son mécontentement à l'autre pilote en se portant à sa hauteur à la sortie du virage. Les deux voitures sont entrées légèrement en contact, de façon accidentelle. Cependant, les commissaires considèrent que la manœuvre de la voiture 18, même si elle n'est pas dangereuse, est erratique et infligent donc une réprimande au pilote, conformément aux précédents.

Cela ne tient pas la route. Stroll a admis avoir poussé Hamilton pour faire passer un message, ce qui a entraîné le contact. Dangereux ou non, il semble néanmoins qu'il s'agisse d'une tentative d'utiliser une voiture comme une arme, simplement pour soulager une frustration. Il s'agit d'une décision prise en fonction des conséquences, plutôt que de la cause. Personne n'a été blessé, alors "tout va bien".

Lance Stroll, Aston Martin F1 Team

Lance Stroll, Aston Martin F1 Team

Photo de: Zak Mauger / Motorsport Images

Quoi qu'il en soit, c'est un peu plus de l'ordre du 50/50 que l'incident Leclerc/Norris ; Stroll aurait pu simplement se défendre en disant qu'il avait été pris par le dévers ou qu'il avait braqué plus qu'il ne l'avait prévu, car ce sont là des situations tout à fait possibles dans ce virage. C'est très bien qu'il admette son intention, mais sa déclaration devrait faire l'objet d'une sanction plus sévère.

La décision des commissaires concernant le coup porté par Leclerc à Norris est encore plus flagrante et pourrait même provoquer quelques rires nerveux d'incrédulité face à ce que les fans de South Park pourraient qualifier de "défense Chewbacca" : "Le pilote de la voiture 16 a déclaré qu'il avait été gêné par la voiture 4 dans le virage 5 et que cela l'avait contrarié. Il a ensuite dû interrompre son tour lancé et a soutenu qu'en essayant de sortir de la trajectoire de course avant le virage 7, il a mal évalué la position de sa voiture et est entré légèrement en contact avec la voiture 4."

"Indépendamment de toute intention, les commissaires considèrent que le mouvement effectué par la voiture 16, sans être dangereux, est erratique et infligent donc une réprimande de pilotage en accord avec les précédents."

Leclerc roulait plus ou moins à pleine vitesse tandis que Norris s'était rangé à l'intérieur. Le Monégasque a alors regardé dans ses rétroviseurs au moment où il changeait de direction et s'est déporté. Au mieux, on pourrait dire qu'il pensait avoir dépassé Norris et qu'il était trop pressé de virer à gauche, mais c'est accorder beaucoup trop de crédit à cette situation.

Peut-être que le rasoir de Hanlon s'applique ici : "Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la bêtise suffit à expliquer", mais le fait de savoir que Norris était là et de choisir ce moment précis pour abandonner un tour qui était déjà condamné relève au moins d'une pointe de cynisme.

Leclerc a au moins tenu sa version des faits, déclarant qu'il s'agissait d'une "mésentente" et qu'il n'avait pas l'intention de provoquer de contact. "La version est très simple. Lando est sorti de la pitlane et j'étais derrière dans un tour d'attaque", a-t-il expliqué. "Ensuite, quand il a ralenti, j'ai aussi avorté [ma tentative], j'ai freiné pour être à côté de lui et j'ai fait une erreur d'appréciation, ce qui fait que je me suis retrouvé sur la droite."

"Je ne voulais pas gêner les voitures derrière et j'étais donc un peu au milieu en étant frustré et en regardant dans les rétroviseurs pour essayer de ne pas gêner et ensuite nous sommes entrés en collision mais c'était plus une mésentente qu'autre chose. Vous êtes toujours frustré quand cela vous arrive mais vous ne voulez jamais de contact, car évidemment en EL3, endommager la voiture est la dernière chose que vous voulez."

Charles Leclerc, Ferrari SF-24

Charles Leclerc, Ferrari SF-24

Photo de: Andrew Ferraro / Motorsport Images

Les sanctions ont deux rôles : celui de punir et celui de dissuader. Et comme il n'y a pas vraiment eu de sanction, les pilotes peuvent maintenant se laisser aller à leurs penchants les moins louables et forcer le contact entre eux, à condition que cela se produise en essais, qu'ils aient été bloqués auparavant et que le contact se produise à faible vitesse.

La Formule 1 n'est pas l'endroit pour jouer avec les contacts délibérés. Ce n'est pas un environnement où "frotter fait partie de la course". L'échange de peinture entre voitures de tourisme présente beaucoup moins de risques dans le contexte d'une carrosserie sans points d'accroche et de roues couvertes.

Si les roues se touchent en F1, il est probable que quelqu'un fasse un petit vol plané et avant un arrêt encore plus brusque. Un contact évitable est une chose et comporte son propre risque ; créer intentionnellement ce risque semble aller à l'encontre de toutes les mesures de sécurité croissantes présentes dans le sport automobile moderne.

Et ce ne sont que des essais libres. Il ne s'agit pas d'un dépassement pour la tête ou d'un ultime effort pour sauver le dernier point en jeu - il s'agit de quelques voitures qui participent à une séance d'essai de luxe. C'est tout simplement inutile.

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