Menacé chez Ducati, Bastianini éprouve "un sentiment étrange"
Enea Bastianini admet une certaine frustration après le GP de France, n'ayant pas pu se battre pour la victoire malgré sa vitesse, et ce dans le contexte de la menace qui pèse sur son guidon chez Ducati.
Alors que la pression se fait de plus en plus forte autour de la place qu'il occupe dans l'équipe officielle Ducati, Enea Bastianini admet un "sentiment étrange". L'Italien ne sait que trop bien à quel point la concurrence est forte et qu'il est même plutôt désavantagé face à Jorge Martín et Marc Márquez, pourtant il réalise un début de championnat bien meilleur que ce qu'il arrivait à prouver il y a un an.
Associé à Pecco Bagnaia depuis 2023, celui qui avait gagné quatre Grands Prix sous les couleurs du team Gresini a eu du mal à s'adapter à son nouveau poste. Surtout, il a subi les conséquences de plusieurs grosses blessures, dont une dès le coup d'envoi de la saison passée et dont il a eu du mal à se remettre. Mais sa victoire en Malaisie à l'automne dernier (son seul podium en 2023) et, surtout, son passage à la GP24 cet hiver lui ont indéniablement fait passer un cap.
Il n'en demeure pas moins que le vent tourne plutôt en faveur de la nomination d'une nouvelle recrue pour que Ducati ne perde pas les deux profils ultra compétitifs de Martín et Márquez, ce qui pousserait Bastianini à changer de constructeur avec un goût amer.
Questionné à la fin du GP de France sur ce qu'il éprouve en étant rapide et en se sentant malgré tout menacé, Enea Bastianini a répondu : "Le sentiment est étrange parce que j'ai la vitesse, mais parfois, il faut de la chance, parce qu'il faut tout assembler, et ça n'arrive pas en ce moment pour moi. Cela me met en colère mais je pense que Ducati a vu mon potentiel et ce que je peux faire. Ducati voit aussi ce que fait Jorge actuellement, il a gagné la course aujourd'hui, c'est un pilote très rapide et je sais que la décision de Ducati est très difficile."
À ce stade de la saison, Bastianini s'est systématiquement classé dans le top 5 des Grands Prix, avec notamment deux podiums à son actif, et il n'a manqué les points des sprints qu'à Jerez, où il est tombé comme bien d'autres.
À ses yeux, le test mené au lendemain du GP d'Espagne l'a encore fait progresser. "À Jerez, on a essayé de nouvelles solutions, dont une qui était très bonne pour moi. Depuis, je suis beaucoup plus rapide dès le départ, en pneus neufs comme en pneus usés, et j'étais confiant pour ce week-end. Au final, j'ai été rapide, mais il y a eu beaucoup d'erreurs pendant le week-end de course", a-t-il déploré au Mans, où sa vitesse s'est révélée évidente.
Une opportunité gâchée au Mans
Il était rapide au point de largement battre le record de la course, dimanche. Mais son week-end a été gâché par un ensemble de pépins, à commencer par une accession directe à la Q2 manquée pour un centième. Samedi, ses qualifications ont été perturbées par les drapeaux jaunes puis il s'est retrouvé sans carburant et a hérité de la dixième place sur la grille. Pendant le sprint, il a réussi à la transformer en quatrième position, à 4"7 du vainqueur sous le drapeau à damier. Dans la course longue, il a obtenu le même résultat à seulement 2"2 de la victoire, et ce en dépit d'une pénalité dont il a écopé après un dépassement ayant poussé Aleix Espargaró à sortir de piste.
Sans ce long-lap, Bastianini estime qu'il aurait lui aussi pu se mêler à la lutte offerte par les trois premiers : "Je ne sais pas si j'aurais gagné, mais à mon avis je me serais battu pour la victoire, oui, car j'avais un très bon rythme. Évidemment, comme toujours, quand je suis seul j'arrive à me donner un peu plus. Clairement, c'était dommage de ne pas pouvoir être dans la bagarre, je me serais amusé."
"Personnellement, ça m'agace de ne pas avoir pu me battre. C'est ça qui m'importe. Après, il est certain qu'il faut regarder l'avenir, voir ce qui va se passer, mais j'ai perdu une opportunité, elle a été gâchée", a-t-il ajouté lorsqu'il a été interrogé sur les implications de ce résultat pour son avenir.
Enea Bastianini a perdu gros avec un long-lap au GP de France.
Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images
Son patron aussi est convaincu que cette pénalité a masqué le réel potentiel du pilote. "La quatrième place d'Enea est un résultat important compte tenu de la pénalité qui lui a été infligée et sans laquelle, à mon avis, il aurait pu se battre pour la première place", a ainsi jugé Gigi Dall'Igna, "ce qu'il aurait mérité si l'on tient aussi compte du record qu'il a signé dans les derniers tours."
Face à une décision qui approche, une annonce étant attendue pour le GP d'Italie qui aura lieu dans deux semaines, Dall'Igna a tenu à préciser à la télévision italienne, au sujet de Bastianini : "Il est arrivé quatrième, mais ça n'est pas uniquement de sa faute, et je le sais bien. Nous en tiendrons compte parce que les chronos qu'il a faits, surtout en fin de course, sont vraiment bons."
Au championnat, le pilote italien figurait à la deuxième place après le sprint, puis il est descendu à la quatrième position dimanche, mais à seulement deux unités de Pecco Bagnaia et à égalité de points avec Marc Márquez, qui se trouve un cran devant désormais dans un classement qui ne s'est pas encore décanté. "On est tous très proches, à part Jorge qui a de l'avance", soulignait-il dès samedi. "On a toujours été compétitifs et c'est ce qui compte, de toujours être devant."
Avec Vincent Lalanne-Sicaud
VIDÉO - Le résumé du Grand Prix de France
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