Comment le plafond budgétaire empêche Red Bull de garder ses cadres
Le plafonnement des dépenses en F1 limite la capacité de Red Bull à conserver ses cadres.
Photo de : Mark Sutton
Christian Horner a expliqué comment la nouvelle réalité financière de la Formule 1, symbolisée par le plafond budgétaire, avait contribué à ce que Red Bull Racing ne puisse pas conserver certains de ses membres clés, à l'image de Jonathan Wheatley ou encore Will Courtenay.
En dépit de ses deux années marquées par une domination et des succès historiques, l'écurie autrichienne connaît depuis plusieurs mois des départs de poids de la part de techniciens qui ont trouvé leur bonheur ailleurs. Ainsi, son directeur technique en chef, Adrian Newey, va rejoindre Aston Martin en tant qu'associé, son directeur sportif, Wheatley, va devenir le directeur d'équipe de Sauber/Audi et son responsable de la stratégie, Courtenay, va prendre le chemin de McLaren en tant que directeur sportif.
Ces trois départs sont notables, au cours d'une saison marquée par de nombreuses turbulences pour Red Bull, que ce soit sur la piste ou en dehors. Même si de tels mouvements entre écuries n'ont rien d'exceptionnel en eux-mêmes, d'aucuns y vont vu dans ce contexte le signe d'une structure fragilisée qui peinait à conserver ses membres les plus fidèles.
Pour Christian Horner toutefois, c'est surtout le cadre posé par le plafond budgétaire et, de fait, la quasi impossibilité de faire de vraies contre-offres qui est en cause. En effet, les salaires de tout le personnel opérationnel d'une équipe comptent dans le cadre du plafonnement de dépenses, à l'exclusion des trois personnes les mieux rémunérées. Bien que l'identité de ces trois personnes ne soit pas rendue publique, il se murmure que ni Wheatley ni Courtenay ne faisaient partie du trio de tête chez Red Bull.
Jonathan Wheatley va prendre la tête d'Audi.
Photo de: Mark Sutton / Motorsport Images
Sur le sujet, Horner a déclaré : "Vous ne pouvez pas avoir [de dream team] parce que vous ne pouvez pas vous le permettre. Vous devez prendre en compte le rapport qualité-prix et cela vous oblige à prendre des décisions très difficiles."
"C'est difficile. Jonathan était un très bon directeur sportif, mais c'était un atout onéreux. Il faut donc peser le pour et le contre. Lorsqu'il a eu l'opportunité de passer chez Audi, on lui a dit : 'Tu sais quoi ? Je pense que tu devrais accepter ce poste en raison de la manière dont les règles sont faites. Nous sommes limités dans notre champ d'action et dans ce que nous pouvons faire pour toi ici. Donc, si tu as l'opportunité d'aller de l'avant et de gagner beaucoup plus d'argent, fais-le'."
Horner assure comprendre totalement ce qui peut motiver les cadres de son équipe à partir, surtout s'il s'agit pour eux de décrocher un poste plus haut placé qui n'était pas libre chez Red Bull tout en bénéficiant d'un meilleur salaire. Une situation qui a comme avantage de libérer des rôles au sein de l'organisation, permettant de faire monter en grade d'autres employés qui auraient pu se sentir bloqués par des figures intouchables et chercher ailleurs.
"Jonathan est ici depuis longtemps et il a eu une opportunité de devenir directeur d'équipe. Ce n'était pas possible ici, et son rôle devenait de plus en plus unidimensionnel. Il était toujours sur un circuit. Il est passé à autre chose et cela permet à d'autres de prendre naturellement le relais. Il faut savoir évoluer."
"C'est la même chose avec Will Courtenay et la stratégie. Il est ici depuis 20 ans. Nous avons discuté d'autres rôles au sein du groupe. McLaren lui a proposé un poste plus important avec un salaire très élevé, et à partir de ce moment-là, il faut dire : 'Vas-y, bonne chance'."
Red Bull n'a pas pu faire de contre-offre à ses cadres démarchés par la concurrence.
Photo : Erik Junius
"Mais en même temps, cela donne l'occasion à Hannah Schmitz de gravir les échelons, alors que si elle n'avait pas eu cette opportunité, elle aurait été une cible de choix pour d'autres. Dans toute organisation, il y a des évolutions. Nous avions un taux de rotation de moins de 5%, ce qui signifie qu'il y a une grande loyauté au sein de l'équipe."
"Lorsque je suis arrivé ici en 2005, nous avons réuni une fantastique équipe", a ajouté Horner. "Si je regarde du côté du bureau d'ingénierie, en particulier côté piste, par rapport à l'époque où nous gagnions avec Sebastian Vettel et Mark Webber entre 2010 et 2013, je pense qu'il n'y a que trois personnes qui étaient là à ce moment-là, sur les 25 qui sont probablement côté piste."
"Il y a Paul Monaghan [l'ingénieur en chef], qui est toujours avec nous. Michael Manning, qui est toujours avec nous et qui s'occupe de tous les départs, et probablement juste Jonathan et Will qui étaient aussi là. Hannah était diplômée de l'université de Cambridge à l'époque. Mais dans le reste de l'équipe - les ingénieurs de course, les ingénieurs contrôle, etc. -, tout évolue, et c'est ce qu'il faut dans toute organisation."
Puis il a ajouté : "Nous vivons dans un monde où les dépenses sont plafonnées, où la F1 est très différente de ce qu'elle était il y a encore cinq ans, où 90% de notre temps est consacré à la question suivante : 'que pouvez-vous vous permettre de faire dans le cadre du plafond ?' Avec les 140 millions de dollars que vous devez dépenser, chaque centime doit être utilisé très judicieusement. Et bien sûr, au fil des ans, les grandes équipes ont parfois un peu de 'gras'. Le plafond budgétaire a permis d'améliorer l'efficacité."
Avec Jonathan Noble
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