Le drapeau rouge, une solution pour éviter les arrivées sous Safety Car ?
Relancé par le Grand Prix de Grande-Bretagne, le débat sur les arrivées de GP sous Safety Car ne manque pas de susciter des idées pour tenter de favoriser les fins de course sous drapeau vert, dont celle d'utiliser le drapeau rouge pour assurer un final spectaculaire.
Photo de : Simon Galloway / LAT Images via Getty Images
Cela a beau être une situation qui se présente rarement en Formule 1, même à l'époque des calendriers à rallonge, elle crispe encore beaucoup d'observateurs et de spectateurs, comme on l'a vu suite au final du GP de Grande-Bretagne. La question des fins de course sous Safety Car, quand la neutralisation de l'épreuve conduit à un franchissement de la ligne d'arrivée sous la forme d'une "vraie" procession, implique souvent des critiques plus ou moins sévères de la part des amateurs de "spectacle" jusqu'au bout.
C'était un questionnement qui existait auparavant mais, évidemment, difficile de ne pas voir sur ce sujet l'ombre toujours présente du Grand Prix d'Abu Dhabi 2021 de F1 où, au nom de ce fameux spectacle, des règles pourtant claires avaient été bafouées par la direction de course pour parvenir à offrir à une saison qui n'avait pourtant pas manqué de piment, un dernier tour au moins aussi polémique qu'historique à une course qui aurait dû s'achever sous Safety Car.
Si l'on se place dans la perspective d'instances censées en premier lieu respecter le règlement - contrairement à 2021 donc -, la problématique est complexe, car les situations ne sont pas toujours simples à appréhender. Comme souvent, il est étonnant de constater que certains spectateurs ou observateurs pourtant à cheval sur une F1 qui ne cède pas au tout spectacle seraient enclins à faire tomber toutes les barrières pour transformer ces fins de course-là en un show sur un, deux ou trois tours.
Il n'est à cet égard pas tout à fait étonnant que l'une des options envisagées, au moins dans les discussions, soit de contourner le problème : si la procédure de Safety Car (et notamment le fait de devoir faire revenir des retardataires dans le tour) prend trop de temps pour garantir que la course se termine sous drapeau vert, alors pourquoi ne pas simplement interrompre totalement la course via le drapeau rouge ?
Depuis quelques années, en sus, le drapeau rouge donne la possibilité à la direction de course de relancer l'épreuve par un départ arrêté. Ce serait évidemment, et à peu de frais, un moyen d'offrir un véritable "sprint" sur quelques tours, avec toutes les chances d'un final spectaculaire, voire chaotique, avec en tête les exemples des GP d'Azerbaïdjan 2021 et d'Australie 2023.
"Si je prends l'exemple de Silverstone, lorsque cet incident s'est produit, il était très probable que nous terminions la course derrière la voiture de sécurité", déclarait ainsi Ayao Komatsu, le directeur de Haas, à Spa. "Dès qu'il s'est produit, si nous avions brandi le drapeau rouge - d'accord, le problème aurait été le changement de pneus [autorisé sous régime de drapeau rouge], mais tout le monde aurait changé de pneus -, au moins nous aurions pu disputer trois ou quatre tours de course. C'est bien mieux que de terminer derrière la voiture de sécurité."
"Ensuite, je trouve que cette procédure de retour des retardataires dans le tour prend beaucoup trop de temps. Si la voiture de sécurité tente de remettre les voitures dans le tour à ce moment-là, vous allez assurément perdre un ou deux tours de plus. Donc, je ne sais pas. Personnellement, je ne prétends pas avoir raison. Dans cette situation, à Silverstone, si nous avions brandi le drapeau rouge dès que cet incident s'est produit, je pense que les spectateurs auraient pu profiter d'au moins deux ou de quelques tours de course."
"En temps normal, s'il ne reste plus que quatre tours, on ne relance pas la course. Même avec cinq tours, c'est, disons, à la limite. Je suppose donc qu'il faut peser le pour et le contre. Il reste cinq tours, il reste six tours : au lieu de faire intervenir la voiture de sécurité, si l'on brandit le drapeau rouge, quel est l'inconvénient ? Même dans le cas une situation controversée, quelle que soit l'année où cela s'est produit, ça ne poserait pas non plus problème. Car si l'on brandit le drapeau rouge, tout le monde changerait de pneus. C'est donc probablement la bonne façon de procéder. Et cela permet d'offrir du spectacle aux spectateurs."
Le drapeau rouge, potentiel instrument de spectacle ?
Un commissaire agite un drapeau rouge
Photo de: Mark Sutton / Motorsport Images
Il y a toutefois une interrogation presque philosophique : le Safety Car, tout comme le drapeau rouge, sont des instruments de sécurité. Certes, de fait, ils contribuent accessoirement à relancer le spectacle artificiellement puisqu'ils abolissent les écarts en resserrant le peloton, voire relancent totalement la course en cas de nouveau départ.
Mais ce n'est là qu'une conséquence de leur utilisation et, normalement, pas une cause. Acter que le drapeau rouge soit utilisé pour garantir une fin de course sous drapeau vert, n'est-ce pas là le risque de le dévoyer ?
Le cas de Silverstone cette année, qui a relancé ce débat, est particulièrement éclairant. La sortie de piste de Max Verstappen en fin de course n'avait rien d'une situation où le drapeau rouge doit être brandi : non seulement l'incident, qui impliquait la seule Red Bull, s'était terminé dans le bac à gravier loin de la trajectoire de course, mais il s'agissait d'une sortie de piste sans contact contre les barrières ne nécessitant donc pas d'intervention particulière pour la santé du pilote, ni de vérification desdites barrières, ni de nettoyage de débris.
Utiliser le drapeau rouge dans ce type d'incident ne serait alors justifié que pour des raisons de spectacle, soit l'antithèse de sa vocation. Avec le risque d'en diluer la portée et même, si l'on pousse la logique - ce que la fin du GP d'Australie 2023 avait déjà illustré -, d'aggraver les risques en termes de sécurité.
Pourquoi brandir le drapeau rouge dans cette situation, si c'est pour créer dix autres problèmes en essayant de remédier à un incident qui ne se produit qu'une fois toutes les 50 courses ?
Interrogé sur le sujet, le pilote Audi Gabriel Bortoleto estime qu'il y a là une limite à ne pas franchir : "Je pense qu'il faut clarifier les choses concernant le drapeau rouge. Il est important, selon moi, que le drapeau rouge soit brandi lorsqu'un accident grave se produit. Il ne faut pas se concentrer uniquement sur le spectacle pour mener la course à son terme."
"Nous avons 70 tours, dont 60 de course [sous drapeau vert]. C'est suffisamment de spectacle et suffisamment de tours. Si un grave accident se produit en fin de course, je suis tout à fait d'accord pour qu'on brandisse le drapeau rouge, car il s'agit d'une question de sécurité."
"Mais s'il s'agit d'un incident mineur, comme ce qui est arrivé à Max - qui n'a même pas eu d'accident, il est simplement sorti dans les graviers -, je ne vois pas pourquoi on brandirait le drapeau rouge juste pour essayer de faire trois tours de course supplémentaires."
"Je pense qu'il faut réserver le drapeau rouge aux accidents graves, à une défaillance structurelle des barrières de sécurité ou à des incidents de ce type. Les drapeaux jaunes [ou Safety Cars], quant à eux, sont destinés à ce genre d'incidents."
"Car dès que l'on commence à procéder ainsi, tout devient confus et d'autres problèmes apparaissent. Pourquoi brandir le drapeau rouge dans cette situation, si c'est pour créer dix autres problèmes en essayant de remédier à un incident qui ne se produit qu'une fois toutes les 50 courses ?"
Injuste et illogique ?
Le GP de Monaco avait été interrompu au drapeau rouge en raison de problèmes sur la piste.
Photo de: Jayce Illman / Getty Images
Directeur de l'Association des pilotes de Grand Prix (GPDA), George Russell se dit partagé sur le sujet. Pour lui, outre la question de la pertinence d'un drapeau rouge suivant le type d'incident, il y a aussi un aspect de justice sportive à prendre en compte, tout autant qu'une question d'importance réelle de cette question face au nombre de cas où la situation d'une course qui s'achève sous Safety Car se présente.
"Je suis partagé sur la question : est-il juste qu'un pilote qui dispose d'une avance de 20 secondes voie la course neutralisée [interrompue, plus exactement] par un drapeau rouge alors qu'il ne reste plus que trois tours ? Je pense que s'il reste 25% ou 30% de la course et qu'un drapeau rouge est brandi, on peut peut-être l'accepter, mais s'il ne reste que trois tours et qu'un drapeau rouge est brandi, comme à Melbourne en 2023..."
"Je n'apprécie pas non plus que la course se termine sous voiture de sécurité, mais à quand remonte la dernière fois ? Est-ce que c'était à Abu Dhabi, en 2021 [la course s'était au contraire terminée par un tour sous drapeau vert, comme nous l'évoquions plus haut] ?"
En sus, le Britannique ne manque pas de souligner un grand paradoxe de ce débat : si une partie du public, au nom du spectacle, réclame une fin de course sous drapeau vert dans le cas d'une intervention d'une Safety Car, il y a fort à parier que - si le Safety Car n'avait jamais eu à intervenir - il y aurait bien eu un final sous drapeau vert mais sans aucune chance de final spectaculaire.
"J'adorerais que la course se termine par un grand moment fort, mais s'il n'y avait pas d'incident, il n'y aurait de toute façon pas de moment fort dans ces dernières phases de la course. C'est donc un peu un sujet de niche et il n'y a pas encore eu de discussions majeures à ce sujet."
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