Opinion

Formule 1

Hamilton, la pire saison avant son plus grand défi

En rejoignant Ferrari, Lewis Hamilton s'est offert un ultime défi de taille en Formule 1. Mais au vu de sa saison 2024, le challenge semble encore plus relevé.

Fabien Gaillard

Publié: 31 déc. 2024, 07:38

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Lewis Hamilton, Mercedes-AMG F1 Team

Photo de : Steve Etherington / Motorsport Images

Quand la future arrivée de Lewis Hamilton chez Ferrari a été annoncée, c'est un véritable séisme qui a secoué le monde de la Formule 1. Cette alliance des deux plus grands palmarès de la discipline, parfois évoquée par le passé mais qui paraissait d'autant plus improbable que le Britannique touche à la fin de sa carrière, a immédiatement suscité un engouement et des attentes énormes.

Au-delà d'une union aux allures de "dream team" - une dream team toutefois constituée d'une Scuderia encore loin de ses grandes heures et d'un Hamilton quadragénaire quand il prendra son premier départ en rouge -, les points d'intérêts étaient déjà légion au soir du 1er février 2024, quand Ferrari confirmait laconiquement la rumeur.

Hamilton a-t-il fait le bon choix ? Fallait-il privilégier Ferrari à Mercedes avant même d'avoir roulé dans la W15 ? Comment va-t-il s'intégrer à la Scuderia, lui qui n'a jamais connu autre chose que des écuries basées en Angleterre et des moteurs Mercedes ? Comment va se passer la cohabitation avec le pur produit Ferrari qu'est Charles Leclerc ? Le Britannique peut-il aller chercher ce fameux huitième titre dans l'écurie de l'autre septuple champion du monde de la discipline, Michael Schumacher ? 

Ces questions et d'autres, vous les avez sûrement vu, lu, entendu dans les premiers jours ou semaines suivant l'annonce. Certaines auront, par la force des choses, trouvé des réponses, d'autres demeurent évidemment ouvertes, mais il est clair que plus de dix mois après, beaucoup d'autres se sont ajoutées, et pas forcément les plus agréables à poser. Car entretemps, il y a eu la campagne 2024. 

Lewis Hamilton après sa sortie de piste au début de la course du GP des États-Unis.

Lewis Hamilton après sa sortie de piste au début de la course du GP des États-Unis.

Photo de: Zak Mauger / Motorsport Images

Pour beaucoup d'observateurs et de fans de F1 de longue date, il était relativement simple, avant cette campagne, de pointer la pire saison de Hamilton en discipline reine. En 2011, en effet, le Britannique l'avait certes emporté à trois reprises mais, au volant d'une McLaren qui était la seconde voiture du plateau sans être véritablement capable de rivaliser sur la durée avec la Red Bull, il avait multiplié les erreurs (et notamment une série d'accrochages avec Felipe Massa) et n'avait jamais semblé vraiment dans son assiette sur le plan personnel.

D'autres parleront de 2022, sa première saison sans victoire, battu par George Russell au championnat, mais à bien des égards cette année-là, en sus au sortir de l'injuste finale de la saison 2021, était bien moins brouillonne et Hamilton bien plus combatif.

L'année 2024 est encore un cran au-dessus de ces deux saisons dans la difficulté car outre les résultats en berne avec son pire classement au championnat du monde pilotes - ce qui ne veut pas forcément dire grand-chose vu que la Mercedes était clairement la quatrième voiture de la saison au global -, les performances et l'attitude globale ont été loin des standards du Britannique. On le sait plus sensible sur le plan mental que d'autres pilotes, mais il aura tour à tour été suspicieux, désabusé, fataliste, apathique, allant même jusqu'à dire en fin de saison qu'il doutait de sa capacité à être encore rapide en qualifications avant de se rétracter, tout en expliquant avoir hâte d'en finir...

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Si d'aucuns se retrancheront derrière les deux victoires de Silverstone et de Spa et derrière les quelques autres bons Grands Prix qui peuvent se compter sur les doigts d'une main - sur une saison de 24 épreuves, c'est peu -, on pourra rétorquer que son équipier a souvent démontré, notamment en fin de saison, qu'il y avait clairement d'excellents résultats à aller chercher en alignant tout.

Aussi, la question qui se pose est désormais celle qui finit par frapper à la porte de tous les grands sportifs professionnels passé un certain âge : Hamilton est-il encore réellement capable d'être à son meilleur niveau sur une saison complète ? Même si notre époque connaît une sorte de retour en arrière sur la question de l'âge des sportifs après le jeunisme exacerbé des 2000-2010, tous ne sont pas faits du même bois. D'aucuns diront que Fernando Alonso démontre n'avoir rien perdu de sa superbe ; reste qu'en étant honnête, l'Espagnol a le triste "avantage" de n'avoir que rarement entre les mains la voiture et à ses côtés l'équipier pour démontrer si c'est réellement le cas.

Lewis Hamilton, Mercedes-AMG F1 Team, s'essuie après la qualification

Lewis Hamilton

Photo de: Glenn Dunbar / Motorsport Images

En vérité, savoir si l'alliance entre Ferrari et Hamilton va connaître le succès - quelle que soit la forme que cette réussite pourrait prendre - repose peut-être actuellement plus sur Hamilton que sur Ferrari. On se gardera bien de tirer des plans sur la comète, mais au vu de la fin de saison en trombe du côté de Maranello, force est de constater qu'à quelques jours du début de leur collaboration, c'est surtout sur la capacité du septuple champion du monde à être à la hauteur de ce défi que l'on s'interroge.

À titre personnel et avant même la saison, j'ai toujours estimé que des trois parties impliquées dans ce "transfert", c'est d'assez loin la Scuderia qui risquait le plus gros. Pour Mercedes, au vu de son niveau de compétitivité actuel, le départ de Hamilton dans ces conditions est quasiment une aubaine : faute de disposer d'une voiture qui permette de jouer les titres, autant - comme l'a d'ailleurs souligné Toto Wolff lui-même - ne pas avoir le pénible rôle de pousser le Britannique vers la sortie dans une phase de transition avant 2026. Pour Hamilton, à ce stade de sa carrière, ce défi est presque trop beau pour être vrai et, sur le plan personnel, il n'a pas grand-chose à perdre ni à prouver à le relever. Si les choses se passent mal, ce sera bien entendu pénible, mais si la relation ne vire pas dans l'acrimonie la plus totale, l'excuse toute trouvée sera celle de son âge.

En revanche, outre la question financière, Ferrari recrute un pilote de 40 ans, un septuple champion du monde en droit d'espérer non pas un traitement de faveur mais au moins un traitement égal, dont la dernière lutte pour le titre remonte à 2021, dont les émotions sont parfois à fleur de peau et qui sort d'une saison difficile. Si Frédéric Vasseur pense que cela s'explique par la sensibilité d'un pilote qui a parfois pu perdre confiance en son lien avec Mercedes, reste que la même logique pourrait s'appliquer chez Ferrari où il faudra en sus bâtir ce lien sous une pression particulièrement forte.

Terminons en rappelant que, même si ces moments ont été assez rares dans la saison, Hamilton a montré qu'il avait encore en lui le feu sacré dès lors que les conditions étaient réunies, qu'importe l'adversité. Et puis, bien entendu, nous ne pouvons pas non plus exclure la dimension psychologique d'avoir su, très rapidement, que la Mercedes n'était pas à la hauteur de la concurrence et la longue attente de son transfert chez Ferrari dans ses performances et son attitude ; ce ne serait pas la première ou la dernière fois qu'une telle situation se produirait.

Mais indubitablement, l'on se dit au sortir de cette année qu'arriver au sein d'une telle écurie, avec un tel équipier et dans un tel contexte constitue sans doute un défi encore plus important que la plupart de ceux que Hamilton a connus dans sa carrière, le tout alors que cette dernière est à son crépuscule. Et c'est sans doute là l'adversaire ultime du Britannique, le seul qu'il ne peut pas battre : les outrages du temps qui passe.

VIDÉO - Les adieux de Lewis Hamilton aux usines Mercedes de Brixworth et Brackley

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