Couvé par Alonso, apprécié par Verstappen : qui est vraiment Gabriel Bortoleto ?
Rookie discret en début de saison, Gabriel Bortoleto s'est révélé lors des Grands Prix de l'été. Motorsport.com l'a rencontré pour mieux le connaître.
Photo de : Andy Hone/ LAT Images via Getty Images
Il n'est pas facile pour un pilote de Formule 1 d'avoir pleinement conscience de son histoire sportive sur le moment. Beaucoup ne se sont penchés sur leur vécu qu'une fois leur carrière terminée, avec une prise de conscience tardive, non dénuée de regrets. Gabriel Bortoleto fait figure d'exception. Ses 20 ans transparaissent, comme il se doit, mais n'empêchent pas une lucidité surprenante, amenant à penser que c'est un jeune homme bien plus mûr que son âge.
En moins de deux ans, Gabriel Bortoleto a changé son histoire sportive et probablement aussi sa vie. Le 2 septembre 2023, il remportait le titre de Formule 3, et le 6 novembre de l'année suivante, Stake Sauber annonçait sa signature comme pilote titulaire.
"Je suis un garçon heureux, reconnaissant pour ce que je vis et pour les opportunités que j'ai eues", explique-t-il à Motorsport.com. "J'ai plusieurs amis qui auraient pleinement les capacités de mériter une chance en Formule 1, des gars talentueux qui feraient tout pour être dans la position où je suis aujourd'hui, et c'est une chose à laquelle je pense souvent. Cela me pousse à travailler dur, à donner le maximum dans tout ce que je fais pour profiter pleinement de l'opportunité qui m'a été donnée."
La seule chose à faire était de se retrousser les manches.
Gabriel Bortoleto a changé de dimension depuis quelques courses.
Photo de: Guido De Bortoli / LAT Images via Getty Images
À l'âge de 12 ans, il a quitté le Brésil pour Desenzano sul Garda, en Italie, où il a connu une carrière fructueuse en karting avant de passer en monoplace. Ce fut un parcours non dénué d'obstacles.
"Il y a eu des moments difficiles. En 2022 (sa deuxième saison en Formula Regional), j'ai eu plusieurs problèmes de moteur, mais ce sont des choses qui ne sont pas rendues publiques. À ce moment-là, j'ai compris que la seule chose à faire était de se retrousser les manches et d'essayer de rattraper le terrain perdu là où c'était possible."
"Ça ne servait à rien de chercher des excuses, et aujourd'hui, avec le recul, je réalise que cette situation m'a rendu plus fort, en tant que pilote et en tant que personne. J'ai mis toute mon énergie dans les aspects que je pouvais améliorer, j'ai dû gagner des dixièmes là où c'était possible, et je pense avoir grandi. J'en ai eu la confirmation lorsque les problèmes techniques ont été résolus. Une fois tout réglé, j'ai commencé à gagner et la fin de saison a été très bonne."
"Mais la confirmation la plus importante est venue lors de mon tout premier test au volant d'une F3. Je suis allé à Jerez avec l'équipe Trident. Je n'avais jamais piloté une voiture avec une telle puissance auparavant, c'était une première pour moi et… je me suis retrouvé en tête avec une demi-seconde d'avance sur mon plus proche rival. Tout est venu naturellement, du ressenti avec la voiture à la relation avec les ingénieurs, et ce jour-là, j'ai compris que je pouvais très bien faire, ce qui s'est confirmé la saison suivante lorsque j'ai remporté le titre."
Fernando Alonso aux côtés de Gabriel Bortoleto.
Photo de: Sam Bloxham / LAT Images via Getty Images
Confirmant le rôle clé qu'a joué 2022 dans la carrière de Gabriel Bortoleto, Fernando Alonso fait son apparition, souhaitant l'intégrer à son équipe de management A14.
"Fernando est arrivé mi-2022, et ce fut une étape très importante, une grande valeur ajoutée. En 2023, je suis arrivé en F3 et j'ai couru pour la première fois lors des week-ends de Formule 1. Quand je suis arrivé pour la première fois sur le circuit, j'ai réalisé que j'allais courir sous les yeux de toutes les grandes écuries de F1, alors j'ai demandé beaucoup de conseils à Fernando sur la gestion du week-end de course, la pression, les attentes et beaucoup d'autres choses."
"On pourrait penser que quelqu'un d'aussi occupé que lui n'aurait pas le temps, mais je peux confirmer qu'il l'a toujours trouvé, quitte à sacrifier ses pauses, et je trouve sa volonté d'aider très admirable et, bien sûr, une grande valeur."
De McLaren à Audi, en passant par la F2
Gagner accélère les processus. Soudain, Gabriel Bortoleto devient l'un des jeunes pilotes à surveiller de près.
"Après un excellent début de saison 2023, avec deux victoires lors des deux premières courses principales, un jour j'ai reçu un coup de fil d'Emanuele Pirro. J'avais travaillé en F4 avec son fils Goffredo, qui était mon ingénieur, mais je n'avais jamais eu l'occasion de rencontrer Emanuele et je n'étais même pas au courant du rôle qu'il occupait chez McLaren à l'époque, à savoir responsable du programme jeunes."
"Je me souviens très bien de cet appel et j'ai vraiment été surpris. Emanuele s'est révélé être une excellente personne. Il a fallu un certain temps pour préparer le contrat, mais au final, j'ai été le premier pilote à rejoindre officiellement le programme."
Gabriel Bortoleto est passé par le programme junior de McLaren.
Photo de: Simon Galloway / Motorsport Images
Gabriel Bortoleto a continué à gagner, surprenant probablement même McLaren, qui s'est retrouvée à l'automne dernier avec le champion de Formule 2 dans ses rangs, sans pouvoir lui garantir un avenir à court ou moyen terme.
"McLaren a toujours été très transparente avec moi, ils ont précisé qu'ils ne seraient pas un obstacle si j'avais une opportunité de courir en Formule 1. Après ma victoire en F2, ils n'avaient pas de place disponible : Oscar [Piastri] et Lando [Norris] sont jeunes, très forts et sous contrat à long terme. Alors, lorsqu'ils ont entendu parler de cette opportunité chez Sauber, ils ont tenu parole et m'ont libéré."
Cela représente une belle occasion. Mattia Binotto porte son attention sur Gabriel Bortoleto, avec une année 2025 prévue comme une saison de transition avant l'arrivée officielle d'Audi, un scénario idéal pour qu'un jeune pilote fasse ses débuts. Le Brésilien décroche le dernier baquet disponible à l'issue d'un marché des pilotes marqué par de nombreux changements et l'arrivée de quatre rookies. Sur le papier, il y a un risque de se retrouver dans des situations difficiles, et le début de saison semble confirmer ce pronostic.
"Le début de championnat n'a pas été facile. Au sein de l'équipe, ma contribution a toujours été jugée positivement, mais après deux titres consécutifs, me retrouver à me battre en fond de grille a été mentalement difficile à accepter. L'ambition est toujours difficile à maîtriser, mais ensuite, course après course, la situation s'est beaucoup améliorée et je me suis retrouvé dans le top 10, ce qui a été une sensation formidable !"
Quand j'ai vu Nico lever le trophée, je me suis dit : 'OK, je vais tout donner, je veux y être moi aussi'.
Gabriel Bortoleto félicite Nico Hülkenberg à Silverstone.
Photo de: Andy Hone / LAT Images via Getty Images
Sauber progresse, et Gabriel Bortoleto progresse avec l'équipe. Le scénario est idéal, avec peu de pression, des attentes modestes et une excellente ambiance en interne.
"Je suis confiant. Je pense que nous avons une bonne voiture. Peut-être qu'il ne sera pas possible de viser les points sur tous les circuits, mais je pense que nous serons dans le coup sur la plupart. Par rapport au début de saison, nous avons fait un grand pas en avant. Il y a eu des moments où nous étions en fond de grille, mais maintenant, la situation s'est nettement améliorée."
Avec l'arrivée des premiers résultats, les projecteurs se sont aussi davantage braqués sur lui, révélant qui se cachait humainement derrière le pilote. Le grand public a découvert pour la première fois son enthousiasme, son plaisir sincère à piloter une Formule 1 et à être là où il a toujours rêvé d'être. Son bonheur en voyant son coéquipier Nico Hülkenberg entrer dans l'histoire à Silverstone, en montant sur son podium après 239 Grands Prix, n'est pas passé inaperçu. Sous ce podium, à célébrer, il y avait Gabriel Bortoleto.
"Nico est quelqu'un de génial, et un excellent pilote. Quand il a franchi la ligne en troisième position à Silverstone, c'était très émouvant. Il m'aide beaucoup. J'ai appris et j'apprends encore beaucoup de lui, et quand on a de bonnes relations avec quelqu'un, je pense qu'il est naturel de partager une partie de sa joie, donc c'est venu naturellement d'aller sous le podium pour célébrer avec lui."
"Il a fait une très belle course, pris les bonnes décisions et obtenu un résultat mérité, et je voulais être là, à cet instant, pour le fêter. Quand j'ai vu Nico lever le trophée, je me suis dit : 'OK, je vais tout donner, je veux y être moi aussi'. Cette image m'a motivé."
Moins préparé... mais sacrément bosseur
L'expérience de 2022 a façonné le caractère de Gabriel Bortoleto. Il est de loin le rookie qui est arrivé en Formule 1 avec le moins de kilomètres d'essais à son actif, mais ce n'est pas quelque chose qu'il met en avant. Il n'en parle que lorsqu'une question précise lui est posée.
"Avant cette saison, j'ai roulé une demi-journée avec McLaren lors d'un test qu'ils m'ont offert après la victoire à Monza, et lors des essais de fin de saison à Yas Marina, quand j'étais déjà pilote Sauber. Puis cette année, le nombre de kilomètres disponibles avec les monoplaces TPC a été limité. J'ai fait un test, mais il pleuvait ce jour-là, donc c'était sur piste mouillée."
"Disons qu'au total, j'ai commencé la saison avec deux jours d'essais. Si j'avais eu plus de kilomètres, j'aurais été davantage prêt, plus préparé, mais dans mon cas, c'était pareil en F2 et en F3. Au final, il n'y a pas d'excuses, il faut faire du mieux possible avec ce qu'on a."
Max Verstappen est proche de Gabriel Bortoleto.
Photo de: Peter Fox / Getty Images
Les médias ont également découvert son amitié avec Max Verstappen. Quand ils se croisent dans le paddock, il y a toujours un moment pour une accolade et une discussion. Lors de la parade des pilotes le dimanche, ils sont souvent ensemble et les moments de complicité ne manquent pas.
"Une amitié est née grâce à notre passion commune pour le simracing. Nous avons commencé début 2023, j'étais dans ma première saison de F3 et Max m'a beaucoup aidé avec le simulateur, en me suggérant quoi essayer, quels réglages faire, etc. Nous nous retrouvons en ligne, lui chez lui, moi chez moi, on joue, on discute… un peu de tout."
Dans un univers de la Formule 1 qui prête beaucoup d'attention aux familles des pilotes, un autre aspect unique chez Gabriel Bortoleto apparaît. Lors des week-ends de course, il est accompagné de son coach performance et de son manager, et ce n'est que rarement que d'autres personnes intègrent son cercle proche.
"Mes parents aimeraient vraiment me suivre sur les courses, mais ils sont très occupés au Brésil. Mon père gère le championnat de Stock Car et a beaucoup à faire. Cette année, nous avons introduit une nouvelle voiture et il y a beaucoup de travail. Rubens (Barrichello), Felipe (Massa) et bien d'autres pilotes courent dans ce championnat."
"Mon père a toujours été un grand passionné, mais lorsqu'il était jeune, il n'avait pas beaucoup d'argent, donc il est parti de rien. Quand le Grand Prix de Formule 1 se tenait à Interlagos, il aidait les VIP à descendre des hélicoptères et les accompagnait jusqu'à l'entrée du paddock. C'était pour lui une façon d'être au circuit, puisqu'il ne pouvait pas s'offrir un billet en tribune. Il m'a transmis sa passion, et nous avons fait nos premiers pas en karting. Nous avions un rêve qui semblait inatteignable, mais maintenant, son fils court en Formule 1, et j'espère qu'il pourra bientôt venir sur le circuit pour la première fois."
Après avoir vécu à Milan de 2023 à 2024, Gabriel Bortoleto a laissé son logement à Rafael Camara pour s'installer à Monaco.
"Malheureusement, je n'ai pas beaucoup de temps libre. En plus des déplacements pour les week-ends de course, j'aime passer du temps avec l'équipe à l'usine d'Hinwil. Je pense que c'est important, surtout quand on est rookie et qu'il y a beaucoup à apprendre et à assimiler."
La route est encore longue, mais il a déjà atteint un premier objectif important. Il était le rookie le moins observé, mais après ses 14 premiers Grands Prix, il est devenu un centre d'intérêt majeur grâce à trois arrivées dans le top 10 lors des quatre dernières courses.
Tout cela en attendant 2026 qui, peu importe ce que dira la hiérarchie technique, verra Gabriel Bortoleto devenir pilote officiel du projet Audi F1.
"C'est difficile, voire impossible, de faire des pronostics. Nous ne saurons pas où nous en sommes avant de commencer à rouler sur la piste. Il faudra être prêt à se battre pour les podiums ou les points. On verra."
Tout cela avec le sourire, confirmant qu'on peut travailler dur sans oublier ses origines et sans considérer comme acquise sa place dans un club très convoité qui ne compte actuellement que vingt membres. À cet égard, Gabriel Bortoleto est déjà une valeur ajoutée pour la Formule 1, mais on a le sentiment que son histoire ne fait que commencer.
Gabriel Bortoleto (Stake Sauber).
Photo de: Rudy Carezzevoli / Getty Images
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