La seule façon équitable (ou pas) de régler le casse-tête du Grand Prix de Monaco
La Formule 1 s'est engouffrée dans une impasse : quelle que soit l'issue finale du Grand Prix de Monaco après tous les appels et réexamens, quelqu'un en sortira mécontent. Mais existe-t-il au moins un moyen d'aboutir à un résultat raisonnablement équitable ?
Photo de : Andrej Isakovic / AFP via Getty Images
C'est un véritable classique de la Formule 1, n'est-ce pas ? Ce championnat bâti sur la perfection et la précision, mesurée au millième près au sens propre comme au figuré, a sombré dans le chaos à cause d'une minuscule erreur représentant à peine quelques dizaines de centimètres : 77 exactement.
La demande de droit de révision déposée par Alpine concernant le résultat du Grand Prix de Monaco a débouché sur une issue quelque peu inattendue, même si celle-ci est devenue presque inévitable après l'aveu de Formula One Management. Assurant également le rôle de fournisseur officiel du système de chronométrage du championnat, la FOM a reconnu que le dispositif de mesure de vitesse dans la voie des stands fonctionnait de manière incorrecte.
Cependant, la décision des commissaires de rétablir la troisième place de Pierre Gasly en annulant ses deux pénalités a laissé de nombreuses personnes dans le paddock sous le choc, ou au moins perplexes, tant ce nouveau classement du Grand Prix de Monaco ne paraît pas réellement plus juste. À certains égards, elle a même produit l'effet inverse.
Le podium finalement attribué à Gasly ressemble à une récompense accordée parce que plusieurs de ses rivaux – contrairement à lui – ont réagi à des pénalités qui apparaissent désormais comme erronées. Et ils ont finalement été pénalisés pour cela.
Il n'est donc guère surprenant que d'autres équipes – Red Bull, McLaren et Mercedes – dont les pilotes semblent aujourd'hui être les grands perdants de l'affaire, explorent différentes pistes pour obtenir réparation.
Il y a toutefois un problème : parvenir à une conclusion reflétant une forme de justice pour tout le monde est impossible. Il n'existe littéralement aucune solution idéale pour sortir de cette situation. La question est désormais de savoir s'il existe un moyen de corriger également les autres pénalités, comme cela a été fait pour Gasly.
On peut soutenir qu'il existe une solution particulièrement épineuse : réduire les temps de course des pilotes affectés par ces pénalités erronées dans le classement final. Préparez-vous : cela va devenir compliqué. Et hautement spéculatif.
Dans ce qui ne peut désormais être décrit que comme le "classement provisoirement définitif du Grand Prix de Monaco", Gasly figure au troisième rang avec un temps total de 2h23'51"612, à 20"369 du vainqueur, Kimi Antonelli. Isack Hadjar est quatrième à 3"025 du pilote Alpine, tandis qu'Oscar Piastri suit à 0"867 derrière. George Russell reste 12e à 43"353 d'Antonelli et, surtout, à 19"959 d'Hadjar. Ce sont précisément les positions dans lesquelles ils ont franchi la ligne d'arrivée.
Mais avec les dix secondes ajoutées pour ses deux pénalités, Gasly avait d'abord été classé septième. Après le succès de la demande de révision d'Alpine, il a récupéré ces dix secondes. Piastri et Russell, eux, n'ont rien récupéré. Le premier avait déjà purgé sa pénalité pendant la course, tandis que le second avait tenté de le faire, avait échoué et avait reçu une nouvelle sanction en conséquence.
Dans leur décision finale concernant Alpine, les commissaires ont précisé : "Les commissaires notent que d'autres voitures ayant reçu des pénalités les ont effectivement purgées, ce qui a malheureusement affecté leurs stratégies de course et donc leur résultat final. Il subsistera inévitablement des interrogations quant à savoir si ces infractions étaient réelles."
"Aucun règlement ne donne aux commissaires le pouvoir d'annuler une pénalité déjà purgée. En tout état de cause, il est difficile d'imaginer comment un tel pouvoir pourrait être appliqué. Il convient également de noter qu'aucune autre partie n'a demandé un droit de révision dans les délais réglementaires."
Le mot "malheureusement" est particulièrement approprié.
Officiellement, il n'a pas été établi que les pénalités infligées à Piastri ou Russell étaient injustifiées. Les commissaires de Monaco n'avaient à examiner que le cas de Gasly, Alpine étant la seule équipe à avoir demandé une révision.
Ainsi, l'aveu du fournisseur du système de chronométrage concernant l'erreur dans le dispositif de la voie des stands n'a offert aux commissaires qu'une base juridique pour réexaminer les pénalités de Gasly, et non celles des autres pilotes.
Pierre Gasly (Alpine)
Photo de: Sam Bagnall / Sutton Images via Getty Images
La logique laisse néanmoins entendre que si Gasly a été sanctionné pour excès de vitesse sans avoir réellement dépassé la limite dans les stands monégasques, alors les pénalités de Piastri et Russell ont elles aussi été infligées à tort. Mais ni McLaren ni Mercedes ne les ont contestées à l'époque.
Pourtant, l'issue de la révision obtenue par Alpine les a évidemment laissées perplexes. Car si les pénalités de Gasly sont désormais annulées, comment justifier que les autres pilotes restent sanctionnés ? C'est sans doute l'aspect le plus fascinant de toute cette affaire. Si le résultat de la course repose sur des données erronées, peut-on réellement rétablir la position d'un pilote sans corriger les conséquences subies par tous les autres ?
Le débat est intéressant : une solution plus équitable est-elle encore possible, notamment pour les pilotes qui ont adapté leur course à des pénalités qui n'auraient peut-être jamais dû exister ? Une réponse potentielle consisterait à réduire leur temps total de course à hauteur du temps perdu à cause de ces pénalités. À quoi cela ressemblerait-il ?
Piastri a effectivement perdu une position face à Gasly uniquement parce que McLaren a décidé de faire rentrer l'Australien une seconde fois aux stands, vraisemblablement afin d'éviter qu'une pénalité de cinq secondes ne soit ajoutée à son temps final.
Il s'est arrêté sous Safety Car après l'accident de Lance Stroll, est resté immobilisé cinq secondes et a ainsi purgé sa sanction. Mais cette décision a permis à Gasly de passer devant au classement réel, Alpine ayant choisi de ne pas s'arrêter. Si l'on retire ces cinq secondes du temps de course de Piastri, il passe immédiatement devant Hadjar et Gasly au classement. Serait-ce juste ? Pas totalement.
Il était devant Gasly avant de purger sa pénalité, mais restait derrière Hadjar. Ce dernier deviendrait alors une victime collatérale d'une situation qu'il n'a en rien provoquée. Cela satisferait-il McLaren ? Très probablement. Est-ce précisément ce que réclame l'équipe dans son appel ? Cela reste encore flou.
Isack Hadjar (Red Bull) devant George Russell (Mercedes) à Monaco.
Photo de: Andy Hone/ LAT Images via Getty Images
Le cas Russell serait encore plus complexe. Sa pénalité initiale de cinq secondes s'est transformée en drive-through après que Mercedes a mal exécuté sa procédure pendant la course. Et cette pénalité est intervenue dans des circonstances particulièrement défavorables, puisque Russell a dû l'effectuer immédiatement après le nouveau départ arrêté consécutif au drapeau rouge.
Cependant, un passage du règlement sportif fournit au moins un point de référence intéressant. Il s'agit de l'article B1.9.6.c.iii, qui traite des situations où un pilote n'a pas le temps de purger sa pénalité avant la fin de l'épreuve.
Le texte précise : "Si une telle pénalité n'est pas purgée avant la fin de la TTCS [Total Time Classified Session], trente (30) secondes seront ajoutées au temps du pilote concerné dans le cas d'une pénalité Stop-and-Go, ou vingt (20) secondes dans le cas d'une pénalité Drive-Through."
C'est probablement l'argument le plus solide sur lequel Mercedes pourrait s'appuyer. Russell a effectivement purgé une pénalité qui n'existait que parce qu'une première sanction – elle-même potentiellement erronée – n'avait pas été correctement exécutée.
Et selon les propres règlements de la FIA, une pénalité drive-through équivaut à vingt secondes. Si l'on restitue ces vingt secondes à Russell dans le classement final, il se retrouve juste devant Hadjar... avec seulement 0"041 d'avance !
Il convient de rappeler que deux autres pilotes avaient également été sanctionnés pour la même infraction de vitesse dans la voie des stands : Lewis Hamilton et Franco Colapinto.
Hamilton a purgé sa pénalité de la même manière que Piastri. Colapinto, comme Gasly, ne l'a pas fait et a été rétrogradé après l'arrivée à la 14e place au lieu de la 12e qu'il occupait sur la piste. Rendre cinq secondes à l'un ou l'autre ne modifierait pas significativement le classement. Hamilton resterait deuxième, son retard final sur Antonelli étant encore de 6"271. Colapinto resterait hors du top 10.
Isack Hadjar (Red Bull) sur le podium du GP de Monaco.
Photo de: Sam Bagnall / Sutton Images via Getty Images
Selon cette logique, le classement final deviendrait le suivant : Antonelli et Hamilton conserveraient les deux premières places, Piastri remonterait troisième devant Gasly, Hadjar chuterait au sixième rang, tandis que Russell grimperait cinquième. Liam Lawson, Arvid Lindblad, Alex Albon, Esteban Ocon et Fernando Alonso reculeraient chacun d'une position.
Ce serait évidemment le scénario idéal pour Mercedes, Russell inscrivant dix points au lieu de zéro après un week-end catastrophique. Cela modifierait également légèrement la lutte pour le titre.
Sacré casse-tête, n'est-ce pas ? Et à l'heure actuelle, pratiquement personne dans le paddock ne sait comment cette histoire va se terminer.
Aucune procédure réglementaire claire ne permet d'appliquer simplement tous ces ajustements potentiels, notamment parce qu'il n'existe aucun précédent et que trop de questions restent sans réponse. Mais une chose devient de plus en plus évidente : l'attribution du podium monégasque à Gasly a généré beaucoup trop de mécontentement dans le paddock.
Un problème fondamental demeure concernant l'attribution de ce trophée au Français – qu'il n'a d'ailleurs toujours pas reçu, Red Bull refusant, selon plusieurs sources, de le remettre tant que l'affaire n'est pas définitivement tranchée. Si la révision du résultat du Grand Prix de Monaco visait à rendre justice – ce qui devrait théoriquement être l'objectif –, alors le simple rétablissement de sa troisième place à l'arrivée n'a peut-être que peu de rapport avec cette ambition.
Personne ne conteste que Gasly a réalisé une course remarquable. Être le meilleur des autres en qualifications constituait déjà une excellente performance. Dépasser Lando Norris au départ et se placer en position de jouer un gros résultat l'était tout autant. Mais cela ne change rien au fait que si le système de chronométrage avait fonctionné correctement, il n'aurait probablement jamais été en mesure de viser le podium.
Le restart du GP de Monaco.
Photo de: Andrej Isakovic / AFP via Getty Images
Gasly évoluait nettement derrière Russell, Piastri et Hadjar avant que les pénalités ne commencent réellement à influencer le déroulement de la course. Pourtant, il s'est retrouvé devant les trois au classement final. Pas étonnant que cette décision ait provoqué autant de surprise. Et Piastri a parfaitement résumé la situation à Barcelone.
"C'est très difficile de savoir ce qui est juste. Ils ont reconnu qu'il y avait eu un problème dans la voie des stands. Mais quand cinq ou six voitures sont pénalisées pour cela... Moi non plus je n'étais pas en excès de vitesse. Et ensuite, on modifie une pénalité sans avoir la possibilité de modifier toutes les autres. Cela crée une situation extrêmement compliquée pour tout le monde. Nous avons évidemment manifesté notre intention de faire appel."
"Pour moi, ce n'est même pas vraiment une question de points. Je pense simplement que ce n'est pas ainsi que nous devrions traiter ce genre de situations. Et cela crée un précédent très gênant. Désormais, cela encourage à finir à la position souhaitée sur la piste, sans purger les pénalités, puis à en débattre plus tard. Au lieu d'avoir le résultat de la course tel qu'il devrait être."
Il est impossible de prédire la suite des événements. À ce stade, pratiquement aucune solution ne semble totalement exclue, même celle évoquée avec humour par un membre du paddock consistant à simuler la course avec l'intelligence artificielle pour recalculer le résultat sans les pénalités.
Blague à part, de nombreuses incertitudes subsistent quant à la manière dont McLaren, Red Bull et Mercedes peuvent défendre leur position pour contester le résultat. Des questions demeurent également sur l'existence même d'une voie juridique permettant encore de modifier le classement, plus d'une semaine après l'arrivée à Monaco. Et même dans ce cas, combien de temps cette affaire peut-elle encore durer ?
Car parmi les parties concernées, personne ne s'accorde réellement sur la solution à adopter. Mercedes et McLaren privilégieraient probablement une compensation via une révision des temps de course. Red Bull préférerait sans doute que la réintégration de Gasly soit tout simplement annulée, permettant à Hadjar de conserver son podium.
Oscar Piastri (McLaren) au GP de Monaco.
Photo de: Anni Graf - Formula 1 via Getty Images
Dans le cas de Russell, une complication supplémentaire existe : les équipes rivales pourraient faire valoir que sa pénalité drive-through découle avant tout d'une erreur de communication de Mercedes, qui n'a pas correctement exécuté la sanction initiale.
Malgré tout, un scénario dans lequel tous les pilotes concernés recevraient une forme de compensation n'est pas totalement exclu, ce qui signifie que le podium de Monaco pourrait encore changer. Se pourrait-il qu'au lieu d'envoyer le trophée de la troisième place à Enstone, Red Bull soit finalement contraint de l'expédier à Woking ?
Un problème demeure cependant incontournable : une fois que les stratégies, les arrêts aux stands et les positions en piste ont été influencés par des pénalités fondées sur des données erronées, il n'existe tout simplement aucun moyen de reconstituer ce qu'aurait réellement été le déroulement de la course.
Et cela soulève une question évidente : comment tout cela peut-il avoir le moindre sens ?
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