Mekies : "Mon rôle n'est pas de modifier Red Bull, c'est de protéger son ADN"
S'exprimant auprès de Motorsport.com à l'aube d'une nouvelle ère ambitieuse pour Red Bull Racing et son tout nouveau programme moteur, le directeur de l'équipe Laurent Mekies a détaillé l'approche qu'il entend adopter pour prendre la relève de Christian Horner.
Photo de: Sam Bloxham / LAT Images via Getty Images
Autosport
Magazine, analyses, opinion : découvrez le contenu premium d'Autosport.
Cet article est issu du contenu réservé aux abonnés d'Autosport et vous est offert. Pour accéder à davantage d'analyses et informations exclusives, vous pouvez souscrire un abonnement en cliquant ici.
Il y a sept mois, l'éviction de Christian Horner, au lendemain du Grand Prix de Grande-Bretagne, a surpris tout le paddock, Laurent Mekies le premier. Le Français de 48 ans dirigeait alors avec sérénité l'écurie sœur Racing Bulls, où il formait un tandem solide avec le PDG Peter Bayer.
Mais lorsque l'appel de la direction de Red Bull est arrivé pour lui confier les rênes de Red Bull Racing, l'une des deux équipes les plus titrées des vingt dernières années en Formule 1, l'opportunité était impossible à ignorer.
Reprendre en pleine saison les commandes d'une organisation de 2000 personnes, réparties entre le département châssis et le programme moteur, constituait déjà un défi colossal. S'inscrire dans l'héritage immense laissé par son prédécesseur, Christian Horner, en était un autre. Laurent Mekies a choisi d'aborder cette transition avec méthode, patience et humilité.
"Lors des premiers jours, je n'arrêtais pas de me répéter : prends ton temps avant de te faire une opinion", a-t-il confié dans une interview exclusive avec Motorsport.com lors des essais de pré-saison à Bahreïn. "Pas seulement sur les personnes, mais aussi sur la manière dont les choses sont faites ici. Je savais qu'au bout de quelques mois, la situation serait plus claire, et c'est exactement ce qui s'est passé."
Laurent Mekies dans la pitlane lors des essais de Bahreïn.
Photo de: Red Bull Content Pool
"Chaque jour, on se sent un peu plus en contrôle, simplement parce qu'on connaît mieux les gens et qu'on comprend davantage les dynamiques internes", a ajouté Mekies. "Comme je l'ai dit, je me suis efforcé d'appréhender la réalité Red Bull sans la filtrer à travers mes expériences passées, en essayant d'ouvrir au maximum mon champ de vision."
"L'équipe a été fantastique. Elle venait de traverser un changement d'époque, et pourtant j'ai été accueilli de manière incroyable. Après quelques mois, j'ai compris que mon rôle n'était certainement pas de modifier les fondations de l'équipe, mais de protéger son ADN compétitif : ici, tout est fait pour rendre la voiture plus rapide. Le reste importe peu."
Fort de son expérience, Mekies s'appuie sur un CV particulièrement solide, jalonné de passages chez Minardi, Toro Rosso, la FIA puis Ferrari, avant un retour à Faenza. À son arrivée à Milton Keynes en juillet 2025, il a découvert une équipe qui, vue de l'extérieur, semblait traverser une zone de turbulences, en quête de solutions à ses problèmes de performance, tandis que les spéculations se multipliaient autour de son leader Max Verstappen et de son avenir au sein de l'écurie.
Avec en ligne de mire la révolution réglementaire de 2026 - et ce que Mekies lui-même avait qualifié de défi "insensé", à savoir la conception et la production par Red Bull de son propre moteur - la tentation aurait pu être grande de reléguer 2025 au second plan afin de se projeter pleinement vers la nouvelle ère.
"Il aurait été facile de dire : 'concentrons-nous sur 2026'", a souligné Mekies. "Toutes les conditions étaient réunies pour tourner la page et repartir d'une feuille blanche. Nouveau règlement, premier moteur conçu en interne, nouveau directeur d'équipe et d'autres changements à la tête de l'organisation."
"Mais c'est exactement l'inverse qui s'est produit. Personne, absolument personne, n'a voulu abandonner. C'est l'esprit de compétition de ce groupe. Chacun a tout donné et, à partir de Monza, un autre championnat a commencé. C'est pour cela que je dis, pour revenir à la question initiale, que mon rôle est de protéger ces talents et de leur offrir le meilleur environnement de travail possible."
Laurent Mekies lors des essais de Bahreïn.
Photo de: Sam Bloxham / LAT Images via Getty Images
Au-delà de sa discrétion naturelle, le redressement de Red Bull en fin de saison 2025 a mis en lumière une évolution notable sous l'impulsion de Mekies. Son profil d'ingénieur l'a conduit à inciter l'équipe à questionner certaines certitudes et à accorder davantage de crédit aux sensations et aux retours de Max Verstappen, plutôt que de s'en remettre quasi exclusivement aux données chiffrées.
Mekies a toujours relativisé son influence dans la spectaculaire remontée de Verstappen en fin de saison 2025, le Néerlandais ayant échoué à seulement deux points d'un retour qui aurait pu marquer l'histoire de la discipline.
Mais le pilote comme plusieurs cadres de l'écurie ont salué le regard neuf apporté par leur nouveau directeur sur une organisation grippée, qui continue de s'appuyer sur nombre des cerveaux à l'origine de sa domination, malgré les départs de figures majeures telles qu'Adrian Newey et Rob Marshall.
Le rôle de Verstappen va bien au-delà du pilotage
Le partenariat naissant entre le pilote vedette et son directeur d'équipe a débuté sous les meilleurs auspices, même si la saison 2026 s'annonce comme un défi de taille pour Red Bull.
"C'est fantastique", a déclaré Mekies avec un sourire. "Max incarne le sport automobile dans tout ce qu'il représente. Il n'y a pas un seul détail qui lui échappe. Ce qu'il fait au volant, tout le monde le voit. Mais de l'intérieur, on mesure son extraordinaire sensibilité technique et sa compréhension totale de ce sport, qui vient sans doute du fait qu'il a baigné dedans toute sa vie."
"Il a une vision sans limite ; son rôle dépasse largement celui de pilote. C'est une véritable force motrice pour tous ceux qui travaillent sur le projet et il joue un rôle clé dans l'ensemble du système. Il est impliqué dans tous les aspects : lorsque nous prenons des risques, lorsque nous traversons des moments difficiles, dans chaque décision. Dans un changement réglementaire aussi radical que celui-ci, il représente une valeur ajoutée immense."
Isack Hadjar et Laurent Mekies dans le paddock du Grand Prix d'Italie.
Photo de: Mark Thompson - Getty Images
Aux côtés de Max Verstappen, la révélation de la saison 2025, le rookie Isack Hadjar occupe désormais le fameux deuxième baquet de l'écurie, longtemps perçu comme maudit. L'arrivée des monoplaces entièrement nouvelles offre à Hadjar, Mekies et à leur équipe une occasion unique de briser cette malédiction une bonne fois pour toutes.
Le succès reposera en grande partie sur les épaules du jeune Français de 21 ans, qui, selon Mekies - après l'avoir observé chez Racing Bulls - montre déjà des signes très encourageants.
"Jusqu'à présent, il a tout fait correctement, en montrant la bonne approche tant au niveau de l'engagement que de la personnalité", a confié Mekies à propos de sa jeune recrue française. "Il a immédiatement déménagé en Angleterre, il est présent au siège de Milton Keynes tous les deux jours, et il vit en étroite collaboration avec l'équipe. Entre les deux tests de Sakhir, il est retourné au simulateur, il ne laisse rien au hasard."
Des pronostics un peu trop négatifs pour le moteur ?
Les nouveaux moteurs de Red Bull, conçus sur son campus sous la bannière Red Bull Ford Powertrains, ont déjà surpris amis et rivaux en se montrant à la fois fiables et performants lors des essais de pré-saison. Un signe très encourageant après les inquiétudes initiales quant à une année 2026 potentiellement transitoire pour l'équipe.
Horner et Red Bull ont-ils été trop pessimistes concernant la première saison du moteur DM01 ? "Je ne pense pas que les attentes étaient mauvaises", a répondu Mekies. "Partons d'un point crucial : au niveau de l'installation où notre unité de puissance a été conçue et construite, il y a un peu plus de trois ans, il n'y avait rien d'autre qu'un champ. Tout a été bâti à partir de zéro, en identifiant et en recrutant pas moins de 700 personnes, et tout le groupe a dû se structurer et apprendre à travailler ensemble."
" Quand, à 9h le premier jour des tests à Barcelone, la voiture est sortie du garage, je pense que c'était un moment historique. Ce groupe mérite tous les honneurs pour ce qui est véritablement un exploit extraordinaire. Mais une seconde plus tard, nous étions déjà concentrés sur les retours et sur le chemin à parcourir, qui reste encore immense."
"Nous savons tous que, même avec un départ exceptionnel, nous affrontons des géants du sport automobile avec une expérience immense. Nous avons gravi la première montagne, mais une autre nous attend. Nous sommes ici pour nous battre, pour l'instant un peu derrière les trois autres meilleures équipes, mais prêts à tout donner pour les rattraper."
Max Verstappen lors des essais de Bahreïn.
Photo de: Guido De Bortoli / LAT Images via Getty Images
Red Bull semble prête à aborder l'ère 2026 dans le peloton de tête, aux côtés des trois autres meilleures équipes de la grille, même si l'écurie s'attend à se situer derrière Mercedes et Ferrari, dans une position proche de celle de McLaren.
Et bien qu'il soit presque impossible de faire des pronostics face au rythme de développement que devront suivre les équipes, l'ingénieur qu'est Laurent Mekies se dit enthousiasmé par le potentiel offert par le nouveau règlement, ainsi que par le savoir-faire et le pedigree de Red Bull.
"En tant que passionné de sport automobile, j'ai hâte de voir l'évolution technique que nous allons observer sur la piste, tant du côté de l'unité de puissance que du châssis", a-t-il confié en avant-goût de la saison. "Nous sommes à la veille de l'un des cycles de développement les plus intenses jamais connus, et c'est ce qui me fascine le plus."
"Pour l'instant, nous avons également constaté certains points critiques, notamment concernant la recharge de l'unité de puissance, mais l'histoire nous montre que les équipes de Formule 1 ont une capacité incroyable à résoudre les problèmes, et c'est l'un des aspects les plus fascinants de ce sport."
"Je pense que l'évolution entre la première et la dernière course de la saison sera trois à quatre fois plus importante que ce que nous avons observé l'an dernier."
Propos recueillis par Roberto Chinchero
Partager ou sauvegarder cet article
Abonnez-vous pour accéder aux articles de Motorsport.com avec votre bloqueur de publicité.
De la Formule 1 au MotoGP, nous couvrons les plus grands championnats depuis les circuits parce que nous aimons notre sport, tout comme vous. Afin de continuer à vous faire vivre les sports mécaniques de l'intérieur avec des experts du milieu, notre site Internet affiche de la publicité. Nous souhaitons néanmoins vous donner la possibilité de profiter du site sans publicité et sans tracking, avec votre logiciel adblocker.
Meilleurs commentaires