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Comment le VSC a fait basculer le GP d'Espagne de Lando Norris

Un VSC déployé au pire moment lors du Grand Prix d'Espagne a privé Lando Norris d'une victoire qui lui semblait promise. Alors qu'il menait la course avec une confortable avance, le Britannique a vu Kimi Antonelli lui ravir le succès. Voici comment tout s'est joué et les explications de McLaren.

Lando Norris, McLaren

Deux secondes. C'est l'écart entre le moment où Lando Norris a dépassé l'entrée des stands du Madring et celui où la voiture de sécurité virtuelle (VSC) a été déployée, mettant fin à ses espoirs de victoire au Grand Prix d'Espagne. Une victoire que Kimi Antonelli a finalement récupérée.

Norris avait porté son avance sur Antonelli à 6"2 au début du 14e tour et semblait parfaitement maîtriser la course en tête après avoir pris le dessus au terme d'un premier tour particulièrement mouvementé. Après le départ, le leader du championnat avait alors mis le Britannique sous pression, avant de tirer tout droit dans les virages 1 et 5.

Ce qui semblait être les prémices d'une victoire facile pour Norris a été complètement bouleversé par l'arrêt de Lance Stroll dans le virage 20, à la fin du tour. La pédale de frein de l'Aston Martin s'était progressivement enfoncée, contraignant finalement le Canadien à immobiliser sa voiture dans l'échappatoire.

Voici, étape par étape, ce qui s'est passé et pourquoi Norris a manqué l'occasion de profiter d'un arrêt aux stands à moindre coût sous VSC.

15h26 - L'arrêt de Stroll dans le virage 20

Lance Stroll (Aston Martin Racing)

Lance Stroll (Aston Martin Racing)

Photo de: Alex Bierens de Haan / LAT Images via Getty Images

À ce moment-là, Lance Stroll avait signalé qu'il n'avait déjà quasiment plus de freins, un problème qui avait également touché Lewis Hamilton quelques tours plus tôt. Dans le cas du pilote Ferrari, sa monoplace ne parvenait plus à suffisamment ralentir à l'approche des virages et le septuple champion du monde avait dû lever le pied avant de ramener sa voiture aux stands.

Ferrari ne souhaitait pas compromettre la stratégie de Charles Leclerc, qui prévoyait de conserver ses pneus durs jusqu'à la fin de la course, d'où la consigne donnée à Hamilton de rentrer aux stands. Stroll, lui, n'avait pas cette contrainte. Le Canadien a toutefois fait son possible pour faciliter l'intervention des commissaires en immobilisant sa voiture juste devant leur poste, parvenant à la positionner à proximité de l'ouverture dans les barrières afin qu'elle puisse être évacuée.

Le drapeau jaune a été agité au moment où Lando Norris sortait du 14e des 22 virages qui composent la piste. À ce stade, rien n'indiquait réellement qu'une voiture de sécurité virtuelle allait être déclenchée. Là encore, il était sans doute envisagé que l'Aston Martin de Stroll puisse être rapidement évacuée par les commissaires.

"Avec le recul, ça aurait été une bonne idée [de rentrer aux stands préventivement], mais nous devrons analyser cela avec mes ingénieurs pour voir si, dans ces circonstances, il était vraiment évident que cela allait déboucher sur un VSC", a expliqué le directeur de McLaren, Andrea Stella.

"Le problème, ici, c'est qu'il faut être extrêmement prudent car on perd 27 secondes si l'on ne s'arrête pas sous VSC. Donc si vous vous trompez, les conséquences sont énormes : vous êtes en tête, vous vous arrêtez pour rien et, soudain, vous avez perdu la victoire.

"Je pense donc qu'une bonne règle consiste à réagir à ce qui est un fait, à la situation réelle sur le circuit. Mais nous allons évidemment examiner si, dans ces circonstances, il était simplement évident qu'un VSC allait être déclenché."

15h27 - Le VSC est déclenché

Kimi Antonelli (Mercedes), Max Verstappen (Red Bull) et Lando Norris (McLaren).

Kimi Antonelli (Mercedes), Max Verstappen (Red Bull) et Lando Norris (McLaren).

Photo de: Federico Basile

Lorsque Norris est passé devant la voiture de Lance Stroll, le drapeau jaune était toujours agité. McLaren a choisi de ne pas réagir préventivement et le leader a franchi les virages 21 et 22, les deux derniers du Madring.

Dès que Norris est sorti de la dernière courbe, le VSC a été déclenché. Selon les calculs de McLaren, il est arrivé seulement deux secondes trop tard pour permettre au Britannique de rentrer aux stands.

Kimi Antonelli, qui était alors à 6"3 de Norris, a eu suffisamment de temps pour recevoir l'ordre de rentrer, tout comme Max Verstappen et George Russell. Pour Antonelli et Verstappen, cela leur a permis de remplacer respectivement leurs pneus mediums et tendres par des pneus durs et ainsi de rallier l'arrivée sans nouvel arrêt.

Norris était donc contraint de rester en piste au moins un tour supplémentaire, avec le risque important que le VSC se termine trop rapidement pour lui permettre de bénéficier à son tour de cet arrêt "gratuit", alors que le long passage par la voie des stands du Madring coûte en effet environ 30 secondes à vitesse normale.

15h29 - Norris s'arrête après la fin du VSC

Lando Norris (McLaren)

Lando Norris (McLaren)

Photo de: Rudy Carezzevoli / Getty Images

Antonelli et Verstappen ont repris la piste derrière Charles Leclerc, qui était lui aussi resté en piste, la neutralisation étant intervenue trop tôt dans la course pour qu'il puisse prendre le risque de passer des pneus durs à une autre gomme. Si Norris avait pu profiter du VSC pour s'arrêter, il serait probablement ressorti devant la Ferrari.

Lando Norris a été informé qu'il rentrerait de toute façon aux stands, que le VSC soit toujours en vigueur ou non. Celui-ci a justement pris fin alors qu'il abordait le virage 21, et le Britannique a immédiatement plongé dans la voie des stands. Il a effectué son unique arrêt pour chausser les pneus durs, mais un nouveau problème est venu compliquer sa course : la roue avant droite a mis du temps à être retirée, ajoutant quelques secondes à son arrêt.

Nous prenons note du fait qu'il y a beaucoup de travail à faire sur nos opérations.

Andrea Stella estimait toutefois que cet arrêt lent n'avait pas réellement eu d'impact sur le résultat final, Norris étant de toute façon appelé à ressortir derrière Russell. Le seul élément favorable était que le pilote Mercedes devait encore s'arrêter, puisqu'il avait chaussé les mediums. Après avoir rejoint la Mercedes, Norris a passé trois tours à moins d'une seconde de Russell avant que le Britannique ne rentre aux stands à la fin du 28e tour.

"Pour être juste et complet, nous avons réalisé un arrêt de sept secondes, donc il y a clairement des enseignements à tirer, y compris sur le plan opérationnel", a déclaré Stella. "Cela n'aurait pas changé le résultat final, car Lando aurait probablement dû ressortir derrière Russell de toute façon et, même dans le cas contraire, il n'aurait pas été possible de dépasser Verstappen et Antonelli."

 "Nous prenons donc note du fait qu'il y a beaucoup de travail à faire sur nos opérations, et ce n'est pas la première fois que nous réalisons un arrêt lent. Mais en ce qui concerne la course elle-même, cela n'a rien changé."

Une fois Russell rentré aux stands, Norris a effectivement rattrapé Verstappen. Mais il a connu le même sort et s'est retrouvé coincé dans les échappements du Néerlandais jusqu'à l'arrivée, voyant ses espoirs de victoire s'envoler un peu plus à chaque tour.

Les échanges radio entre Norris et McLaren

Max Verstappen (Red Bull Racing) et Lando Norris (McLaren).

Max Verstappen (Red Bull Racing) et Lando Norris (McLaren).

Photo de: Federico Basile

Will Joseph (ingénieur de course de Lando Norris) : Drapeaux jaunes dans le virage 20. Jaunes. VSC déployé, VSC déployé.

Lando Norris : On rentre ?

WJ : Si ça dure suffisamment longtemps.

LN : C'est un gros accident ?

WJ : Je pense que quelqu'un a un problème de freins... Il y a des commissaires sur la piste dans le virage 20, je n'ai pas vu ce qui s'est passé. Essaie simplement de rester dans le delta. Et Lando [la radio coupe] ? 

LN : Je pense que oui, tu confirmes ?

WJ : Oui, nous sommes en train de le faire... Lando, je confirme qu'on rentre sur ce tour, quoi qu'il arrive.

LN : Confirmé.

WJ : Nous pensons toujours qu'il y a des commissaires sur la piste.

WJ : Fin du VSC, fin du VSC.

LN : Je rentre toujours ?

WJ : Oui, confirmé. Rentre ce tour.

McLaren aurait-elle dû rester en piste ?

Mais la question demeure : McLaren aurait-elle dû retarder l'arrêt de Lando Norris afin de tenter de creuser l'écart ? Avec Leclerc qui retenait Verstappen et Antonelli, on peut imaginer que Norris aurait pu rester en piste quelques tours supplémentaires, construire les quelques 30 secondes d'avance nécessaires pour ressortir au moins devant Antonelli, puis soit ressortir devant Leclerc, soit rester derrière la Ferrari en attendant son arrêt.

Le problème, c'est que Norris roulait avec des mediums déjà usés et que l'écart avec Leclerc avant le VSC n'était que de 13"8. Si Norris était toujours plus rapide que le pilote Ferrari, la différence de rythme entre les deux hommes diminuait progressivement : 0"506 au tour 10, 0"272 au tour 11, 0"264 au tour 12 et seulement 0"027 au tour 13.

Dans ces conditions, tenter de creuser suffisamment l'écart était tout simplement irréaliste, d'autant que Leclerc ne rencontrait aucune dégradation avec ses pneus durs à ce stade et continuait à gagner en performance à mesure que sa monoplace s'allégeait en carburant.

Pour disposer d'une marge suffisante pour s'arrêter en toute sécurité, Norris aurait dû créer au moins 16 secondes d'écart au moment où le VSC prenait fin, ce qui était pratiquement impossible.

Norris et McLaren se sont donc retrouvés entre le marteau et l'enclume, et ont choisi le marteau.

Nous parlons beaucoup de malchance. Je pense que le terme est utilisé un peu trop souvent, mais dans ce cas précis, c'est presque la définition mathématique de la malchance.

Lando Norris (McLaren)

Lando Norris (McLaren)

Photo de: Sam Bagnall / Sutton Images via Getty Images

Il ne s'agissait finalement que d'une question de timing, particulièrement cruel pour McLaren. Norris a d'ailleurs plaisanté en estimant que l'équipe avait été "trop rapide" tout au long du week-end : si McLaren avait occupé sa position habituelle dans le peloton, elle aurait cette fois-ci bénéficié du coup de pouce du VSC.

"Nous avons envisagé de rester en piste, mais il aurait fallu accepter le fait d'être sur des mediums relativement usés et les pilotes derrière vous en pneus durs neufs. Vous n'allez jamais creuser l'écart avec quelqu'un qui dispose de pneus durs neufs", a conclu Stella.

"Nous devions donc accepter que c'était ce qu'il fallait faire et que nous avions été incroyablement malchanceux. Nous parlons beaucoup de malchance. Je pense que le terme est utilisé un peu trop souvent, mais dans ce cas précis, c'est presque la définition mathématique de la malchance."

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